EMPHYSÈME PULMONAIRE
tion cellulaire du fait de l'emphysème ; mais les travées sont souvent le siège de processus inflammatoires qui ressortissent à Taffection causale.
L'emphysème chronique entraîne graduellement l'atrophie, puis la disparition d'un grand nombre de capillaires; ceux qui subsistent sont d'ordinaire élargis. Il n'en résulte pas moins une modification profonde de la circulation pulmonaire, qui se trouve considérablement entravée; de là le retentissement de cette lésion sur le cœur et l'hypertrophie du ventricule droit qu'elle détermine comme lésion consécutive.
3"* Lésions provoquées par des poussières atmosphériques.
I. — Inflammations AiGuës. — L'inhalation de poussières a sur le poumon une action irritante qui varie non seulement suivant la nature des poussières inhalées, mais encore suivant le mode de leur inhalation.
Quand le corps étranger est un peu volumineux, il détermine une obstruction bronchique en s' arrêtant dans une bronche de petit calibre; quand il l'obstrue sans troubler gravement l'hématose, les parois bronchiques s'enflamment, le territoire de la bronche s'affaisse et s'atélectasie,'comme dans les cas de collapsus pulmonaire lié aux inflammations des tuyaux bronchiques.
Quand les poussières en suspension dans la vapeur (i'paie, arrivent jusqu'au parenchyme respiratoire, elles déterminent une broncho-pneumonie miliaire qui se caractérise par de petits nodules inflammatoires, constitués tantôt par un petit groupe d'alvéoles terminaux, tantôt par les bronchioles respiratoires ellesmêmes. Les cellules proliférées remplissent les alvéoles, dans nombre d'entre elles on retrouve englobées les poussières irritantes cause du processus.
Chez riiomme ces petits nodules broncho-pneumoniques sont toujours rares et isolés; ils se terminent d'ordinaire par une guérison rapide. Ils peuvent provoquer la formation de ces petits nodules fibreux, arrondis, gros comme unetête d'épingle, qu'on rencontre si souvent à l'autopsie de tous les sujets.
Telle est la terminaison habituelle de nombre d'inhalations accidentelles de poussières qui passent d'ailleurs complètement inaperçues pendant la vie ; il arrive parfois cependant que des particules irritantes, alimentaires ou autres, après avoir pénétré dans le parenchyme pulmonaire y déterminent des foyers de broncho-pneumonie grave. En pareil cas les matières inhalées émanent le plus souvent de foyers pathologiques, liés à des maladies de la bouche ou des voies respiratoires supérieures. Des processus microbiens divers, des broncho-pneumonies infectieuses, des suppurations ou même des gangrènes, viennent supei'poser leur action à celle des particules irritantes et changer la nature et l'évolution du processus.
Chez les animaux, on peut expérimentalement produire des bronchopneumonies irritantes mortelles, par l'inhalation prolongée de poussières en suspension dans la vapeur d'eau.
II. — Pneumonokonioses. — On réunit sous ce terme général les inflammations chroniques du poumon provoquées par l'inhalation habituelle de poussières atmosphériques.
Pathogénie. — Quand les poussières inhalées sont sèches et en petite quantité, elles sont arrêtées parles cils vibratiles des parois bronchiques, qui les repoussent peu à peu à l'extérieur; de là les crachats noirs du matin que Ton observe chez la plupart des sujets.
Les particules de poussières qui arrivent jusqu'aux alvéoles peuvent au contraire se fixer dans les tissus pulmonaires. Elles pénètrent dans Tépithélium qu'elles traversent; les cellules migratrices les absorbent et
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les transportent à quelque distance; ces particules s'incrustent dès lors à demeure dans Jes cloisons fibreuses du poumon, dajis les travées interalvéolaires et interlobulaires, dans le tissu conjonctif qui entoure les bronches et les vaisseaux, et jusque dans les ganglions lymphatiques. Sur tous les poumons d'adulte on rencontre ainsi une pigmentation noire plus ou moins accusée, qui reconnaît ce mécanisme de production.
On admettait autrefois que le pigment noir intra* pulmonaire était constitué par du pigment sanguin, reliquat des poussées congestives produites par les poussières. Traube et Rindfleisch ont définitivement établi le mécanisme exposé plus haut, en retrouvant dans les alvéoles pulmonaires des particules de charbon de bois, parfaitement reconnaissables à leurs canaux poreux, chez les ouvriers employés à manier le charbon de bois.
