‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 154 sur 182 · INDICATIONS TECHNIQUES · texte numérisé non relu

INDICATIONS TECHNIQUES

!l. — TECHNIQUE DES AUTOPSIES.

i^ Indications générales.

L'anatomie pathologique est une science essentiellement pratique, qui ne peut être convenablement enseignée et utilement comprise que si les démonstrations pratiques accompagnent et précisent les descriptions méthodiques. L'élève qui en aborde Tétude doit commencer, de toute nécessité, par apprendre à faire des autopsies, par les pratiquer lui-même. Il apprendra tout d'abord à observer et à étudier à l'œil nu les lésions pathologiques ; l'emploi du microscope est nécessaire pour pénétrer plus avant dans cette étude, mais il ne faut pas oublier que Thistologie pathologique n'est que le complément de l'anatomie pathologique macroscopique.

Gomme toutes choses, une autopsie n'est profitable et utile qu'à la condition d'être faite avec méthode, et suivant certaines règles. Il ne suffit pas, comme cela se pratique trop communément, d'ouvrir un cadavre sans précaution, et comme au hasard, pour trouver les lésions qui peuvent exister, et pour se mettre dans des conditions suffisantes de bonne observation.

Les autopsies ne sont pas susceptibles cependant

d'être réglées par des prescriptions générales absolument rigoureuses et toujours applicables; chaque cas particulier peut exiger de la part d'un aiiatomiste exercé des précautions ou des méthodes spéci aies. Les règles que nous allons exposer peuvent né anmoins s'appliquer à la généralité des cas.

Nous n'entrerons pas dans le détail des meUhodes, parfois un peu différentes, adoptées par les di'v ers auteurs; nous nous contenterons de décrire les pi océdés qui nous paraissent les plus recommandables . Il ne faut voir d'ailleurs, dans les règles que nous ado ptons, que des indications générales, utiles à suivre ou à imiter, mais qui ne doivent pas créer d'obligatior i trop stricte.

Instruments. — Peu d'instruments sont réellei nent indispensables pour pratiquer une autopsie; quelques scalpels à lame forte, de diverses dimensions; des ciseaux forts, les uns droits, les autres courbés sur le plat; des stylets ou des sondes cannelées; un c outeau à lame longue et un peu mince pour le cervt 3au et les grands viscères ; un costotome qui peut être remplacé par un sécateur ordinaire de iardinier, un marteau à crochet, le rachitome d'Amussat, un met re et une balance ; voilà à peu près tout ce qui est utili se dans la plupart des autopsies. Quelques instrumen ts plus spéciaux, tels que entérotome, scies à maii i, compas d'épaisseur, ou insufflateur à robinet peuven t aussi rendre des services, mais le plus souvent on peu t s'en passer.

Sections. — Il ne faut pas appliquer aux autopsies les règles et les habitudes des dissections ; ce serait perdre son temps que de procéder en pareil cas avec un instrument délicat, tenu comme une plume àécrire, et conduit avec précaution au milieu des tissus dont il cherche à respecter tous les détails de struc« ture. Dans une autopsie, on tient le couteau à pleine^ main; le poignet restant immobile, c'est par des-

GÉNÉRAL'ïTÉS. 707

mouvements du bras tout entier qu'on coupe les tissus, de façon à obtenir des sections longues, franches et parfaitement nettes. C'est encore à grands traits que Ton détache les organes, en s'aidant de tractions modérées et sans s'astreindre à poursuivre les incisions jusqu'à la section complète des tissus.

Toutefois, quand on veut suivre le trajet d'un nerf, d'un vaisseau ou d'un canal excréteur, quand il faut connaître les rapports exacts de certaines lésions, comme par exemple d'une tumeur ou d'un anévrysme, il faut procéder autrement et pratiquer de véritables dissections ; mais ce sont là des cas particuliers et les exceptions se comprennent alors d'elles-mêmes.

Avant de commencer l'autopsie proprement dite, il est nécessaire par un examen rapide de la surface du corps et des diverses régions de noter tout ce qui dans l'habitus extérieur du cadavre, dans l'état de la peau, de la charpente osseuse, pourrait exiger une attention particulière.

Mensurations. — Il est utile, quand on est muni pour cela des appareils nécessaires de peser, et de mesurer le cadavre (1). Cette précaution préalable donne une importance plus grande au poids des organes ; on peut ainsi apprécier leur poids relatif y souvent plus précis que leur 'poids absolu. On y a cependant rarement recours, et il faut bien reconnaître que ces données sont plus importantes pour la détermination de l'identité en médecine légale, que pour la pratique courante des autopsies anatomo-pathologiques.

Par contre, il ne faut jamais négliger de peser les organes, surtout ceux qui sont atteints de lésions pathologiques. Le poids fournit souvent des renseignements précieux sur le degré et sur l'importance des

(1) Une table-bascale sur laquelle est établie une divisioa métallique permet de prendre rapidement le poids et la taille du cadavre; M. le professeur Lacassagne en a fait établir une de cette nature dans le laboratoire de médecine légale de la Faculté de Lyon.

708 TECHNIÛUE DES AUTOPSIES.

lésions; on ne devra pas oublier cependant qu'il existe sur ce point des variations individuelles considérables, et on n'accordera aux variations de poids une valeur réelle que lorsqu'on constatera des différences très accusées avec les moyennes normales. Le poids total du sujet, la taille, Tâgo, le sexe sont tout autant de conditions qui font varier le poids des organes eux-mêmes. Les traités d'anatomie normale contiennent tous les renseignements désirables à ce point de vue, nous nous contenterons de rappeler ici, à titre de point de repère, les poids moyens des organes principaux de l'homme adulte :

Poumons un peu moins de 500 grammes, le droit un peu plus lourd que le gauche de 50 grammes environ; cœur au voisinage de 300 grammes; foie^ 1,500 grammes; pancréas, 70 grammes; reinSy 150 grammes chacun; capsule surrénale f 7 grammes; ra/e, 150 grammes; encéphale, 1,500 grammes {dont cerveau, 4,150, cervelet, 140, isthme, 210).

Les dimensions des organes sont plus variables que leurs poids, plus difficiles à prendre d'une manière précise. Ici encore, les traités d'anatomie normale contiennent toutes les indications nécessaires; nous nous contenterons de rappeler la valeur moyenne normale de la circonférence des orifices du cœur (d'après Bizot) :

Hommes. Femmes.

Orifice auriculo-ventrlculaire gauche. 102 92

— — droit... 123 107

— aortiqae 70 64

— pulmonaire. 73 66

2° Ouverture du cadavre.

On commence généralement l'autopsie par l'ouverture des cavités thoracique et abdominale ; cependant quand on veut enlever la moelle, on fait bien de com-

Page 1