‹ Précis d'anthropologieChapitre 44 sur 319 · D. ~ BASSIN · texte numérisé non relu

D. ~ BASSIN

Le bassin des quadrupèdes ne transmet aux membres postérieurs qu'une partie du poids du corps; interposé

i, Barkow, Comparât. Morpholog., «• partie, pi. XLIX, fig. «2-24 Flo-

wer, Otteology of ihe Mammmûlia, p. 7i.

2. Le musée Broca possède le squelette d*une femme paria de trente-cinq ans, dont le sternum, par une véritable anomalie régressive, présente an corps formé de trois piècea distinctes.

PARALLfeLB DE L*HOMME ET DES SINGES. 99

entre les colonnes d'appui et Tare dorso-lombaire, il modifie graduellement la direction du rachis, de manière à opérer cette transmission sans brusques décompositions de forces; enfin, il ne supporte pas directement la pression des viscères abdominaux, suspendus au-dessous de la colonne vertébrale. Pour toutes ces raisons, il est étroit et allongé, beaucoup plus long que large, et le plan du détroit antérieur se place dans le prolongement de la courbure rachidienne. C'est le contraire pour les bipèdes, dont le bassin supporte tout le poids du tronc et de la tète, et dont les viscères abdominaux reposent directement sur les fosses iliaques internes. Il en résulte que leur bassin est relativement beaucoup moins haut que celui des quadrupèdes, tandis qu'il se développe davantage dans le sens transversal, et que les fosses iliaques internes s'écartent en se déployant sous forme de valves concaves. La conformation de ces fosses est inverse chez les quadrupèdes : les internes sont convexes ; les externes, concaves. C'est là, sur le pelvis, le caractère le plus significatif au point de vue de l'attitude. Chez tous les singes cébiens et pithéciens, les caractères du bassin ne différent pas de ce qu'ils sont chez les quadrupèdes les plus parfaits; les fosses iliaques externes notamment sont creuses et étroites. Chez les anthropoïdes, le bassin est plus étroit et plus long que chez l'homme, il tend à devenir parallèle au rachis; mais tous ces caractères sont moins marqués que chez les singes inférieurs. Par la configuration de l'ilion, le gibbon établit le passage entre les quadrupèdes et les bipèdes ; les grands anthropoides ont la fosse iliaque externe convexe.

Le point ou porte, suivant l'attitude, lapression des viscères, entraine une dernière différence, qui concerne la longueur relative des parois antérieure et postérieure du bassin. La paroi pubienne, qui, chez les quadrupèdes, supporte ies viscères pelviens, est relativement beaucoup plus longue que

100 PRÉCIS D'ANTHROPOLOOIE.

chez les bipèdes, tandis que la paroi supérieure ou sacrée, dont la fonction de soutien est nulle, est en général très courte. Chez les bipèdes, la paroi postérieure, qui a à remplir une fonction de protection et de soutien, devient, au contraire, très longue par addition d'un sacrum accessoire, et le pubis très court. Comme toujours, c'est entre les pithcciens et les anthropoïdes que se dessine cette différence.

Le tableau suivant, emprunté à Topinard S résume ce qui précède. Il exprime le rapport centésimal de la largeur maxima du bassin (mesurée d'une crête iliaque à l'autre) à sa plus grande longueur (mesurée du sommet de l'ischion au point culminant de la crête iliaque) : ce rapport prend le nom d'indice pelvien ou d'indice général du bassin.

INDICE PELYIBN

HShommei 128.77

5 gorilles 121 .02

2 orangs 116.69

5 chimpauxés 96.52

7 gibbons 78.74

Pithécicns 81 .44 à 58.33

Cébiens 75.00 à 54.04

Makii 65.53

On voit que, sous le rapport des proportions générales du bassin, les Primates se partagent en deux groupes : l'un, dans lequel la largeur du bassin en excède ou en égale la longueur (indice plus grand que 100) ; l'autre, dans lequel la largeur est moindre que la longueur. Le premier groupe comprend l'homme et les grands anthropoïdes; dans le second, se rangent les singes inférieurs, qui, par là, se rattachent aux

1 Asiociat. franc, pour Vavancement des sciencesy 1874. — Gf, Bull d^ la Soc. d'Anthropologie, 1875, p. 504.

autres mammifères. Entre les deux groupes, le gibbon forme transition. L'indice du détroit supérieur, ou rapport centésimal du diamètre antéro-postérieur (vertical chez les quadrupèdes) au diamètre transverse de cette ouverture, nous donnerait des chiffres confirmatifs des précédents : cet indice diminue des quadinipèdes aux anthropoïdes et de ceux-ci à l'homme, traduisant ainsi l'élargissement progressif de l'entrée de l'excavation pelvienne.

