Foy. autour du monde, t. II» p
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g 18. — lies Polynéûens.
Tout à l'est de leur domaine, les Polynésiens occupent l'île de Pâques ou Waïhou ; en revenant vers Toccident, les îles Gambier, les Marquises, les lies Touamotou, Tahiti, Mangia, Tonga, Samoa, Willis, etc.; plus au nord, par SO* de latitude septentrionale, les îles Havai; au sud, par 40"" de latitude méridionale, la Nouvelle-Zélande. Cette énumération est, hien entendu, très sommaire.
D'une façon générale, le Polynésien est de grande taille, bien musclé, avec tendance à l'embonpoint. La teinte de la peau varie d'un blanc jaunâtre à une couleur plus ou moins cuivrée. Les cheveux sont noirs, lisses, fournis; la barbe est rarement abondante. Les yeux sont noirs, vifs, grands, horizontaux (Lesson), hagards dit Rienzi, les lèvres bien faites mais un peu épaisses, les oreilles grandes. Le nez est souvent droit et court, parfois aquilin, mais toujours élargi aux narines. La mâchoire est légèrement projetée. L'ensemble du visage est de forme ovale. La tète est un peu plus allongée qu'arrondie, et l'indice moyen de 78 semble devoir être accepté : c'est une faible mésaticéphalie. La capacité moyenne serait, pour les hommes, de 1500 centimètres cubes, de 1380 pour les femmes (Broca). Le crâne est élevé, parfois plus haut qu'il n'est large. Les extrémités sont fortes (Lesson). Chez les femmes, le sein est hémisphérique (Bory Saint-Vincent). Sauf aux Marquises, les femmes sont de moins belle apparence que les hommes.
Le Polynésien, avons-nous dit, est de grande taille. Il suffît de citer les moyennes suivantes empruntées à différents auteurs : Samoans, 1",85 d'après La Pérouse; Maoris, 1",81 d'après Garnot et Lesson ; Marquésans, 1»,80 d'après Porter, 1",75 d'après Clavel, 1",72 d'après Cook ; Tahitiens, 1»,78
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d'après Garnot et Lesson ; Havaîens^ 1™,75 d'après Gaimard ; lie de Pâques» même taille d'après Rollin. En ne tenant pas compte du nombre d'individus composant chacun de ces groupes, la moyenne générale serait de i»,77. Elle n'est dépassée que par la moyenne des Patagons de l'Amérique méridionale.
Ile de Pâques. — La population est la même que celle des Iles de l'Archipel Dangereux (îles Basses,Touamotou), dont il sera parlé tout à l'heure. Le teint de la peau est clair, un peu cuivré. Depuis le contact avec les Européens, la dépopula* tion est rapitle. En 1863, les indigènes étaient au nombre de 3000; en 1868, de 930 ; en 1872, de 275, parmi lesquels les femmes ne comptaient que pour un cinquième. Aujourd'hui l'extinction totale n'est pas loin d'être un fait accompli. L'arrivée des missionnaires leur avait fait abandonner la pratique du tatouage et celle de l'introduction, dans le lobe des oreilles, de feuilles de canne à sucre roulées. On trouve à l'iie de Pâques des centaines de statues colossales, en lave grise, bustes s'arrêtant aux hanches, à tête plate, à ligure carrée, profondément assujetties dans le sol. Ce qu'on dit de ces curieux monuments n'a aucun caractère de certitude ; une seule chose peut être assurée, c'est qu'ils ne sont pas dus aux peuples polynésiens tels que nous les connaissons actuellement.
Iles Gamhier. Iles Touamotou. — Le teint est bronzé, les cheveux sont noirs et lisses, les narines larges ; en somme, les indigènes des îles Basses n'offrent pas le beau type que l'on rencontre plus au nord chez les Marquésans. On trouve aux îles Gambier la curieuse confrérie des Aréoïs, dont il sera parlé à propos de Tahiti. Les enceintes religieuses appelées c moraïs > s'y rencontrent également. Moerenhout a décrit le mode bizarre des funérailles aux Gambier : le corps est d'abord placé sur une sorte d'échafaudage, puis vidé,
séché au soleil, enveloppé d'étoffes et enseveli. A la différence d'autres Polynésiens, les indigènes des ties Gambier sont de fort inexperts navigateurs ; leurs radeaux, leurs canots, sont tout à fait rudimentaires. Moerenhout les représente comme hospitaliers, doux, mais terribles dans les combats. La vie est des plus difficiles pour les naturels des Pomotou et des Gambier. Ils n'ont guère pour se nourrir que le coco, des poissons, des coquillages et la viande de chien. Depuis Toccupation française, l'anthropophagie a disparu. La population erre d'Ilot en Ilot, cherchant sa vie. La plonge à la recherche de l'huitre à nacre est la seule industrie, et les indigènes y sont passés maîtres, hommes, femmes et enfants; c'est un métier que les requins ne laissent pas de contrarier. La dépopulation des lies Gambier est rapide. En 1840^ les indigènes étaient au nombre de plus de onze cents individus; en 1872, ils n'étaient plus que six cent cinquante. Les mariages pourtant sont féconds, et la variole est inconnue. Le Borgne attribue ce désastre à la phtisie, Brassac à la consangmnité^ le contact avec la civilisation européenne est ici, comme ailleurs, la grande cause de décadence. En 1881, on ne comptait plus que 480 indigènes (Clavel). Quant aux efforts des missionnaires sur les Mangaréviens» ils n'ont produit que des résultats superficiels ou néfastes (P. Lesson), comme d'ailleurs dans toute la Polynésie.
