‹ Précis d'anthropologieChapitre 39 sur 319 · ibid., 1869, p · texte numérisé non relu

ibid., 1869, p

L'épine nasale est supportée par Tos intermaxillaire ou incisif. Cette pièce osseuse a joué un grand rôle dans les discussions des anatomistes, à une époque où leurs travaux semblaient surtout guidés par le souci de trouver entre rhomme et les animaux des différences de structure, si minimes qu'elles pussent être. C'est ainsi que, constatant un intermaxillaire indépendant sur le crâne des mammifères, tandis qu'on n'en observe aucune trace sur celui de l'homme adulte et de Tenfant, Camper, Blumenbach, Mûlder et Fischer avaient cru pouvoir en dénier absolument la possession à notre espèce. Cependant Nesbitt l'y avait découvert dès 1736, Albious l'avait démontré chez l'embryon, Yicq d'Âzyr et Goethe en avaient suivi les traces jusque chez l'enfant et chez l'adulte. Aujourd'hui, l'existence de l'intermaxillaire chez Thomnae est un point acquis à la science ^ Cette pièce ne difl^re de celle des animaux que par la précocité de sa soudure. Celle-ci est, en général, achevée sur la face antérieure de l'os vers la fin du troisième mois de la vie intra-utérine, tandis que, chez la plupart des singes, l'intermaxillaire reste isolé aussi longtemps que les autres os de la face ; mais déjà chez les singes supérieurs nous trouvons une transition vers le type humain. L'intermaxillaire du gorille ne parait jamais se souder avant la deuxième dentition, et la suture faciale persiste aussi longtemps que la palatine ; mais, chez l'orang, la soudure est plus précoce et s'effectue après l'éruption des dernières dents de lait'. Elle est plus hâtive encore chez le chimpanzé, chez lequel elle parait même débuter avant la naissance. Sous ce rapport donc, le chimpanzé diffère de l'homme, mais il n'en diffère que fort peu, tandis qu'il diffère presque autant que l'homme lui-même des autres anthro-

i. Hamy» Loê iniermaxillaire de V homme â Vétat normal et pathologique, i. Broca, Mém. d'Anthropologie, t. III, p. 93.

poïdes et, à plus forte raison, des autres Primates. Nous rappellerons, au surplus, qu'on observe assez souvent chez l'homme, en dehors de toute malformation, des traces de la suture intermaxillo-maxillaire persistant pendant toute la vie du côté de la face palatine : elles étaient encore appréciables cent quatre fois sur deux cents crânes français examinés par Hamy*.

Dans l'impossibilité de refuser à l'embryon humain un os incisif, Alix' a nié que cet os portât, comme celui des singes, une apophyse montante remontant jusqu'à l'os nasal. Ilamy a relevé Terreur d'Alix, en montrant que, sur l'embryon humain de deux mois et demi, l'incisif comprend une branche montante, qui concourt avec celle de l'autre côté à encadrer l'orifice des fosses nasales d'un cercle que complètent en haut les os nasaux. Toute la différence se réduit à ceci que cette branche montante se dissimule, à partir de la seconde moitié du troisième mois, sous la branche homonyme du sus-maxillaire ; encore n'est-ce point là une différence constante, puisque dans le genre atèle (Hamy) et chez quelques individus du genre orang (Broca), l'apophyse montante de rintermaxillaire est en grande partie masquée, à peu près comme sur l'embryon humain au troisième mois. Sur le gorille, Broca a noté plusieurs fois une disposition intermédiaire.

