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BulL de la Soc, (T Anthropologie, 1S69, p

C'est surtout pour la troisième molaire ou dent de sagesse, qu*a été produite l'assertion d'un ordre d'évolution inverse. La canine peimanente de l'homme pousse avant la dent de sagesse ; chez tous les singes, a-t*on dit, y compris les anthro* poïdesy l'éruption de la dent de sagesse précéderait celle de la canine, laquelle terminerait ainsi l'évolution de la série dentaire. 11 n'y aurait là, à tout prendre, qu'un caractère de peu de valeur ; mais, chose plus grave, ce prétendu caractère n'est pas même exact. Déjà Prûner-Bey avait reconnu que, sur le dryopithèque, l'éruption de la canine avait précédé celle de la dernière molaire. Depuis lors, les observations de Magitot, celles de Broca, observations ayant porté sur les genres simiens les plus divers (chimpanzé, macaque, sajou), ont montré que souvent, sinon toujours, l'éruption des dents permanentes des singes se fait absolument suivant le même ordre que chez l'homme. Ce qui a pu tromper, c'est qu'on n'a pas fait une distinction suffisante entre le moment du début et celui de l'achèvement de l'évolution des dents. Si l'on ne considère que le terme final, on arrive à reconnaître que la canine du singe est encore en voie d'ascension hors de la mâchoire, alors que la dent de sagesse est déjà en place. C'est là le résultat du volume plus considérable de la canine ; mais, si Ton envisage le moment même de l'apparition des deux dents hors du maxillaire, on constate facilement que la canine est déjà visible par son sommet, quand la dernière molaire est encore incluse.

2* SQUELETTE DU TRONC A. — COLONNE VBRTtBRÀLI

Le rachis affecte chez les mammifères deux types entièrement différents, dont l'un s'observe chez l'homme, et l'autre chez les quadrupèdes.

86 PRËGIS D'ANTHROPOLOGIE.

La forme sigmoïde ou à trois courbures alternatives du rachis humain (alternance qui a pour résultat d'amener la ligne de gravité de la tète et du tronc au-dessus de la base de sustentation Tournie par le bassio), fait place, sur celui de& quadrupèdes, à une double courbure seulement : la postérieure, dorso-lombaire, décrit un arc dont la concavité est tournée vers la face stemale du tronc, et dont les deux extrémités sont soutenues respectivement par les membres antérieurs et par les membres postérieurs. Dans la marche quadrupède, le point d'appui étant pris alternativement en avant et en arrière, il en résulte la formation d'un centre de mouvements situé entre la dernière vertèbre dorsale à côte fixe et la première fausse dorsale {nœud de la colonne vertébrale), et la décomposition du tronc en deux trains. De là aussi, par suite des tractions successives en sens inverse exercées par les muscles extenseurs du tronc dont elles représentent les bras de levier, la convergence vers le nœud des séries apophysaires épineuses et transverses, celles du train antérieur se portant obliquement en arrière, celles du train postérieur remontant obliquement en avant (antéwrsion). Enfin, les articulations des vertèbres du train postérieur sont consolidées en dehors par un système particulier d'apophyses, les apophyses styloides^ qui se détachent, à droite et à gauche de chaque vertèbre, de la base de l'apophyse articulaire postérieure, parallèlement à l'axe du rachis, et viennent se placer sur la face externe des apophyses articulaires antérieures de la vertèbre suivante. Celles-ci se trouvent ainsi emboîtées dans une petite mortaise latérale que limitent, en dedans, l'apophyse articulaire postérieure de la vertèbre précédente, en dehors, l'apophyse styloîde de cette même vertèbre.

Si l'on examine la colonne vertébrale sous ces divers points de vue dans la série des Primates, on trouve que, chez les

PARALLÊLB DE L'HOMME ET DES SINGKS. 87

Cébiens et les Pilhéciens, elle présente, inégalement prononcés suivant les genres, tous les caractères propres à la marche quadrupède. En passant aux anthropoïdes, la scène change brusquement : il n'existe plus trace de la séparation en deux trains ; les apophyses épineuses dorsales, par leur longueur, leur obliquité considérable et leur imbrication, se rapprochent bien plus du type humain que de celui des autres singes; celles des fausses dorsales et des lombaires ne manifestent pas la moindre tendance à Tantéversion ; les apc^hyses transverses lombaires, comme celles de l'homme, sont égales en longueur (chez les quadrupèdes, cette longueur s'accrof t progressivement de la première à la dernière) ; enfin, il y a disparition des apophyses styloîdes, qui, chez quelques gibbons seuls, — genre intermédiaire, formant, par la plupart de ses caractères, l;i transition entre les singes quadrupèdes et les anthropoïdes supérieurs, — se montrent encore à l'état de vestige sur les fausses dorsales ou la première lombaire. Par ce dernier caractère, l'homme pourrait même être considéré comme se rapprochant davantage des singes inférieurs que les anthropoïdes. Sœmmering déjà avait noté que les apophyses styloîdes se rencontrent sur quelques squelettes. humains, quoique moins développées que chez les singes, et cette remarque a été reproduite par Cuvier^ Depuis lors, Broca a constaté l'existence de ce caractère, non seulement sur divers squelettes de Nègres, mais encore sur plusieurs squelettes d'Européens, et surtout dans les races préhistoriques*. Hamy a également signalé ces apophyses sur plusieurs vertèbres des squelettes préhistoriques de Grenelle, etPrunières sur des squelettes, préhistoriques aussi, de la Lozère. Topinard enfin les constatait, non seulement sur les fausses dorsales et les deux ou trois pre-

