FORMULES SACRÉES DES PRIVATES
HomiDicns.
Sacrum nécessaire
Sacrum accessoire 2 OU 3
1 ou 2
Total 5 ou fi
Gorme
Chimpanzé
Orang
Gibbon. . •
4 ou 5
Pithéciens et Cébiens. . . .
La force du sacrum s'atténue à mesure que son importance physiologique diminue. Chez les bipèdes, cet os, supportant tout le poids du corps, est large, épais et grand dans toutes ses parties. Chez les quadrupèdes et chez les singes des deux dernières familles, il ne transmet plus aux os iliaques que le poids du train postérieur, et son volume décroît avec sa fonction. Ici encore, les anthropoïdes se séparent des quadrupèdes pour prendre place à côté des bipèdes, et diffèrent moins de l'homme que des singes.
Les vertèbres terminales de l'axe rachidienou post-sacrées donnent naissance par leur réunion à l'extrémité caudale de l'appareil sacro-coccygien. 11 convient de réserver plus spécialement le nom de queue à la partie libre de cette extrémité, lorsque celle-ci se prolonge au delà du tronc. La queue peut manquer; l'extrémité caudale fait essentiellement partie de la constitution du squelette vertébré. Que la queue existe ou non, le squelette présente toujours un segment
caudal parfaitement distinct, constitué par toute cette portion de la colonne vertébrale qui se prolonge au delà de Tarticulation de cette colonne avec le bassin. Donc, deux cas : 1* queue libre, apparente extérieurement; 2* anourie, extrémité caudale cachée sous les téguments et formant alors un coccyx. Les deux cas se trouvent réalisés chez les Primates. La plupart de ceux des deux dernières familles ont une queue bien développée, souvent très longue. Dans les deux familles supérieures, au contraire, absence complète de Tappendice caudal, qui, brusquement, disparait quand on passe du semnopithèque au gibbon. Le mécanisme et l'étiologie de cette disparition ont été mis en lumière par Broca (Mém. (PAfUhrop,^ t. III, p. 270). Rappelons tout d'abord que chez les mammifères à queue, comme les Cébiens et les Pithéciens, le squelette de cette extrémité se compose de deux segments : 1* un segment initial ou rachidien, qui fait suite au sacrum (réduit ici au sacrum nécessaire), et composé de vertèbres présentant encore presque tous les éléments qui caractérisent ces parties, notamment des lames circonscrivant un canal complet (vraies vertèbres catidales) ; V un segment terminal, dont les vertèbres n'ont plus ni apophyses, ni canal rachidien, et sont réduites au corps, loi-mëme très déformé {vertèbres phalangoides ou fautes caudales). Si l'on compare à cette disposition l'extrémité caudale de l'homme, on est immédiatement frappé par ce fait que le segment initial semble faire défaut. Le coccyx humain est, en effet, constitué par quatre ou cinq vertèbres très atrophiées qui n'ont plus ni apophyses, ni lames, ni canal vertébral, et rentrent par suite dans la catégorie des fausses caudales. Que sont devenues les vraies caudales? Nous avons vu qu'il y avait chez l'homme deux ou trois vertèbres supplémentaires prolongeant le sacrum nécessaire et constituant ce que Broca a appelé le sacrum accessoire. Ces
n PBÊCIS D'ANTHROPOLOGIB.
