PREMIÈRE CLASSE
Les parasites élevés en organisation n'exercent d'autre influence sur l'économie que celle qui résulte de leur siège ou de leur volume. La plupart habitent la surface cutanée ou les diverses cavités du tube digestif et ne déterminent pas, à proprement parler, de lésions anatomiques.
Ceux qui se logent dans l'intimité même des tissus sont assez rares ; nous ne dirons rien de leur histoire naturelle et nous nous contenterons de décrire sommairement les lésions que déterminent les plus importants d'entre eux.
I. — Trichines spirales enkystées. — Elles pénètrent par les voies digestives ; de là leurs embryons traversent les parois intestinales, se répandent dans réconomie et vont se fixer dans les muscles striés, le plus souvent au voisinage de l'insertion des fibres musculaires sur les tendons. On les rencontre là enroulés en spirale dans l'intérieur de petits kystes ; ceux-ci, à peine visibles à Tœil nu, sont logés d'ordinaire dans l'épaisseur même des fibres musculaires, quelquefois dans le tissu conjonctif interstitiel. Ces petits kystes contiennent tantôt une seule trichine, tantôt et le plus souvent deux ou trois, parfois jusqu'à cinq dans
une même capsule. Au début le kyste ne comprend que le petit animal, entouré par le aarcoleoune ; bientilt celui-ci s'euveloppe d'une dosUe oapBnU constituée par une sorte de substance ehitinatse sécrétée par l'animal, et doublée au dehors par une enveloppe connective{Ùg. 31). Une masse Jtnemenfi^anuleuseconible les vides laissés par les sinuosités du parasite. Plus tard la capsule se calcifié, alors même que les tricliines sont encore vivantes dans son intérieur.
Quand celles-ci succombent, le Fig. ii. ~ TrieiuD* contenu du kyste se calcifié à son etkj'tàn.
tom-. ,, triehlBa: g. nuw
Siège. — On peut trouver des ïnouiouK^caDisiopiiB trichines ainsi enkystées dans tous 'h'''""»» ^x '"■°'™»' les muscles striés, sauf le cœur. p'^pV J,C. "
Elles sont surtout fréquentes dans le diaphragme, la langue, les muscles intercostaux, ceux du cou ou des masses sacro-lombaires; elles sont beaucoup plus rares dans les muscles des extré-
II. — Kystes HYDAiionss. — On réunit sous ce nom les parasites vésiculeux qui représentent une des phases du développement des tœnias.
Ils doivent leur nom au liquide transparent qu'ils contiennent. Chez l'homme on n'observe que deux espèces d'bydatides, les cyOicei-qucs et les ecchinocoquei.
Eystas nnllocnlRlrei. — Les crsUeerqnes sont solitaires dans leur kyste ; on les rencontre surtout dans les muscles, dans le cerveau, dans l'œil, dans les cavités séreuses. Ils proviennent pour la plupart du txnia lolium, et ils sont simplement constitués par une vésicule arrondie, assez petite, de 1 et demi à âcentîmétres de diamètre; celle-ci présente en un point de sa surface une petite dépression par laquelle fait
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saillie le corps de l'animal, habituellement retiré dans sa vésicule caudale.
Les eeehiiiocoqttés sont incomparablement plus fréquents ; ils se logent dans les cavités séreuses et dans les divers parenchymes : le foie est leur siège de prédilection. Ils proviennent du tamia eechinoccocus qui existe à l'état rubanaire dans l'intestin du chien; c'est le plus petit tœnia connu, il ne possède que trois ou quatre articles. Arrivés dans l'estomac de l'homme ses œufs subissent les influences ordinaires :1a capsule qui les protège se dissout dans le suc gastrique; l'embryon hexacanthe, mis en liberté, traverse les parois intestinales, arrive dans les vaisseaux et par eux dans les tissus où il se fixe. Il devient alors le point de départ d'une vésicule qui s'accroît peu à peu et peut atteindre un volume considérable, jusqu'à contenir plusieurs litres de liquide.
Structure. — Au début les parois du kyste hydatique sont constituées uniquement par la membrane hydatique proprement dite; bientôt, et au plus tard quand il atteint les dimensions d'un œuf de poule, le kyste provoque par l'irritation que développe sa présence, la formation d'une enveloppe conjonctive dense et épaisse.
A ce stade de son développement le kyste présente de dehors en dedans : une membrane adventice conjonctive, à lames parallèles et concentriques; une membrane propre, formée d'une substance hyaline, qui présente la consistance et la couleur de l'albumine coagulée et qui ne contient aucun élément cellulaire.