f. Leç. â^Antit. comp,, t. I*', p. 199. —Cf. Thomas, Élém. étostéol.^ p. 27 S. Bull, de la Sœ. d'Anthropologie, 1877, p. 633.

miëres lombaires, comme l'avait vu Broca, mais encore sur les dernières lombaires. Mais, lorsqu'elles existent, les apophyses styloïdes de l'homme ne sont plus représentées que par de petits tubercules, qui, s'ils ont une réelle valeur au point de vue anatomique, n'en ont plus aucune dans la mécanique du rachis. Il n'y a pas, à cet égard, de différence entre leur atrophie incomplète chez l'homme et leur complète disparition chez les anthropoïdes. Le fait à retenir est qu'il y a là, dans les deux groupes, un élément vertébral qui s'efiace parce qu'il est devenu inutile, tandis qu'il persiste chez les Primates inférieurs dont la locomotion réalise encore les conditions de la marche quadrupède.

Ici se place la question des courbures du rachis. On pourrait n'y accorder qu'une importance secondaire, en considérant que ces courbures ne sont, chez l'homme, que le résultat d'adaptations mécaniques consécutives et nullement d'une conformation primordiale. Effectivement, chez le fœtus humain, au moment de la naissance, et chez l'enfant jusque vers deux ans et demi, la colonne dorso-lombaire présente une courbure unique à concavité dirigée vers la face sternale du tronc ^ Huxley a observé, et l'un de nous a observé également une conformation semblable sur de jeunes orangs. A ce moment donc, la colonne est constituée sur le même type dans toute la série des Primates, et ce type est celui qui existe toute la vie chez les quadrupèdes. Ce n'est que lorsque le bipède commence à marcher que les courbures définitives se dessinent, en même temps que les différences s'accusent; mais comme les modifications qui se produisent alors sont intimement liées aux conditions de l'attitude et à la mécanique du squelette, et comme les caractères de cet ordre fournissent précisément le critérium le plus décisif de la

i. p. Bouland, Recherches anaUmiqws iur la courburtt narmalet du raehit.

différenciation des groupes, on est amené à puiser dans la comparaison des courbures rachidiennes chez l'adulte des éléments précieux pour le parallèle que nous poursuivons. Celte comparaison fait voir que par là les anthropoïdes se rangent, les uns immédiatement à côté de Thomme (les gibbons, dont les courbures se succédant au même niveau, sont simplement un peu moins prononcées que celles du rachis humain) ; les autres plus près de l'homme que des singes proprement dits (le chimpanzé et Forang, dont la concavité dorsale se prolonge un peu plus bas, la convexité lombaire n'occupant au plus que les deux dernières vertèbres) ; et un seul, le gorille, dont la colonne affecte, à partir de l'antépénultième vertèbre lombaire, une direction rectiligne faisant suite à la concavité dorso-lombaire, comme type de transition entre les bipèdes et les quadrupèdes S Un trait de la morphologie du rachis réunit encore plus étroitement les anthropoïdes au groupe humain : c'est l'existence, à la face supérieure des vertèbres cervicales, du crochet (apophyses semi-lunaires), mode d'articulation qui n'existe chez aucun autre Primate. On a signalé encore, mais cette fois à titre de différence entre l'homme et les anthropoïdes, la bifidité, chez le premier, des apophyses épineuses cervicales, caractère lié à l'amplitude des mouvements de rotation de la tête. Ces apophyses^ a-t-on dit, sont constamment simples et unituberculeuses à leur sommet, chez tous les animaux autres que l'homme. Il n'est pas possible toutefois de voir là une caractéristique absolue, en présence des observations qui montrent la deuxième et la troisième apophyses assez souvent bifurquées sur le squelette du chimpanzé (Broca), ces mêmes apophyses parfois unituberculeuses chez le Bochiman (Isid. Geoffroy Saint-Hilaire), et, chez le Nègre,

I. Chodiinski et JoUen, De la colonne veriébraie chez Fkamme et Ui anthro» foMu (Aisociat franc, pour l'avancement des sciences, 1876).

en r^le générale, deux et même trois apophyses non bifur* quées^ Cette double transition atténue Timportance du caractère sus-mentionné.