En résumé, les trois premiers genres d'anthropoïdes présentent une conformation pelvienne beaucoup plus voisine de celle des bipèdes que de celle des quadrupèdes ; et quoique, à cet égard, ils diffèrent notablement de l'homme^ ils en diffèrent moins que des singes proprement dits. Parmi les différences qu'ils offrent avec l'homme, signalons la réduction des épines sciatiques qui peuvent même disparaître, et la disposition des ischions qui est telle que, dans la parturition, la tête du fœtus doit passer derrière eux*. Chez la feipme, le développement de l'arcade pubienne fait que la parturition est anté-ischiatique. Seul aussi, le fœtus humain subit, au moment de l'accouchement, un mouvement de rotation sur son axe : le grand diamètre de sa présentation, qui était oblique ou transversal en haut relativement au bassin, doit devenir en bas, antéro-postérieur, comme le grand diamètre du détroit inférieur.

3* SQUELETTE DES MBMBBES «

A. — MIMBRIS THOBACIQUBS

Omoplate. — L'omoplate présente à comparer, dans la série des mammifères, trois caractères principaux, subordonnés aux conditions de l'attitude :

1. Joalin. Anat et physiol. compar. du bassin des Mammifères^ in Arck» genér, de médecine, 1864, t. I, p. 40.

l'' Ses dimensions. Chez les quadrupèdes, où elle transmet au membre thoracique le poids du train antérieur, cette transmission s'opère suivant l'axe de l'os (cet axe, dont la direction est marquée par l'épine de l'omoplate, prolonge celui de la tète humérale), qui devient ainsi la dimension prédominante, et l'omoplate est plus longue que large. Chez les bipèdes, elle est plus large que longue ;

3° Sa posiliony latérale chez les quadrupèdes, postérieure chez les bipèdes ;

3" Sa direciionj oblique en bas et un peu en avant chez les quadrupèdes, si bien que son axe prolongé irait rencontrer la prolongation de l'axe du bassin sous un angle d'environ 90* ; tandis que, chez les bipèdes, cet axe est transversal avec une légère obliquité en avant, et, prolongé, ne rencontrerait Taxe de l'ilion que très loin, ces deux lignes étant presque parallèles. Une des conséquences de cette direction est que la cavité glénoïde, au lieu de s'incliner vers le sol, est tournée en dehors, d'où l'impossibilité pour l'homme de la marche normale à quatre pattes.

Si Ton examine ce que deviennent ces caractères chez les Primates, on voit que l'omoplate des Gébiens et des Pithéciens ne diffère aucunement de celle des quadrupèdes, tandis que celle des anthropoïdes, plus large que longue, située à la partie postérieure du tronc, ayant son axe horizontal et sa cavité glénoïde dirigée en dehors, est essentiellement constituée sur le type de celle de l'homme. La seule différence est que la cavité articulaire regarde un peu plus en avant, ce qui permet à l'animal de prendre dans la marche un point d'appui auxiliaire sur les mains. L'étude * de Vindice de romo^

1 . Les expressions de largeur et de longueur sont prises ici dans la sens qu'elles ont en anatomie humaine; mais, en fait, elles sont impropres appliq[uécs EUX quadrupèdes, chez lesquels ce qui Ast longueur cbes Tiiomme devieiat Largeur, et réciproquf^nient.

plate (rapport centésimal de la largeur de l'os , ou de la longueur de son ase, à sa longueur mesurée sur le bord vertébral) rend bien compte de la constitution si différente du scapulum dans les deui grands groupes entre lesquels nous avons vu jusqu'ici se distribuer les Primates. Nous ajoutons à la liste de cet indice celle de Vindice sous-épineuxy nom donné par Broca au rapport centésimal de la largeur de l'omoplate, qui est aussi celle de la fosse sous-épineuse, à la longueur de cette fosse, de la naissance de Tépine à l'angle inférieur.