pièces supplémentaires sont de vraies vertèbres, creusées d'un canal, ou au moins d'une gouttière continue avec le canal de la rnoelle; elles sont, par conséquent, de même espèce que celles qui manquent à l'extrémité caudale, et la dernière s'articule avec le coccyx. Puisqu'il y a, à Textrémilé du sacrum, des pièces en excès, et que, d'autre part, il en manque certaines, précisément de même nature, à la base de l'extrémité caudale, on est logiquement amené à considérer le sacrum accessoire comme s'étant développé aux dépens de cette dernière dont il représente ainsi le premier segment. La région sacro-coccygienne de l'homme^ bien qu'offrant une constitution spéciale, se ramène donc, en somme, au type général du squelette caudal des Primates à queue. On y retrouve les deux segments de cette extrémité, mais l'un et l'autre considérablement atrophiés. L'atrophie est toutefois beaucoup plus marquée surle premier segment, dont les pièces, fusionnées entre elles et avec le sacrum, ne remplissent plus aucun rôle comme pièces caudales, mais se transforment, pour prendre part avec le sacrum nécessaire à la constitution de la paroi postérieure du petit bassin; elles concourent ainsi à fixer le rectum et à empêcher la chute de rintestin grêle, que la pesanteur, dans la station verticale, tend à faire descendre dans la cavité pelvienne. L'allongement du sacrum, par sa soudure avec ce prenûer segment caudal, a encore pour résultat d'agrandir la surface d'insertion du grand fessier, ce muscle essentiel de la station bipède.
Le squelette caudal des anthropoides est exactement constitué sur le type de celui de l'homme et diffère absolument de celui des singes. Il y a, chez les anthropoïdes aussi, fusion des vraies vertèbres caudales avec le sacrum, et leur coccyx ne se compose que de fausses caudales semblables à celles du coccyx humain, c'est-à-dire plus développées en largeur
qu'en hauteur et aplaties d'avant en arrière. Toutefois, chez la plupart des gibbons, les pièces coccygiennes sont encore étroites et à peine plus larges que longues ; d'une manière générale, l'appareil sacro-coccygien de ces animaux établit la transition entre le type des Primates à courte queue et celui des Primates anoures. Mais déjà, chez le gibbon lar, le type humain à vertèbres caudales aplaties et élargies s'accuse manifestement, et il est pleinement réalisé dans les trois genres supérieurs de la famille des anthropoïdes. Ce ype commun acquiert ainsi une importante signification 20ologique, établie par deux ordres de faits, c D'une part, en effet, les modifications profondes des pièces caudales sont en rapport avec les fonctions d'un bassin adapté à l'attitude bipède, de sorte que les caractères propres à ces pièces doivent être considérés comme des caractères de perfecHonnement ; et, d'autre part, ces caractères sont sériaires^ puisqu'ils se rencontrent, sans aucune exception, dans toutes les espèces de la famille des anthropoïdes, et qu'ils s'atténuent quelque peu dans les espèces inférieures de cette famille, pour disparaître ensuite définitivement dans le reste de la série des Primates. Ils réunissent donc les deux conditions auf quelles se reconnaissent les caractères d'évolution. > (Broca,/6îd.,p. 281.)
c. ^APPAREIL STBRN0-G08TAL OU THORAX
La forme et la constitution du thorax sont étroitement liées à l'attitude. En général , chez les quadrupèdes, par suite de l'obstacle opposé à son élargissement par les membres thoraciques et par les muscles qui s'y rendent, la poitrine est comprimée transversalement, et la cage thora* cique prend son plus grand développement dans le sens per-* pendiciiiaire à la colonne vertébrale, sens qui est aussi,
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dans cette attitude, celui de la pression des viscères. Le plus grand diamètre correspond ici à ce qui est chez l'homme le diamètre antéro-postérieur. Chez le bipède, l'attitude verticale entraine la liberté des membres thoraciques. Écartés de la poitrine de toute la longueur de la clavicule, ces membres ne peuvent la comprimer, et le thorax se développe en largeur, d'autant que le poids des viscères ne pèse plus sur sa paroi antérieure, mais sur le diaphragme. Pour exprimer le sens suivant lequel se fait l'ampliation de la poitrine et l'étendue relative de cette ampliation, on a recours à V indice thoracique qui donne le rapport centésimal du diamètre antéro-postérieur du thorax à son diamètre transverse.
INDICE THOEACIOUE
10 hommes 78 Cercopithèque 122
,i gorilles.... 75 Cyaocéphale 116
6 chimpanzés 78 Atèle 102
2 orangs 85 Alooate 101
5 gibbons 89 Siyou 112
Semnopithèquc 104 Ouistiti !07
Macaque 108 Maki 123
Magot 100 Chien 106-113
On voit que l'indice thoracique établit parmi les Primates deux groupes distincts : celui de l'homme et des anthropoïdes, ayant un indice inférieur à 100 (la largeur de la poitrine l'emportant sur le diamètre antéro-postérieur) ; celui des Pithéciens et des Cébiens, ayant, comme les mammifères quadinipèdes, un indice supérieur à 100.