C'est toujours par les voies respiratoires que les pous* sières pénètrent dans le parenchyme pulmonaire, bien qu'on ait invoqué leur pénétration par les voies digestives et leur passage par les puits lymphatiques du diaphragme. L'intestin, les ganglions du mésentère peuvent absorber des poussières noires pour leur propre compte ; mais cette pigmentation est indépendante de celle des voies respiratoires,
L'incrustation^ du poumon par les poussières extérieures atteint son maximum chez les ouvriers qui exercent leur profession dans une atmosphère chargée de poussières. On désigne sous le nom d'anthracose, la pneumonokoniose due à l'absorption des poussières de charbon et surtout de charbon de terre chez les mineurs; la sidérose est liée à l'inhalation de poussières métalliques, comme chez les polisseurs de glaces et chez les ouvriers qui travaillent le fer ou l'acier j la chalicose, aux poussières de pierre, de quartz, etc., chez les tailleurs de pierre; ces deux causes sont sou-
r>(5 APPAREIL RESPIRATOIRE.
vent réunies, comme chez les remouleui^s; ralnminose est plus rare, elle est due aux poussières d'argile, chez les ouvriers qui travaillent la porcelaine.
Toutes ces pneumonokonioses présentent des caractères similaires ; elles diffèrent surtout entre elles par la coloration qu'elles impriment au poumon, et qui dépend elle-même de la couleur des poussières propres à chacune d'elles.
Anthracose. — L'anthracose est de toutes les pneumonokonioses la plus fréquente et la mieux étudiée; les détails de sa description s'appliquent assez bien à toutes les autres.
i . Quand la lésion est encore peu accusée, le poumon présente une coloration grise, marbrée par des taches noires arrondies. La consistance de l'organe n'est pas encore changée, et au microscope on constate uniquement l'extrême abondance de petites particules d'un noir mat, absolument opaques, qui surchargent les tissus.
La répartition des particules charbonneuses dans les tissus est systématique, commandée par la distribution des voies lymphatiques. Elles s'accumulent à la partie centrale des lobules autour dos bronches, et à leur péi'iphéiHc dans le tissu conjonctif périlobulaire. Ces deux zones principales sont reliées entre elles par des taches intermédiaires beaucoup moins accusées (<).
2. La répétition de l'inhalation des poussières, leur abondance, ne tardent pas à déterminer de la bronchite chronique ; bientôt l'épithélium vibratile altéré ne défend plus l'entrée des poussières, et Yencombrement charbonneux fait dès lors des progrès rapides.
Les travées conjonctives supportent d'abord assez bien la présence des poussières; mais à la longue elles réagissent, le tissu conjonctif prolifère, une pneumo-
'V Carrîpu. Archives de phf/s., 1888.
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nie interstitielle s'établit. Des nappes de sclérose étendues apparaissent, au sein desquelles les alvéoles se rétrécissent et disparaissent, tandis que dans les parties intercalaires ils deviennent emphysémateux. [.a disposition des nappes de sclérose est d'ordinaire commandée par la distribution normale du tissu conjonctif ; elles s'orientent autour des bronches, des vaisseaux et des lobules; des granulations fibreuses denses, formées de couches concentriques, enkystent les particules charbonneuses plus volumineuses.
3. Dans un grand nombre de cas des ulcérations apparaissent au centre des parties pigmentées et indurées; elles forment de véritables cavernes, identiques d'aspect et de structure à celles de la tuberculose. Les parois de ces cavités , le pus qu'elles contiennent, sont absolument Jiotrs, et cette coloration rend difficile l'étude de leurs caractères réels.
C'est là, pour la plupart des auteurs, le troisième degré de l'encombrement charbonneux, qui constitue une phtisie anthracosique cavitaire distincte de la tuberculose. On attribue, en effet, en pareil cas, la production des ulcérations et des cavernes aux lésions oblitérantes des vaisseaux et à la suppression de la circulation. R. Tripier a démontré au contraire que l'anthracose ne détermine pas d'ulcérations par elle-même, mais que la tuberculose vraie survient souvent sur les poumons anthracosiques et explique seule les lésions observées (1). Le rôle de Tanthracose se borne à provoquer une pneumonie interstitielle diffuse, très étendue et très noire, au milieu de laquelle les foyers tuberculeux sont difficiles à retrouver et à reconnaître.
JIL — Induration si-nile ardoisée des sommets. — Il est bien rare de trouver chez les vieillards les
(l) B. Tripier, Contribution à Tétude de la tubprculose piflmonairi' ;*ntbracosique. Lifon médical, 4884.
sommets du poumon indemnes de toutes lésions. Le plus souvent la plèvre présente des cicatrices^ déprimées ou calleuses , des adhérences plus ou moins épaisses. Le parenchyme est dur, élastique, noirâtre ; la sclérose alterne avec Vemphysème, et au sein de cette sclérose on trouve de petits nodules enkystés, calcaires ou quelquefois même caséeux. Cet état peut être limité à l'extrême sommet; quand il est très accusé, il envahit la plus grande partie des lobes supérieurs des deux poumons.
11 ne faut pas toujours voir là des cicatrices de tubercules guéris ; ce sont les vestiges de nombreux processus inflammatoires anciens, guéris ou méconnaissables, qui, de même que les petits nodules miliaires décrits plus haut, sont peut-être aussi souvent le fait d'inflammations liées à des poussières, que le fait de processus infectieux.