CHAPITRE U Suppurations
Défioitioi|. — On donne le nom de pus à des liquides pathologiques de coloration opaque, caractérisés par la présence d'éléments cellulaires tenus en suspension dans un sérum. Ce dernier est ordinairement plus ou moins riche en albumine et en fibrine ; les éléments cellulaires sont désignés sous le nom de globules de pus.
Par extension on donne aussi le nom de suppurations aux sécrétions de surface et aux infiltrations inflammatoires riches en globules de pus.
Origine. — Tous les auteurs étudient la suppuration comme un processÉ^ défini et univoque. Depuis Virchow jusqu'à Gohnheim, on faisait provenir les globules de pu^ uniquement de la prolifération embryonnaire des cellules conjonctives. Depuis Cohnheim on admet que le pus provient surtout des vaisseaux par diapédèse; mais on évite de s'expliquer nettement sur le point de savoir si les globules blancs extravasés forment par eux-mêmes la masse principale du pus, ou s'ils doivent d'abord proliférer en dehors des vaisseaux pour donner naissance à des globules de pus.
Cornil et Ranvier admettent deux modes de formations des globules de pus : la diapédèse des globules blancs, et la prolifération des éléments cellulaires d'un certain nombre de tissus, en particulier des cellules conjonctives, des cellules des surfaces séreuses et épithéliales.
Tous ces facteurs interviendraient à la fois dans les
divers cas particuliers ; mais ces auteurs pensent que dans la suppuration très rapide et très abondante, c'est la diapédèse qui est le phénomène le plus important.
Globules de pus. — Les caractères que l'on accorde aux globules de pus manquent de netteté et de précision. Pour Cornil et Ranvier,les globules de pus ne diffèrent pas de certains globules du sang; il ne sont autre chose que des cellules embryonnaires dont la vitalité est diminuée. Ils se caractérisent surtout parce qu'ils contiennent plusieurs noyaux de petites dimensions. Tous les auteurs sont loin cependant de considérer la multinucléation comme le caractère fondamental des globules de pus : d'une part certains leucocytes sont multinucléés à l'état normal; d'autre part, d'après Cornil et Ranvier eux-mêmes, dans tous les pus récemment formés, à côté des cellules à plusieurs noyaux, des vrais globules de pus, on en trouve constamment d'autres qui ne présentent qu'un seul noyau.
D'après les descriptions classiques, les globules de pus ne possèdent pas de membrane cellulaire; ils sont d'ordinaire sphériques, mais ils peuvent présenter des prolongements amiboïdes. Ils ont un aspect finement granuleux, ils sont blanchâtres, leurs contours sont très nets. L'addition d'acide acétique fait apparaître les noyaux; ceux-ci sont petits, souvent irréguliers, brillants et homogènes. Le protoplasma s'éclaircit, pâlit et se dissout sous cette même influence.
Cornil et Ranvier considèrent les noyaux multiples des globules de pus comme l'indice d'une division cellulaire restée incomplète, par l'insuffisance de matériaux nutritifs. Rindfleisch au contraire y voit une sorte de décomposition fragmentaire du noyau^ qui précède la dissolution de l'élément cellulaire.
On considère encore comme globules de pus les
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cellules migratrices vivantes, quand. elles sont chargées des granulations graisseuses qu'elles ont absorbées ; d'autres les décrivent sous le nom de coiymcules inflammatoires ou de corpuscules de G luge. On les rencontre surtout dans les espaces lymphatiques des organes riches en matières grasses, comme le cerveau, quand ils ont été le siège de destructions étendues.
Ces cellules migratrices contiennent souvent des granulations pigmentaires, ou des fragments de globules rouges ; elles remplissent avec activité un rôle physiologique ; ce n'est que par une confusion regrettable qu'on a pu les rapprocher des globules de pus.
Nature. — Nous croyons pour notre part qu'il est impossible de donner une description générale des globules de pus, par cette raison bien simple que le terme de suppuration est une expression synthétique qui s'applique au même titre à des processus divers.
Dans quelques cas, de beaucoup les plus rares, il s'agit d'exsudats inflammatoires, riches en cellules, nés sous l'influence d'agents irritants chimiqueSf tels que des injections sous-cutanées de nitrate d'argent. En pareil cas les globules de pus proviennent de cellules proliférées et nécrosées sous une influence simplement irritative. 11 n'est pas encore parfaitement certafti qu'on puisse obtenir par ce mécanisme des suppurations comparables à celles qui sont le fait des parasites microbiens.
Dans l'immense majorité des cas, les suppurations sont des processus fermentatifs qui obéissent aux caractères généraux des lésions de cette nature. Les espèces microbiennes capables de les provoquer sont assez nombreuses; on les réunit sous le nom de microbes pyogènes, .