La conformation du thorax entraine celle du sternum. Au milieu des nombreuses modifications particulières qui affectent sa forme dans la série des mammifères, cet os laisse reconnaiU*e deux types morphologiques principaux, à chacun
desquels répond un mode spécial d'ossiGcation ^ Dans le premier type, le sternum, constitué en son ensemble sur le modèle des os plats, est formé par la réunion d'une série de pièces (sternèbres) dont chacune présente la structure d'un os court à ossification endostéaley les points osseux se déposant à rintérieur de la masse cartilagineuse primitive. Tel est le sternum de l'homme. Dans le second type, réalisé par la plupart des quadrupèdes, le sternum, étroit et épais, est configuré comme les os longs dont il offre aussi la structure. Ses pièces constitutives, beaucoup plus longues et aussi épaisses que larges, ne renferment point de tissu spongieux, mais sont formées par du tissu compact, dont l'ossification, comme à la diaphyse des os longs, se fait par le périoste (ossification ectostéale). Ce second type est celui qui s'observe dans les deux dernières familles des Primates ; il concorde avec la conformation du thorax aplati latéralement et moins développé en largeur qu'en profondeur. Chez les anthropoïdes, au contraire, le sternum répond au premier type : le thorax en général, et le sternum avec lui, sont conformés comme le thorax et le sternum de l'homme.
L'étude des formules sternales confirme ce qui précède. Chez les quadrupèdes, le corps de l'os compte autant de pièces ou de sternèbres qu'il y a de paires de côtes sternales moins une, et ces pièces restent indépendantes toute la vie. Telle est aussi la formule des Cébiens et des Pithéciens. Le magot, par exemple, a sept pièces sternales, sans compter le maoubrium et l'appendice. Chez les bipèdes^ les pièces sternales sont, déjà au moment de leur apparition, réduites en nombre, et cette réduction est suivie, au cours du développe-, ment post-fœtal, d'une fusion progressive des sternèbres par synostose : c'est le résultat de l'absence à peu près totale de
1. Parker, Monoçraph on ihe Shoulder'girdle and Siémum ofihe Verie-^ ^ate, 1868.
HOYELACQOE et 0. HBBVt. 7
« FltClS 0*AllTUaraLOGIB.
moufemeots partiels enlre les ? ertèbres de la région dorsale. Les boit points d*ossification qui, ebex le fœtus bomain, donnent naissance au corps de Tos, fonnenl, en se disposant symétriquement par paires, quatre pièces (au lieu de six qu'il devrait y avoir, si, comme chez les quadrupèdes, lenombre en était égal àcelui despairesde côtes). Asixans,ce8quatrepièces sont réduites à trois par soudure de la quatrième avec la troisième, et, à partir de l'adolescence, les progrès de la synostose finissent par anfener la fusion des trois pièces restantes en une seule. Cette marche de l'ossification n'est pas sensiblement diflTérente chez les anthropoïdes : tout au plus peut-on dire qu'elle se fait plus lentement, de manière à amener dans certains genres un arrêt de développement par rapport au type humain, arrêt maintenant le sternum au stade qui correspoad à la formule de l'enfance. Mais toujours on constate le fait essentiel de la réduction primordiale du nombre des sternèbrespar rapport à celui des côtes sternales, et ici encore les anthropoïdes se séparent nettement des quadrupèdes et des singes inférieurs ^ Chez le gibbon adulte, le corps du sternum ne se compose que d'une pièce ; c'est la formule humaine. Le chimpanzé a trois ou deux sternèbres, mais parfois elles se fusionnent en une seule. Le corps du sternum du gorille et de l'orang se compose de trois pièces, comme celui de l'enfant de six ans '.