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CHAPITRE III

l'ordre des primates

L'ordre des Primates, comme il est aujourd'hui constitué et tel que l'acceptent la majorité des naturalistes, est l'ancien ordre linnéen, modifié par quelques suppressions.

On en a, tout d'abord, retranché le Paresseux {Bradypus Iridactylus), maintenant rangé parmi les Édentés, et que Linné lui-même avait cru devoir séparer dans sa seconde classification; puis les Chéiroptères, qui forment un ordre à part. Plusieurs autres mammifères que les successeurs de Linné et de Blumenbach avaient adjoints aux Primates, en se

i. Agass», op. cit., p. 249.

fondant uniquement sur le cai*actère tiré de l'opposition plus ou moins parfaite du gros orteil à la plante du pied, ont dû également en être distraits : tels sont TÂye-Aye {Cheiro^ mys) et les Galéopithèques ou singes-volants (ceux-ci représentant pour Huxley la septième et dernière famille de son ordre des Primates), généralement considérés actuellement comme se rattachant aux Lémuriens.

Quant à ces derniers, qui, ainsi que nous Tavons vu, figurèrent à côté des singes à partir de la dixième édition du Syslema, leurs relations avec les Primates ne sont point encore définitivement élucidées. Certains caractères anatomiques les en rapprochent grandement; d'autres, tout aussi importants, les en séparent non moins nettement. Nous pensons toutefois, avec Gratiolet, Broca et Flovlrery qu'il y a lieu, tout bien considéré, de les rejeter dans un ordre distinct, prenant rang dans la classification immédiatement au-dessous de celui des Primates. Nous verrons plus loin que la paléontologie justifie cette opinion, et que si elle ne démontre pas l'existence, entre Primates et Lémuriens, des rapports phylogénétiques directs admis par Haeckcl, elle permet du moins d'établir entre eux des liens fort étroits dans le sens collatéral.

Ces diverses éliminations faites, il reste un ordre très naturel, un des plus naturels de la zoologie, et dont, à ce point de vue, on trouverait difficilement l'équivalent parmi les mammifères. Aucun autre ordre peut-être n'est, en effet, fondé sur la réunion d'un aussi grand nombre de caractères communs. Ces caractères communs, appartenant à tous les représentants de l'ordre des Primates, sont les suivants :

l"" Formes humaines;

â* Dents permanentes au nombre de trente-deux ou de trente-six, en nombre égal aux deux mâchoires et disposées en série continue, sans lacunes véritables. Quatre espèces de

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dents : incisives tranchantes, canines pointues, prémolaires bicuspidées, molaires tuberculeuses (de trois à cinq euspides à chacune), à surfaces triturantes plates et situées sur le même plan horizontal, caractère d'herbivore;

d"" Deux mametles pectorales.

Ces trois premiers caractères sufBraient à faire reconnaître un Primate. Ce ne sont pas cependant les plus importants, et nous trouvons encore à signaler :

kt^ La forme du crâne arrondie dans Tensemble, sinon toujours à l'extérieur, du moins quand on en examine la cavité. La boite crânienne est, en d'autres termes, à peu près également développée dans tous les sens. La tente du cervelet ne devient jamais osseuse;

5"" La morphologie absolument typique du cerveau. Cet organe est ici caractérisé: par le grand développement de ses lobes frontaux, caractère majeur qui entraîne tous les autres traits de la constitution cérébrale, et d'où résulte notamment la différenciation sur l'hémisphère d'un lobe pariétal et d'un lobe occipital; par l'existence constante d'une scissure caloarine, d'une corne postérieure aux ventricules latéraux et d'un petit hippocampe; par l'extension du cerveau jusqu'au-dessus ou en arrière du cervelet; par l'état rudimentaire des lobes olfactifs, recouverts par les hémisphères cérébraux ;

G"" La direction sensiblement parallèle des axes optiques qui peuvent arriver à converger (le regard est même plus convergent chez le singe que chez l'homme). Les yeux regardant directement en avant, il en résulte, suivant la remarque d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, que les Primates, et eux seuls de tous les animaux, ont un visage;

l"" Les fosses orbitaires complètes, fermées en dehors par une paroi osseuse, et ne communiquant pas avec les fosses temporales ;

8« La poitrine large, presque aussi large que profonde, caractère commun à tous les animaux chez lesquels les membres thoraciques ne servent plus uniquement à la marche;

9"" Les membres supérieurs libres, tenus à distance du tronc par une clavicule longue : le segment supérieur (bras) est dégagé dans toute son étendue; le segment inférieur (avant-bras) est composé de deux os, mobiles l'un sur l'autre (mouvements de pronation et de supination) et distincts sur toute leur longueur ;

10<» Les membres pelviens constitués par un segment proiimal (cuisse) libre, et par un segment distal (jambe) composé, comme son homologue au membre thoracique^ de deux os, mais non mobiles l'un sur l'autre ;

11» La difierenciation complète, au point de vue anatomique, de la main et du pied : la main terminée par cinq appendices digitaux (sauf chez les colobes et les atèles qui manquent de pouce), dont le premier est presque toujours opposable aux quatre autres; le pied plantigrade, à orteils digitiformes, séparés et mobiles, le gros le plus souvent opposable ; l^"" L'estomac simple (le semnopithèque excepté); IS"" Le cœcum court; l'intestin grêle et le gros intestin de longueur moyenne ;

14" Les testicules situés extérieurement, dans un scrotum, et le pénis libre; 4 5» La matrice simple, piriforme ; 16* Le placenta de forme discoïdale.

Les êtres qui réalisent ce type générai qu'on pourrait qualifier d'anthropomorphique, sont nombreux et répandus sur une grande partie du globe. En tète vient l'homme, à su suite se placent les divers genres de singes. Si homogène que soit zoologiquement cette grande et

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importante section des mammifères qui de Thomme s*étend aux singes hapaliens, elle n'est pas toutefois sans ofifrir à l'observateur qui en compare les différents représentants, des modifications nombreuses et plus ou moins profondes du type primate. À ces variations du type, correspondent, au sein de Tordre caractérisé par une structure commune, des formes plus ou moins élevées, et, dans la classification, la subdivision de cet ordre en familles. La mise en parallèle de Toi^^anisation de Thomme et de celle des animaux que la zoologie groupe ainsi auprès de lui, parallèle que nous allons avoir à poursuivre jusque dans ses détails, devant exiger une fréquente mention des noms des familles et des genres simiens, nous croyons devoir reproduire ici la division systématique des Primates et leur distribution en familles, telles que les a établies notre maître Broca^ Le tableau ci-dessous donne pour chaque famille, avec rénumération des genres qui la composent, ses principaux caractères anatomo-zoologiques, ceux qui en permettent la diagnose et servent à la distinguer des autres.

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