PUCE DE L'HOMME DANS LE MONDE ANIMAL
Comme l'ajoute Broca, rien en tout cela ne peut révéler une faculté particulière. L'âge arrive, et avec lui l'expérience et le scepticisme ; on demande des preuves, on ne veut plus être crédule comme un enfant. Souvent cet esprit critique se borne aux faits de la vie ordinaire, mais souvent aussi il s'applique aux conceptions intellectuelles; de sorte, dit Broca, que, dans tous les pays, surtout dans ceux où l'homme cultive son intelligence, on voit un grand nombre d'individus abandonner peu à peu une partie ou la totalité de leurs croyances, t Ce prétendu caractère humain que vous appelez la religiosité a donc disparu chez eux ? Les mettrezvous au rang des brutes, ces hommes qui souvent se font remarquer par retendue de leur savoir, par la puissance de leur esprit ? Et si vous dites qu'ils ont commencé par croire sous l'influence de la religiosité^ attribuerez-vous à une autre faculté opposée, la déreligiosité^ cette nouvelle évolution de la pensée ? > En somme, la religiosité active n'existe que 6hez un fort petit nombre d'individus, et la religiosité passive, qui n'est qu'une forme de l'appropriation de l'intelligence au milieu dans lequel elle se développe, est loin d'être universelle*.
Si nous passons à l'argument tiré de la moralité^ nous ne trouvons pas que les partisans du règne humain soient sur un meilleur terrain. Il leur faudrait établir deux points : celui-ci, d'abord, que les conceptions morales sont les mêmes chez tous les individus et chez tous les peuples; cet autre, ensuite, que la moralité ne se trouve que chez l'homme. Ces deux assertions ne se défendent point. Un sauvage que Ton interrogeait sur la distinction du bien et du mal, du juste et de l'injuste, fit cette réponse d'ordre tout pratique: c Celui qui prend ma femme commet une mauvaise
1. BuU. de la Sœ. d'AïUhrop,, 1866, p. 74. ^ Goudereau, Ibid., p. 330.
14 PRECIS D'ANTIIROPOU)GIE.
action, et moi j'en fais une bonne en prenant la femme d'un autre. > Les bons, disait un chef américain, sont les braves guerriers et les chasseurs infatigables; Brinton, qui rapporte le mot, fait remarquer que ce serait là l'opinion d'un loup, si un loup pouvait parler. En fait, cette morale que notre culture repousse, est celle d'un grand nombre de populations. Prenons, par eiemple, le respect de la vie humaine, qui chez nous vaut comme un dogme; non seulement, sous d'autres climats, on n'y attache aucun prix, mais on élève le meurtre à la hauteur d'un acte glorieux. Un Australien ayant perdu sa femme, morte de maladie, déclare qu'il lui faut tuer une femme d'une tribu lointaine; il écoute la voii du devoir, court accomplir l'acte qui soulagera sa conscience et revient satisfait. Le Peau-Rouge qui torture, tue, scalpe un individu étranger à sa tribu, commet une action louable, vertueuse. Gomme le rapporte Williams, l'ambition du Vitien est de devenir un assassin reconnu. Le christianisme, pendant plusieurs siècles, a érigé en vertu l'extermination des hérétiques ; le pouvoir séculier qui l'aidait en cette œuvre, accomplissait un acte éminemment moral. Dans toutes les parties du monde, la religion a sanctionné les sacrifices humains. Chez beaucoup de peuples, l'infanticide est en honneur, c'est une sorte d'institution sociale ^ En Polynésie, il a été général; à Tahiti il a reçu la consécration religieuse : les Aréois, qui appartenaient à la couche supérieure de la population, le regardaient comme un rigoureux devoir. Ailleurs, l'avortement a un caractère religieux ■. En Mélanésie, chez les Hottentots, chez les Eskimaux, en Amérique, règne ou a régné l'usage d'abandonner à leur pix)pre sort les malades, les vieillards impotents. Parfois même les vieux parents sont mis à mort, sans objection de