Cf. Morice, Ibid,, 1876, p
3. Â. de Quatrefages, Bull, de la Sœ. d'Anthropologie, 1863, p. 2il; Art. RjiCES HUMAINES du Dict. encyclop. des Sciences médic, p. 379.
tiù PRÉCIS D'ANTUKOPOiOGlK.
tain nombre de générations^ à Tun ou à l'autre des types ascendants. Au contraire, les races d'une même espèce sont toujours fécondes et indéfiniment fécondes entre elles. C'est le cas des races humaines, toutes eugénésiques, et qui, par conséquent, font partie de la même espèce. Les faits ont démontré que ce principe n'est point fondé en ce qui concerne les espèces et les races animales : des produits féconds peuvent résulter de croisements, non seulement entre espèces, mais même entre genres différents; et quant au phénomène du retour, il se produit aussi bien à la suite des croisements entre métis de race qu'entre métis d'espèce (Sanson). Mais supposons exact le critérium invoqué. L'application qu'on en a faite aux races humaines est-elle justifiée par l'observation ?
On peut considérer comme démontré que les croisements entre races appartenant à des types distincts sont souvent stériles, et que jamais, en tout cas, ils ne parviennent à conctituer une race fixe \ Bien que le croisement des Européens avec les indigènes, en Australie, ait donné naissance à deux ou trois générations de métis, il n'est pas possible de dire si cette race mixte est capable de se maintenir par ellemême^; il est permis d'en douter. En Tasmanie, les métis n'ont jamais compté que pour une proportion insignifiante dans la population. A la Nouvelle-Calédonie, où les unions entre les blancs et les indigènes sont très fréquentes, les métis sont très rares (de Rochas). Les mulâtres de la Caroline du Sud, dus au croisement des Nègres avec les Anglo-Saxons, engendrent rarement, en s'alliant entre eux, une postérité durable (Nott). Long, l'historien de la Jamaïque (1774), rapporte que les unions des mulâtres entre eux sont générale-
t. Dally, Art. Croisements, Métis du Dici. encyclop, des Sciencts méd, — Broca, Mém. d'Anlhrop., 1. 111, p. 493. 2. Topinard, Rev. d^Anthrop., 1875, p. 243.
MONOGÊNISME ET POLYGÉNISME. 217
ment slériles. Lewis, qui a contesté le fait (1 84*5), a dû toutefois reconnaître que les enfants nés de ces unions ont peu de vitalité; c'est tout aussi grave. On ne saurait opposer Texemple de la Martinique, où, d'après Rufz, la race mulâtre se serait reproduite sans dégénérescence depuis trois cents ans^ Rufz lui-même ajoute que c la reproduction du mulâtre type par lui-même est impossible à suivre, car le produit de ce croisement s*est recroisé tantôt avec le blanc, tantôt avec le noir, ou bien avec l'un et l'autre successivement. » — € Le mulâtre, dit-il encore, ne peut exister que par le croisement incessant du Blanc et du Nègre. Passé la quatrième génération, il rentre dans l'une ou l'autre de ces souches, suivant que l'élément blanc ou l'élément noir aété de plus en plus dominant. > Au Sénégal, l'union du blanc avec la négresse produit des enfants bien constitués; mais, lorsqu'il n'y a pas d'intrusion de sang blanc ou noir dans la descendance, les arrière-petits-enfants du premier croisement sont le plus souvent, sinon toujours inféconds. S'il y a addition de sang blanc à la première ou à la seconde génération, les individus de la troisième génération sont moins vigoureux que leurs ascendants, les filles fréquemment infécondes ou prédisposées à l'avortement *. En Amérique, le croisement des Nègres avec les races indigènes ne semble pas avoir donné naissance à des produits doués d'une grande résistance^. Le croisement avec les Européens est peut-être susceptible de contribuer à l'extension de la population là où le blanc appartient à une race acclimatable (Espagnols, Portugais) ; mais, pas plus là' qu'ailleurs^ les races métisses ne peuvent subsister par elles-mêmes, s'il n'y a apport constant du sang de l'une des races parentes. A Wohaou, l'une des
1. DulL de la Soc, d* Anthropologie, 1860, p. 265. 1 Bérenger-Féraud, Rev. d^Anthrop.y 1870, p. 577. 3. Corre, loc. cit.
Sandwich, où les unions entre les Européens et les femmes polynésiennes sont très nombreuses, ces unions se sont montrées remarquablement fécondes, mais le croisement des métis entre eux a constamment été stérile (B. Davis). A Manille, les métis issus du croisement des Tagals avec les Européens et les Chinois dégénèrent très vite, quand ils ne sont pas maintenus par des croisements de retour ^ En somme, sauf quelques groupes de métis européo-polynésiens qui paraissent avoir prospéré dans certaines îles du Pacifique (iles Chatham, ile Pitcairn), il n'y a pas < un seul cas de population métisse, vivant par elle-même, qui ne soit pas à la veille de disparaître par voie d'eitinclion ou de destruction » (Daily).
Les races métisses ne trouvent pas en elles-mêmes les éléments nécessaires à leur accroissement; cet accroissement est entièrement sous la dépendance de la fréquence des unions avec les races mères. Chez les mulâtres abandonnés à eux-mêmes, la prédominance du sang blanc se manifeste dès la quatrième génération '. Au delà de Toclavon, toute trace de sang mêlé disparaît^. C'est exactement ce qui a lieu dans les croisements entre espèces animales : les unions entre métis ramènent ceux-ci, plus ou moins rapidement mais infailliblement, à Tun ou à l'autre des types primitifs. Le phénomène de la variation désordonnée (Naudin), qui, dans le métissage animal, précède le retour aux types parents, s'observe également sur les produits issus de l'union des métis humains. Des mulâtres de même sang donneront naissance à des enfants dont les uns seront plus rapprochés du Blanc, les autres du Nègre, ou qui associeront très iné-