INDICE SCAPDLAIRE

mOICK SOn&-ÊFINEOX

Broea Flower Broca Flowor

et et

Ganon Garton

Homme européen.. 65.91 S5.2 S7.70 89. A

— nègre 68.16 71.7 93.88 100.9

Ghimpanié 68.52 69.9 130.23 133.8

GoriUe 70.38 72.2 126.05 132.5

Orang 69.27 77.6 97. A6 103.8

Gibbon 96.97 96.5 198.56 201.2

PithAeieni 110 à lAi 142 à 195

Cébiens 82 à 118 130 à 150

Carnassiers 136 4 200 207 4 240

L'examen de ces chiffres montre immédiatement que la largeur de l'omoplate, comparée à sa longueur, diminue à mesure que l'on considère des animaux moins quadrupèdes, et qu'il existe sous ce rapport une différence considérable entre les anthropoïdes, dont l'indice scapulaire comme celui de l'homme est inférieur à 100, et les autres singes, chez lesquels, comme chez les quadrupèdes, il devient plus grand que iOO. Chez les grands anthropoïdes, l'indice l'emporte à peine sur celui de l'homme, et la légère distance qui existe entre les deux familles n'apparaît même que sur les moyennes. Ordinairement, chez les vrais quadrupèdes, l'indice est au

moins double de ce qu'il est chez rhomme. Les singes pithéciens et cébiens, et les gibbons eux-mêmes, se placent pour la plupart entre les deux types, mais toujours très loin du premier et souvent tout près du second, avec lequel quelques Pithéciens viennent même se confondre.

L'indice sous-épineux donne un tout autre résultat en ce qui concerne le chimpanzé et le gorille, qui se placent en dehors du type humain, pour se rattacher aux types inférieurs ; mais Torang reste encore groupé avec les représentants inférieurs de la série humaine. En comparant les chiffres de l'indice scapulaire à ceux de l'indice sous-épineux, on est amené à voir que la différence entre l'homme et les deux anthropoïdes africains est due à l'abaissement de l'épine de Tomoplate chez ces derniers, d'où résulte l'agrandissement de leur fosse sus-épineuse aux dépens de la fosse sous-épineuse ; mais la forme générale du scapulum reste à peu près la même dans les deux cas. Ce grand développement de^la fosse sus-épineuse du gorille et du chimpanzé paraît en rapport avec l'existence arboricole de ces animaux ; car le muscle sus-épineux qui remplit cette fosse est élévateur du bras et joue un rôle important dans l'action de grimper.

Humérus. — Nous aurons à examiner ultérieurement la valeur ethnique du caractère tiré de la perforation de la fosse olécrânienne. Nous nous bornerons à constater ici qu'il se rencontre accidentellement chez les anthropoïdes conome chez l'homme. Il est assez fréquent chez le gorille et chez l'orang, et, de même que dans le genre Homme, se montre surtout chez les femelles ; mais la très grande variabilité que présente la répartition de ce caractère dans les divers ordres de mammifères lui ôte toute signification sériaire.

Nous en dirons autant du trou ou canal condyloidien interne, par lequel passent, chez beaucoup de mammifères, Tartère humérale ou la cubitale et le nerf médian. Parmi les

Primates, les sapajous seuls le présenlent, et s'il se montre parfois chez l'homme, c'est à titre d'anomalie assez rare (une fois sur cent, d'après Turner *).

Sans entrer ici dans la discussion du fait de la torsion de Fhumérus considérée sous le rapport de ses conditions génératrices ', nous indiquerons les différences que présente ce caractère chez les Primates, et les conséquences qui en résultent pour les mouvements du membre. Rappelons, à cet effet, l'observation capitaledeCh. Martins, qui a véritablement livré la clef de cette difficile question, en montrant qu'elle comporte deux solutions différentes, suivant que l'on considère le type de l'homme ou celui des quadrupèdes. L'inversion de ISO"" du coude des mammifères quadrupèdes par rapport au genou, est la conséquence de deux phénomènes entièrement distincts qui en produisent chacun la moitié, savoir : l'inversion sus-humérale, due au déplacement de l'omoplate, qui, dans cette attitude, devient latérale, inversion de 90*"; et la torsion du corps de l'humérus, qui est également d'un quart de cercle. Chez les bipèdes, au contraire, le changement de direction de l'omoplate par rapport au bassin fait presque entièrement défaut, et l'inversion de 180* s'effectue en totalité au-dessous de l'articulation de l'épaule, dans l'humérus lui-même (d'où une gouttière de torsion beaucoup plus marquée). Il en résulte que l'extrémité supérieure de cet os reste fixe, la tête humérale continuant â regarder en dedans, tandis que chez le quadrupède elle regarde en arrière. Delà découlent des conséquences physiologiques importantes. Du fait de cette torsion de deux angles droits, qui devient ainsi sur le squelette le caractère le plus décisif de l'attitude bipède (Broca), la tête de l'humérus