Iles Marquises. — C'est surtout ici que se rencontre le beau type polynésien : haute stature, épaules effacées, sveltesse; nez droit ou aquilin, œil noir*. Indice céphalique, 78 (B. Davis). La peau est légèrement brune, un peu cuivrée, couleur de buis (Radiguet). La chevelure est noire ; on consacre à la soigner des heures entières. Souvent la peau est
1. Archives de médecine navale, t. XXVI. S. Radiguet, Le$ demien Sauvage$t p. 176.
entièrement tatouée; nulle part ce mode d'ornementation n*est plus en honneur ^ On pratique la circoncision; elle consiste en une incision longitudinale, faite avec un bambou afiilév Le costume ordinaire est des plus rudimentaires et la nudité absolue n'offusque personne. Quant à rhabillement de guerre, il est magnifique : haute coiffure de plumes garnie d'ornements éclatants; colliers en dents de cachalot; touffes de barbes de vieillards; touffes de cheveux s'échappantde toutes parts; coquilles d'huîtres perliëres; ceinturon retenant des crânes remplis de cailloux; manteau d'étoffe rejeté sur le dos. Les armes dont Ton se servait avant Tarrivée des Européens étaient un lourd casse-téte, la lance munie de dents de requin, la fronde.
Le fond de l'alimentation est végétal, comme dans toute la Polynésie; Tartocarpe, ou arbre à pain, en fait en partie les frais. L'anthropophagie était autrefois largement pratiquée aux Marquises. On mangeait l'ennemi par esprit de vengeance et aussi par goût, toutefois l'on n'avouait point volontiers aux Européens ces sortes de repas. La victime est étouffée ; le cœur est mangé cru ; les yeux reviennent aux guerriers : le reste du coi*ps est cuit sur des galets rougis au feu et est consommé en plusieurs jours. Les fesses reviennent aux prêtres. Avec les os on fabrique des harpons. Le kava^ liqueur extrêmement appréciée, est fabriquée avec la racine du c piper methysticum i. Les indigènes, rangés autour d'un vase de bois, mâchent la racine et crachent leur salive dans le récipient. Ce jus, mélangé avec de l'eau, est bu, soit immédiatement, soit après fermentation.
Le mariage n'est généralement qu'une association temporaire. Les femmes sont coquettes et dissolues ; on ne prise
1. Berchon, Bullet. de la Soc, d*Anthrop.,l,^. 97. — Clavcl,/?e(;. d'Ethnogr., t. III, p. 134.
point la chasteté des filles, on met volontiers son épouse à la disposition des étrangers amis. Comme tous les Polynésiens, les Marquésans sont passionnés pour les fêtes, les cérémonies, les réunions, les danses. Ils sculptent grossiei^ement de grotesques idoles de bois, des tikis. Les atua» sont les créations d'une croyance animiste toute primitive, des sortes d'esprits qui reviennent se mêler aux choses de la terre. Quant aux cérémonies religieuses, ce sont de pures Jongleries ; le prêtre est sorcier, médecin, et il peut ordonner des sacrifices humains. Les moraîs sont les lieux de sépulture; on y voit, à côté d'idoles de bois, des platesformes soutenues par des pieux et sur lesquelles on dépose les cadavres dans des coffres. Souvent les moraîs sont de véritables charniers où l'on a posé pêle-même des débris humains; Tair en est infecté. En fait de religion, dit Rienzi, les Marquésans sont de véritables enfants : les moraîs sont leurs lieux d'amusements, et les dieux leurs hochets. Porter raconte qu'il vit des Marquésans, assis pendant des heures entières, frapper des mains en chantant devant de petites idoles de bois. Deux castes composent la société marquésane : celle des akaîkiSy l'aristocratie de naissance, comprenant les chefs civils et religieux; puis celle des kikinosy comprenant tout le reste de la population. Quant un akaîkia plusieurs enfants, c'est l'aîné, garçon ou fille, qui hérite du titre et des biens, les autres enfants restent kikinos. Le tabou est d'origine divine, indiqué au peuple par l'entremise des prêtres, à leur profit, bien entendu, et à celui des akaîkis civils. C'est le tabou qui a constitué et qui protège la propriété, c'est le tabou qui permet aux gens riches de jouir de leurs privilèges. On tabouise tel lieu, tel végétal, telle nourriture, tel individu. Les femmes surtout étaient victimes du tabou, étant les plus faibles : elles ne pouvaient manger avec les hommes, et jamais tels ou tels aliments. Un akaiki
violateur du tabou passe immédiatement à ]a condition de vulgaire kikino. Seuls, les prêtres peuvent établir un tabou général, mais chacun peut tabouer par une simple déclaration ce qui lui appartient en propre.