Cette membrane est formée de couches stratifiées, parallèles, qui se séparent en lamelles avec la plus grande facilité ; son aspect à l'œil nu et sa structure histologique sont absolument caractéristiques (fig. 32).
Quand elle est fertile, cette membrane porte par places un parenchyme granuleux , un peu opaque,
PARASITES SUPËRIEURS. IBl
disposé eu couche mince à sa surface interne, et en amas plus ou moins réguliers dans les fenles contenues dans son épaisseur. La membrane fertile montre sur quelques points des vers embryonnaires, pourvus de leur couronne de crochets, juxtaposés et formant par leur réunion une sorte de mosaïque assez sem-
gnauteasa; c, ctochet isolé. de crochets.
blable à un épithélium (Ag. 33). Le contenu est constitué par un liquide clair, séreux, auquel l'absence de l'albumine donne sa caractéristique principale. Dans certains cas la couche granuleuse existe seule, sans formation de scolex d'aucune sorte, sans donner naissance à des crochets; on a alors affaire à des acépbalooyBtea, qu'on regarde simplement comme des kystes stériles. Le plus souvent le parenchyme granuleux donne naissance à de petits nodules blanchâtres, qui restent appendus à la paroi, et qui ne sont autre chose que des ecchinocoques avec leur
Souvent aussi, quoique un peu plus rarement, les Ilots granuleux de l'intérieur des vésicules donnent naissance â des véslcnlea secondaires, qui possèdent aussi leur membrane hydatique propre. Ce n'est que dans ces vésicules 0es que les ecchinocoques appa- Bard. 1 1
raissent avec leur seolex, le plus souvent au nombre de trois ou quatre par vésicule. Dans quelq[ues cas rares il existe encore à l'intérieur de ces vésicules secondaires des vésicules petites^filles.
Les vésicules filles, régulièrement sphériques, peuvent atteindre le volume d'un œuf de poule ; le plus souvent elles s'arrêtent à un volume plus petit; elles prennent dans le liquide où elles flottent l'aspect de grains de raisin blancs.
Terminaisons. — Quand le kyste atteint un développement trop considérable, il détermine des accidents divers par compression, de la péritonite limitée, des adhérences. Il peut arriver à s'ouvrir dans la plèvre, dans le péritoine, dans l'intestin sur des points divers, dans les voies biliaires et jusque dans la veine porte. Parfois aussi il suppure et détermine des accidents infectieux secondaires.
Quand il arrive que les hydatides succombent dans le kyste, son contenu subit des modifications régressives spéciales. Tout d'abord le liquide devient albumineiix; puis il se charge tantôt de graisse et de cholestérine, tantôt de sels calcaires. On ne trouve plus alors dans l'intérieur de la poche conjonctive ratatinée, qu'une masse grasse ou calcaire, souvent ocreuse ou jaunâtre, compacte et ordinairement moins volumineuse que le liquide préexistant.
La membrane hydatique est ordinairement rompue ; au lieu de constituer une couche périphérique continue, elle se présente en lames multiples, enroulées en spirale, très reconnaissables à leur structure hyaline spéciale et à cet enroulement même. De plus la destruction des hydatides n'a pas fait disparaître les crochets; on les retrouve disséminés dans le contenu, quand on les cherche avec assez de soin (fig. 32). Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'*ils font naturellement défaut dans les acéphalocystes.
Kystes multiloculaires. — Les kystes hydatiques
multiloculaires, fréquents dans le foie du bœuf, sont très rares chez Thomme. Ils sont constitués par une multitude de kystes fort petits, juxtaposés, du volume d'une tête d'épingle environ ; ils transforment une partie, ordinairement de la dimension d'un gros œuf, en une masse conjonctive parsemée de petits kystes. Chacun d'eux possède sa membrane hydatique caractéristique, et de plus tantôt des ecchinocoques complets, tantôt seulement des crochets. La ressemblance est assez grande à l'œil nu avec une tumeur alvéolaire colloïde, mais à l'examen microscopique les différences sont très nettes.
Il est probable qu'il s'agit en pareil cas d'une variété spéciale de tœnia ecchinococus ; mais on peut expliquer aussi l'existence des kystes multiloculaires par la formation exogène des vésicules, se substituant à la formation endogène sous des influences Aal déterminées.