En résumé, par la constitution gcnéi'ale et les conditions fonctionnelles de leur colonne vertébrale, les hommes et les anthropoïdes se rattachent à un même type, au type bipède, et s'éloignent presque autant les uns que les autres du type quadrupède auquel appartiennent les autres Primates. C'est ce que démontre non moins évidemment Fétude des formules vertébralesy c'est-à-dire du nombre des vertèbres et de leur répartition entre les diverses régions de la colonne. Le nombre des vertèbres cervicales étant constamment de 7 chez les Primates comme chez presque tous les mammifères, celui des vertèbres dorso-Iombaires varie, dans les de.ux dernières familles de l'ordre, de 19 à 30 ou 22. Ce nombre se réduit à 18 chez le gibbon, et, quand on passe au gorille et au chimpanzé, il tombe à 17 comme chez rhomme. On a objecté, il est vrai, que ces 17 dorso-lombaires * se décomposent, dans les deux genres précités, en 13 dorsales et 4 lombaires, tandis qu'il y a chez l'homme 12 dorsales et 5 lombaires. La différence n'est qu'apparente : elle tient à ce qu'une côte s'est développée, par un processus dont l'embryogénie rend compte ', aux dépens de l'apophyse transverse de la première lombaire, qui simule ainsi une treizième dorsale; et il est assez commun, comme le signale Huxley chez le gorille et comme nous Tavons maintes fois constaté chez le gorille et le chimpanzé, de voir la deuxième

i. Sur le squelette d'un paria de Tlnde du musée Broca, l'apophyse épineuse de la sixième cervicale est sans trace de bifurcation ; celle de la troisième est à peine bifurquée. Cf. Bull, de la Soc, d^Antkr&pologiey 1878, p. 49. Chodzinski a Yu rapophyse de l'axis et celle de la troisième cervieale nnitubereuleoses ch es un Néo-Calédonien.

S. Kœlliker, Bmltryologie, trad. fr., p. i26. -^ HoU, C- r. de VAead. dei 9 ciencet de Vienne, t. LXXXV.

PARALLELE DE L*HONfilE ET DES SINGES. 91

lombaire se munir également d'une paire de côtes flottantes, ce qui élève en apparence à 14 le nombre des vertèbres dorsales. Quant à l'orang, il a comme l'homme 12 dorsales et iî paires de côtes, mais il n'a comme le gorille et le chimpanzé que 4 lombaires, au total 16 dorso*lombaires seulement : c'est» par rapport à l'homme, une divergence plus sérieuse, bien qu'il y ait des cas exceptionnels qui en diminuent l'étendue, et, en effet, on a vu des squelettes d'orangs présentant la formule de l'homme, 12 dorsales et 5 lombaires (Camper, Owen, Huxley, Hervé).

B. — APPARBIL SACnO-ÇOCCYGIBN

Le sacrum se compose de vertèbres fusionnées dont le nombre égale au moins celui des pièces qui prennent part à la constitution des symphyses sacro-iliaques. Cette fusion peut ne pas s'étendre au delà, mais parfois elle gagne quelques-unes des vertèbres suivantes, le sacrum se prolonireant plus ou moins en arrière de ces symphyses, d'où la distinction entre le sacrum nécessaire (Broca), coniposé de vertèbres articulées avec l'ilion et dont la soudure constante résulte de leur rôle mécanique fondamental, qui est la transmission au bassin du poids du corps, et le sacrum accessoirey formé de vertèbres surajoutées, dont la fusion éventuelle augmente la longueur du sacrum aux dépens de celle du segment suivant.

Le sacrum nécessaire se compose toujours de 3 pièces au plus chez les Primates. Les variations du nombre des pièces sacrées portent uniquement sur le sacrum accessoire. Chez les Cébîens et les Pithéciens, il n'y a que 3 vertèbres sacrées, c'est-à-dire que le sacrum, comme dans les ordres voisins (Lémuriens, Carnassiers), est réduit à ses éléments nécessaires ; mais aussitôt qu'avec les anthropoïdes apparaît le

type bipède, aux conditions fonctionnelles nouvelles nécessitant une solidité plus grande des articulations du rachis avec le bassin, correspond l'addition au sacrum nécessaire de vertèbres soudées complémentaires. Déjà chez le gibbon, le nombre des pièces sacrées s'élève à A, et chez les autres anthropoïdes la formule devient égale ou supérieure à celle de l'homme.

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