La prolifération est en pareil cas rapide et considérable ; elle donne naissance en un temps relativement court à une masse énorme de cellules jeunes. Cellesci fermentent aussitôt ; elles se gonflent, leurs noyaux
se fragmentent, elles deviennent granuleuses, et cessent d'être bien colorables par le carmin. Toutefois, et c'est là ce qui constitue le caractère commun des fermentations pyogéniques, les cellules prolïférées conservent leur individualité; elles ne se fiïsionnent nullement; elles restent en suspension dans iln sérum albumino-fibrineux plus ou moins abondant.
Les globules de pus sont en somme des cellules embryonnaires fermentées. Suivant les microbes considérés, la prolifération porte sur des espèces cellulaires différentes. Dans chaque cas particulier le caractère des globules de pus dépend à la fois du type cellulaire atteint et du mode fermentatif spécial.
Variétés. — Un grand nombre de cellules peuvent être le substratum de processus suppuratifs ; de là de nombreuses variétés de pus, connues depuis longtemps par les cliniciens, mais confondues à tort par les anatomo-pathologistes. Leur description, même succincte, nous entraînerait trop loin ; nous devrons nous contenter de quelques détails sommaires.
Les suppurations conjonctives et les suppurations épitkéliales sont de beaucoup les plus fréquentes.
L'existence de véritables suppurations leucocy tiques, liées à la prolifération et à la fermentation des globules blancs sortis par diapédèse, nous parait très douteuse, malgré les descriptions classiques.
Suppurations épithéliales. — Elles se présentent surtout sous la forme de sécrétions de svnrface; ce sont elles qui présentent les globules de pus volumineux et à noyaux multiples les plus typiques.
La mieux connue et la plus facile à étudier est celle de la blennorrhagie uréthrale. En pareil cas les globules de pus (fig. 3oJ sont volumineux, à peu près égaux, arrondis, clairs. Les noyaux sont très apparents sans qu'il y ait besoin de l'addition d'acide acétique pour les mettre en évidence ; ils se colorent vivement par toutes les couleurs d'aniline, et ils présentent des
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formes diverses souvent plus ou moins tourmentées. Le mode de groupement des gonocoques, dans Tintérieur des corps cellulaires et autour d'eux, achève de donner à ce pus un caractère tout à fait spécial et facile à reconnaître.
Fig. 35. — Pus blennorrliagique.
g, globules de pas; g*, globale contenant des gonocoques dans son intérieur; a, amas de gonocoques en dehors des éléments cellulaires.
Suppurations conjonctives. — Ce sont les plus fréquentes. Elles sont elles-mêmes nombreuses; leurs variétés dépendent sans doute des qualités particulières, encore mal connues, des divers ferments pyogènes du tissu conjontif. Les globules de pus d'origine conjonctive participent des caractères propres aux cellules embryonnaires de ce tissu ; ils sont plus petits et plus homogènes que ceux des pus épithéliaux. Au début de ]a fermentation on trouve de nombreuses petites cellules rondes (fig. 36) ; leur noyau est petit, arrondi, nettement coloré par le carmin, d'une manière homogène, sans nucléole. On ne voit pas de protoplasma bien apparent, ce qui les a fait prendre par les anciens histologistes pour des noyaux Ubres. Ce sont ces éléments qu'on désigne souvent dans les descriptions actuelles sous le nom de eellules lymphatiques, et qu'on s'accorde à considérer comme le type des cellules embryonnaires indifférentes.
Au fur et à mesure que la fermentation poursuit son œuvre, la cellule embryonnaire conjonctive se tuméQe, elle devient granuleuse, elle perd sa colorabilité, mois le protoplasma reste toujours peu abondant; la limitation du noyuu est peu nette au sein de celte masse granuleuse.
La suppuration conjonctive est presque toujours
interstitielle; tantôt elle est rapidement diffuse et
s'étend en nappes étendues; tan-
^ tdtelle prend un aspect nodulaire.
A rori(;ine le nodule infectieux est
^ simplement constitué par un amas
j plus ou moins arrondi de cellules
embryonnaires proliférées, mais
à peine fermentées (flg. 36).
Aboèa. — Ce nodule n'est ob-
Fig. as. — Abcè! serve à l'état miliaire que dans
nijialre. certainscas favorables, 11 s'accrolt
p, giobuiM de pus en rapidement à sa périphérie, au-
.oigdefwmitioni*, iLiiu tant par la prolifération de ses
cellules initiales que par l'exten-
sien du processus aui cellules
similaires voisines. Les cellules centrales, qui sont les plus anciennes, passent à l'état de globules de pus parfaits; la masse s'infiltre de liquide, se ramollit et devient fluctuante : un abcès est constitué.
La formation des abcès s'accompagne, suivant les modes ferme ntatil's, de phénomènes inflammatoires violents, abcès chauds, ou à peu près nuls, abcès froids. Dans les abcèa chands, les phénomènes inflammatoires surviennent dès le début et dominent la scène ; ils g'atténuentet disparaissent au fur et à mesure que la fermentation se complète dans le nodule infectieux. La disparition graduelle de la phlogose périphérique laisse apparaître l'abcès lui-même. On dit alors que le pus s'est collecté. Quelques anatomo-pathologistes, et
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