L'indigène des Marquises est fantasque et enfantin, rusé, porté au larcin comme tous les Polynésiens, avenant, hospitalier, généreux, mais vindicatif et féroce, facilement passionnable, parfois renfermé. Les jeunes filles sont maîtresses absolues de leur conduite ; elles accordent à qui leur plaît les dernières faveurs, mais une fois mariées elles ne peuvent se livrer à un étranger ou à quelque indigène autre que leur conjoint qu'avec Tautorisation de celui-ci. La dépopulation des Marquises est due au contact avec les envahisseurs européens : le capricieux emploi de nos étoffes de laine est une cause de ruine, tout aussi bien que Tabus de Talcool. Le nombre des femmes diminue plus rapidement que celui des honnmes. La population entière n'aurait pas compté, en 1884, plus de 4865 individus (Glavel). Presque tous les naturels sont convertis au christianisme, mais ils sont restés de purs fétichistes.
Iles de la Société (Tahiti). — Ici le type est moins beau, moins élevé qu'aux iles Marquises. Les femmes, notamment, le cèdent de beaucoup aux Marquésanes en finesse et en sveltesse. La peau est de couleur cuivrée, parfois assez claire, de couleur olivâtre, tirant sur le cuivre, dit Rienzi. Une série de dix-sept crânes d'hommes tahitiens et de six crânes de femmes a donnécomme capacité 1555 centimètres cubes pour les premiers, 1390 pour les deuxièmes; indice céphalique de largeur, de 75 à 77.4; indice de hauteur, 102.7. Indice nasal, 49 à 50. Indice orbitaire, 92.3.
Une révolution profonde a frappé Tahiti. Le costume s'est européanisé presque partout, le vieux culte a été extirpé, les moraîs, constructions où l'on rendait aux morts
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un culte religieuse, ont été abandonnés. Mais, il n*y a pas longtemps encore, le tatouage était général et les hommes en étaient ornés de haut en bas. Ils ne portaient, comme vêtement, qu'un court tablier (en étoffe faite d'écorce de < mûrier à papier i battue et non tissée) attaché par une corde autour des reins ; les femmes s'enveloppaient d'une pièce de même étoffe. Les jeunes gens et les jeunes filles étaient nus. Dans le lobe de l'oreille on introduisait des touffes d'herbes, des plumes. Les habitations étaient de misérables cases faites de pieux et de feuillage. Le tabou était en vigueur plus que dans tout autre archipel polynésien. La religion était un animisme enfantin' et l'on prati* quaitles sacrifices humains; le sacerdoce était héréditaii^e et dévolu aux cadets. L'anthropophagie avait été connue : on mangeait l'œil des victimes. L'institution des Aréoïs*, dont le but était la satisfaction, sans frein ni mesure, des besoins amoureux, fleurissait, et à côté de cette institution, l'infanticide était pratiqué sur une large échelle (Dumont-d'Urville, t. II, p. 47). La licence des filles, celle des femmes, était extrême, et les plus simples notions de pudeur étaient inconnues. La nourriture consistait principalement en coquillages, poissons, taro, bananes, cocos, fruits de l'arbre à pain ; les chefs seuls mangeaient du porc : le peuple n'avait que rarement chance d'y goûter. Vava élait fait du jus de racines mâchées que les opérateurs crachaient dans un plat de bois; on retendait d'eau et on l'absorbait immédiatement. La population se divisait en trois classes : l'une comprenant l'aristocratie (arit) , la seconde les propriétaires, la dernière le menu peuple. Une coutume singulière était l'abdication forcée du roi à la naissance de son