CHAPITRE PREMIER Séreuses
I. — Épaississements hypertrophiques. — Les se"reuses, qui à Tétat normal sont transparentes et d'une épaisseurà peine appréciable, présentent assez souvent à Tétat pathologique desplaques plus ou moins étendues d'épaississement et d'hypertrophie. A leur niveau la séreuse est opaque, légèrement surélevée; sa consistance est augmentée, sans que pour cela sa surface ait perdu son aspect lisse habituel. Ces plaques peuvent être localisées, ou envahir toute l'étendue d'une même séreuse.
Quand elles sont localisées sous forme de plaques, ces lésions sont habituellement le fait de frottements exagérés. Quand elles s'étendent sur de larges sur-
faces, elles résultent tantôt d'inflammations de Torgane sur lequel elles siègent, tantôt d'épanchements passifs dans la cavité séreuse, dépendant eux-mêmes, le plus souvent, de troubles circulatoires. «La surface de la séreuse ainsi épaissie se prête mal aux phénomènes d'absorption, et la sclérose, d'abord secondaire àTépanchement, devient à son tour une cause de persistance de ce dernier.
Ces hypertrophies sont fréquentes sur le feuillet séreux viscéral des organes mobiles, sur le cœur, sur le foie, sur la rate notamment ; les plaques depérisplénite sont souvent très denses et très étendues.
Variétés. — Au degré le plus léger, les couches conjonctives sous-épithéliales augmentent d'épaisseur et de densité, sans qu'on y trouve de vaisseaux, ni de cellules embryonnaires : c'est là l'épaississement par sclérose simple, la plaque laiteuse.
A un degré plus élevé le tissu conjonctif hypertrophié devient dur, très dense, cartilaginiforme ; il peut s'infiltrer de sels de chaux et se transformer en plaque calcaire.
II. — Adhérences. — On donne ce nom aux soudures plus ou moins solides qui peuvent réunir, sur une étendue plus ou moins grande, les deux feuillets opposés d'une séreuse.
Elles ne reconnaissent pas toutes le même mécanisme ; les plus fréquentes peut-être, en tout cas les plus solides et les plus étendues, sont un mode de guérison des inflammations microbiennes que nous étudierons plus loin. Les adhérences liées aux lésions de nU' trition résultent de l'extension à la séreuse d'un processus sous-jacent. Dans quelques cas, il s'agit simplement de cette hypertrophie conjonctive qui constitue le procédé de défense des tissus contre les lésions envahissantes, mais aseptiques, telles qu'un anévrysme ou un kyste parasitaire. Dans la grande majorité des cas ces adhérences s'établissent dans la zone périphérique
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d'irritation phlogogéne de processus microbiens. Telles sont, par exemple, les adhérences qui cloisonnent la plèvre des tuberculeux pulmonaires.
Variétés. — Les adhérences des séreuses présentent tous les degrés, depuis la aimple adhésion jusqu'à la soudure intime et totale en une seule lame conjonctive dense.
Structure. — Elles sont exclusivement constituées par du tissu conjonctif lameUaire bien organisé, analogue au tissu de cicatrice. Au début, les vaisseaux y sont nombreux, leur paroi est mince et à peine organisée. Plus tard, quand l'adhérence est complètement développée, les vaisseaux sont plus rares, mais leurs parois sont épaisses et denses, sans présenter cependant de tuniques artérielles véritables.
La surface pleurale est ordinairement enflammée par propagation dans la pneumonie franche ; la rapide évolution de la maladie permet alors d'observer à son début le processus de formation des adhérences. La fausse membrane, encore très mince, est déjà en voie d'organisation. Elle est assez adhérente à la plèvre sous-jacente ; on peut cependant, en la saisissant avec des pinces, la détacher sous la forme d'une pellicule mince, presque opaque, assez résistante aux tractions. En Tétalant à l'état frais sous le champ du microscope, on aperçoit de nombreux vaisseaux, sans parois distinctes, qui la sillonnent en tous sens. Au-dessous d'elle les couches conjonctives superficielles de la séreuse entrent en prolifération ; de nombreuses eellules embryonnaires émigrent déjà au milieu de la couche fibrineuse dense, qui forme le substratum de la fausse membrane. Les vaisseaux néo formés proviennent, suivant les uns du bourgeonnement des vaisseaux préexistants de la séreuse, suivant les autres de cellules et d'ilôts vasoformatifs.
L'adhérence vraie n'arrive à se produire que lorsque le processus irritatif se propage au second feuil-
}et de la séreuse ; celui-ci produit à son tour sa fausse membrane et son réseau vasculaire propres. Au début, les deux réseaux sont séparés par une couche embryonnaire non vascularisée ; plus tard, ils arrivent à se rejoindre et à se fusionner. Les cellules embryonnaires rondes deviennent adultes et fusiformes; le tissu conjonctif lamellaire s'organise définitivement.
Terminaisons. — Une fois produites ces fausses membranes organisées survivent à la cause qui leur a donné naissance, et peuvent persister indéfiniment II en est toujours ainsi quand elles sont à la fois assez compactes et assez étendues pour avoir supprimé la cavité de la séreuse à leur niveau. Elles peuvent par la suite s'infiltrer de sek calcaires, ou devenir le point de départ ultérieur de processus pathologiques divers. Quand elles sont minces et lâches, et qu'elles se laissent pénétrer par la lymphe et par les exsudats de la séreuse, elles sont remaniées, dit-on, parle travail des leucocytes ; elles se fenêtrent par atrophie et peuvent finir par se résorber plus ou moins complètement.
III. — Inflammations hémorrhagioues. — Dans quelques cas, sous des influences mal déterminées, les fausses membranes des séreuses s'organisent difficilement; le tissu conjonctif interstitiel ne s'y développe pas avec sa régularité ordinaire, et par un phénomène inverse, les vaisseaux néoformés augmentent de nombre et de dimensions. Le défaut de développement parallèle du tissu conjonctif laisse ces vaisseaux sans soutien; leurs parois minces et presque virtuelles ne suffisent plus à empêcher les épanckenients sanguins. Ceux-ci se. produisent à la fois dans la cavité de la séreuse et dans les fausses membranes de ses parois. Ces dernières (fig. 43) sont alors épaisses, molles, villeuses ; elles ne présentent que des vestiges d'organisation et sont creusées de cavités lacunaii^es, ou parsemées dHnfiltrations hémorrhagiques à diverses étapes de régi*ession.