1. Leboucq, Ann, de la Soc. de Méd. de Gond, 1877. —Cf. Cbudzinski, fi, Hervé, Bull, de la Soc. d* Anthropologie, 1885, p. 184. i. Voir Broea, Rev. d'Anthropologie y 1881, p. 193, 386, 577.

106 PRÉCIS D*A1ITHR0P0L0GIE.

humain a son axe compris dans le même plan que l'axe transversal du coude, et sa surface s'oppose directement à la surface verticale et tournée en dehors que lui présente la cavité articulaire de l'omoplate ; les muscles qui s'insèrent au trochiter, situé ici en dehors de la tète humérale, élèvent le bras en l'écastant du tronc et peuvent agir comme rotateurs, en même temps qu'apparaissent les mouvements de circumduction qui permettent à l'extrémité du membre supérieur d'être portée successivement dans toutes les directions. Ces mêmes muscles» le trochiter étant situé en avant de la tète humérale, ne peuvent, au contraire, mouvoir le bras du quadrupède que d'arrière en avant, dans un plan parallèle au plan médian du corps ; comme rotateurs ils sont impuissants.

Gh. Martins ^ est le premier qui ait appelé l'attention sur ce fait, qui à lui seul suffirait à fixer la nature des affinités des anthropoïdes et de l'homme, à savoir que, dans l'un comme dans l'autre groupe, Taxe du col humerai est parallèle à celui du col fémoral, tous deux étant obliques de 'bas en haut et de dehors en dedans. Tous deux se trouvent compris, avec les axes des diaphyses humérale et fémorale, dans un même plan sensiblement vertical et perpendiculaire au plan vertébro-sternal ou de symétrie bilatérale. Cette direction de l'axe de la tête humérale est la condition mécanique des mouvements de circumduction du bras, qui peut ainsi décrire un cône complet autour de cet axe idéal. Alix* a donc nié & tort que les anthropoïdes possédassent les mouvements en question ; ni l'insertion du deltoïde à la fosse sous-épineuse, ni celle d u petit pectoral à l'humérus n'y mettent obstacle.

i. Mém. de VAcad. deê scieneet et lettres de Montpellier, t. III, 1857, p. 471; BuU. de la Soc. d'Anthropologie, f8S8. p. 320. 2. BuU. de la Soc. d: Anthropologie, 1865. p. 205.

PARALLÈLE ne L'HOMMC ET DES SINGES. 107

A partir du semnopithèque on voit, au contraire, comme chez tous les quadrupèdes, l'axe du»coI humerai (axe des mouvements du bras) être compris avec celui du corps de l'os dans un même plan parallèle au plan de symétrie bilatérale et perpendiculaire à Taxe du coude. En prenant pour terme de comparaison la direction de l'axe du col fémoral, qui est la même dans tous les animaux, on peut admettre, en d'autres termes, que dans l'homme et les singes supérieurs la tête de l'humérus ne participe pas à la torsion du corps de cet os. Chez les quadrupèdes et chez les singes inférieurs, l'extrémité supérieure de l'humérus, au lieu de rester fixe^ parcourt la moitié de Tare de 180" d'où résulte l'inversion du coude.

Les différences que présente, dans la série des mammifères prolongée jusqu'à l'homme, le phénomène de la torsion humérale, se résument donc dans la connaissance de la quantité dont est tordu l'os du bras suivant les espèces, quantité dont la mesure est donnée par l'angle de torsion. Nous reproduisons ici celles des mensurations de Broca qui concernent les variations de ce caractère chez les Primates.

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