Les intermaxillaires prennent part avec les maxillaires supérieurs à la constitution de l'arcade alvéolaire. La con« formation de cette région est en rapport avec le degré de proéminence de la face. La voûte palatine des singes, longue et étroite, représente un parallélipipède dont la largeur est souvent plus considérable au niveau des canines qu'au niveau des dernières molaires. Son contour se rétrécit à la partie

1. Cf. Roujou, J?M^. de la Soc. dWnthropologief 1876, p. 171. S. Bull, de la Soc. philomatfiiquef mai 1669.

PARALLËLE DE L'UOMME ET DES SINGES. 79

postérieure par la convergence des branches latérales curvilignes de l'arc alvéolaire, qui réalise ainsi la forme d'une ellipse plus ou moins allongée (sajou, macaque) ; ou bien les branches de la courbe sont rectilignes et convergentes, d'où une forme en lyre notée par Broca sur un orang et quelques gorilles; ou, enfin, elles sont rectilignes et parallèles, et la forme est celle d'un upsilon , ce qui est le cas de la plupart des anthropoïdes. Chez l'homme, la voûte palatine est profondément excavée, et son contour décrit, dans les races supérieures, une figure hyperbolique ou parabolique, c'està-dire que, rectilignes ou curvilignes, les bords de l'arc alvéolaire vont en divergeant postérieurement. La forme hypsiloïde, rare chez le blanc, est, par contre, assez commune dans les races nègres africaines et mélanésiennes, ainsi que dans les races préhistoriques, et l'on peut même y rencontrer la forme elliptique (exemple : la mâchoire de la Naulelle).

La mandibule présente d'importantes différences dans la série des Primates. Lourde et massive, celle des anthropoîdes offre une branche horizontale plus longue, plus large et plus forte que celle de Thomme, une branche montante beaucoup plus large aussi. Ce dernier caractère se retrouve sur la mâchoire d'un des crânes préhistoriques de Cro- Hagnon. La saillie du menton fait toujours défaut sur la mâchoire inférieure simienne, ou elle est remplacée par une courbe uniforme et arrondie, fuyant d'avant en arrière. Le maxillaire humain, marqué à sa face antérieure de crêtes et de fossettes, est limité, au contraire, par un bord inférieur qui proémine au-devant de la portion alvéolaire, ou qui, tout au moins, se range sur la même verticale. Même contraste à la surface interne : le bord inférieur tranchant et nettement arrêté chez le singe, est remplacé chez l'homme par une surface excavée, au-dessus de laquelle s'élève, sur

la ligne médiane, une crête portant les apophyses géni. A la place de ces apophyses se voit, chez le singe, une profonde dépression. Nous n irons pas toutefois jusqu'à donner, comme on l'a fait, ce détail osléologique pour une caractéristique humaine : les tubercules se rencontrent sur quelques mâchoires d'anthropoïdes^ et la dépression peut s'observer chez l'homme. La présence, l'absence et les divers degrés de développement des apophyses géni paraissent n'èlre que des caractères individuels. Quant à l'éminence mentonnière, son absence ne constitue pas davantage un caractère exclusivement simien; elle manque, en effet, sur la célèbre mâchoire de la Naulette, à la fois la plus ancienne (époque chelléenne) et la plus pithécoïde que l'on connaisse. Sur la mâchoire préhistorique, mais moins ancienne, de Goyet, elle se dessine à peine.

Chez certains animaux, notamment chez plusieurs espèces simiennes, le trou dentaire inférieur est double; c'est là une particularité devenue exceptionnelle chez l'homme actuel (on l'observe cinq fois sur cent chez les Français, d'après MoUière). Les mâchoires préhistoriques de la Naulette et d'Arcy-sur-Gure présentent ces deux trous.

Dents. — La valeur des caractères tirés du système dentaire est considérable, en ce qui concerne la répartition taxonomique des différents ordres de mammifères. L'étude comparative de ce système chez les Primates ne fournit pas des résultats moins décisifs pour l'établissement de leurs affinités.

Un premier fait qui domine tous les autres, c'est que, par la formule dentaire, l'homme est exactement pareil à un grand nombre de singes, tandis que ceux-ci s'éloignent beaucoup des autres singes. Hominiens, Anthropoïdes et

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