Kystes h^dlatl^es des os. — La nature du tissu ambiant n'est peut-être pas étrangère au mode de développement des ecchinocoques. L'histoire anatomique des kystes hydatiques des os vient apporter un appui imnortant à cette manière de voir. Il résulte en efTet des recherches et de l'excellente description de Gangolphe (l),que les kystes hydatiques des os appartiennent presque exclusivement à la variété multiloculaire et présentent une tendance remarquable à l'envahissement et à la généralisation. Les vésicules sont généralement disséminées dans les aréoles du tissu osseux, infiltrées çàet là, souvent sur un espace considérable. L'infiltration s'étend de proche en proche jusqu'aux os voisins ; dans certains cas le fémur, le bassin, le sacrum ont été ainsi successivement envahis et détruits.
(1) (ran^oZpAtf, Des kystes hydatiques des os. Thèse d'agrégation pour Lyon, 1886.
Les vésicules ne présentent pas de membrane limitante; elles déterminent par leur accroissement la nécrose ischémique des lamelles osseuses qui les emprisonnent. Les éléments constitutifs de Tos se défendent mal; ils sont voués à une destruction inévitable; par là, la fracture spontanée est la conséquence fatale de l'évolution des ecchinocoques.
Dans quelques cas plus exceptionnels, la vitalité des tissus peut être compromise; des cavernes peuvent se former, contenant un liquide plus ou moins puriforme, des hydatides libres, ou de petits séquestres infiltrés eux-mêmes de vésicules.
Par contre les kystes voisins du squelette ne paraissent pas pouvoir Fenvahir. Les kystes hydatiques des os y sont primitifs ; ils siègent surtout dans les os longs et dans les os plats ; toujours dans leurs parties les plu* vasculaires, dans le diploé ou dans les régions juxta-épiphysaires.
m. — AcTiNOMYCOsE. — Elle n'estcounuc que depuis quelques aimées, depuis les travaux de BôUinger, d'Israël et de Ponlick, Elle est assez fréquente chez le bœuf, mais extrêmement rare chez l'homme. Elle s'observe surtout dans les parois de la boucbe, dans la langue, dans les os maxillaires, l'inférieur de préférence. Elle peut pénétrer dans le tube digestif et dans les voies respiratoires; enfin dans quelques cas, elle peut s'étendre ou se généraliser dans les séreuses, ou même dans la cavité crânienne.
La lésion est surtout caractérisée par les agglomérations mêmes du parasite. On discute encore sur la classification précise de ce dernier, mais on s'accorde à y voir un champignon supérieur. L'actinomyces se présente en amas arrondis, formant des grains jaunâtres, assez consistants, de diverses grosseurs, souvent bien visibles à l'œil nu. Ces corpuscules, assez régulièrement arrondis, présentent une disposition étoilée très particulière (fîg. 34). Leur centre est
constitue par un mycèUam à filamenls extrêmement ténus ; celui-ci se termine à la périphérie par des éléments clavlformes, à grosse extrémité périphérique,
très serrés et régulièrement disposés comme les
Ces grains se caractérisent tant par leur couleur que par les détails de leur structure. Ils se rencontrent parfois en nombre
très considérable, logés (k'aprèrRilidflXhr"'
dans l'intimité des tissus
ou mêlés au pus qui s'é- ". amu élollé» du pirullc;
coule par des trajets fistu- »' B""''i«- «"noffiFe» i"l*i
, . , j '' coucha toojonïlH» «mbrton-
leux. Autour de ces corpus- gaj„ périphérique. eu le s, le tissu conjonctif
prolifère, il les entoure d'une zone pgriphMqve de cellules embryonnaires qui arrive à les enkyster comme dee corps étrangers.
Dans les cas favorables le nodule s'îmiuj-e et les champignons succombent, mais le plus ordinairement, tandis que quelques tlots subissent cette évolution favorable, la plupart présentent au contraire une marche erwahisêante. Par un mécanisme mal connu, il se forme de nouvelles colonies parasitaires & lu périphérie des premières, souvent en traînées étendues, quelquefois h des distances élpignées. Le plus souvent les foyers d'acti no mycose sont envahis par la suppuration, probablement par le fait d'infections microbiennes secondaires. Cette suppuration s'ouvre une voie vers l'extérieur; c'est ainsi que des foyers d'actinomycose pulmonaire se propagent h la plèvre, arrivent à perforer la peau et à créer des fistules par lesquelles s'écoulent, avec le pus, les grains jaunes caractéristiques.
Dans ces lésions les amas parasitaires jouent en
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définitive Je rôle de corps étrangers ; autour d'eux le tissu cpnjo^tif réagit, donne naissance à des foyers de cellules embryonnaires et à des coques ou des traînées fibreuses de disposition variable. De plus la suppuration est une complication habituelle ; par elle des trajets fistuleux multiples s'établissent, qui sillonnent les masses scléreuses irritatives.