Alix, Bull, de la Soc, it Anthropologie^ IS&i, p
tout à fait inexactement qu'on a prétendu que le pédieux des singes n'avait que trois faisceaux, et qu'il existait en outre, chez eux, un court extenseur du gros orteil dont il n'est pas question dans Tanatomie humaine. La différence est purement nominale : elle consiste en ce que le premier faisceau du pédieux, déjà bien distinct des trois autres chez l'homme (Testut l'a même vu une dizaine de fois complètement isolé), Test davantage encore chez le singe.
Le court fléchisseur des orteils de Thomme est plus développé et vient du calcanéum. Celui des singes, beaucoup moins volumineux, n'a que deux faisceaux calcanéens au plus (ceux des deuxième et troisième orteils chez les anthropoïdes) ; les tendons perforés qui ne sont pas fournis par le fléchisseur plantaire émanent d'un petit appareil musculaire annexé aux tendons du long fléchisseur, à la face inférieure desquels il s'attache. Or, ce petit système accessoire a été plusieurs fois rencontré chez le Nègre par Ghudzinski*, et, d'après Tes statistiques de Turner et de Wood, 13 fois sur 100, dans les races blanches, le faisceau fourni au cinquième orteil par le court fléchisseur serait remplacé par un faisceau émanant des tendons du long fléchisseur.
Pas plus que chez les singes, les systèmes tendineux des deux fléchisseurs longs de Thomme ne sont indépendants l'un de l'autre. Toujours, en abordant la région plantaire, le tendon du fléchisseur péronier laisse échapper par son bord externe une expansion tendineuse plus ou moins considérable, qui d'ordinaire va se réunir aux tendons fournis aux deuxième et troisième orteils par le fléchisseur tibial (Turner, Schultze, Chudzinski). Outre cette anastomose constante, le fléchisseur tibial peut envoyer (25 fois sur 100) au tendon du fléchisseur péronier un faisceau de renforce-
ment plus ou moins développé, disposition normale chez un grand nombre de singes (cynocéphale, cercopithèque, gibbon). Il est inexact que la chair carrée s'insère uniquemenLchez Thomme au fléchisseur tibial (d'où le nom impropre d'accessoire du long fléchisseur commun des orteils), tandis qu'au pied simien elle va se jeter sur les deux fléchisseurs, concourant à souder leurs appareils tendineux. Il résulte des dissections de Chudzinski que € le muscle chair carrée est l'accessoire des deux fléchisseurs des orteils, avec lesquels il se fusionne de la manière la plus intime^ 9.
L'étude des muscles du pied confirme donc la conclusion à laquelle nous avait conduit celle de son squelette. Nous avons dû reconnaître que si le pied du 3inge est préhensile, tandis que celui de l'homme ne l'est pas, cette difiérence se ramène, au point de vue statique, à un insignifiant détail de stinicture : la situation un peu plus latérale d'une petite facette articulaire. Du côté des puissances musculaires, la différence est moindre encore : ce ne sont pas des muscles spéciaux, mais des muscles semblables à ceux que nous possédons nous-mêmes, qui sont les agents de la préhension au pied simien. Nous avons vu que c'est le long péronier latéral (aidé de l'abducteur oblique) qui produit principalement la flexion oblique du premier métatarsien et l'opposition du gros orteil. Reste le mouvement préalable d'adduction. Est-il confié à un muscle particulier ? En aucune façon. Ce que l'on a décrit comme tel chez les singes {long abducteur du gros orteil) n'est qu'un dédoublement d'un muscle que nous avons en commun avec eux, le jambier antérieur. Ce dédoublement existe aussi chez l'homme, mais limité à l'extrémité terminale du tendon, dont une division se rend à l'extrémité postérieure du premier métatarsien,
l'autre s'insérant sur le premier cunéiforme. Chez les grands anthropoïdes, la division remonte plus haut et s'étend à toute la longueur du tendon (gorille), ou même entame en partie le corps charnu (chimpanzé, orang). Chez le gibbon et les singes inférieurs, elle s'élève presque jusqu'à l'insertion supérieure du muscle, d'où en apparence deux muscles distincts, le jambier antérieur attaché au premier cunéiforme, et le long abducteur du gros orteil qui, lixé au premier métatarsien, devient capable de mouvoir isolément cet os avec l'orteil correspondant; mais, en définitive, ce second muscle n'est qu'un faisceau du jambier antérieur dédoublé, et ce qui le prouve, c'est qu'on peut voir chez l'homme lui-même tous les degrés du dédoublement en question reproduits par anomalie ^ Rien donc dans sa structure ne permet de dire que le pied simien est une main. La comparaison myologique montre au pied et à la main de l'homme, chez lequel ces extrémités sont aussi différenciées qu'il est possible, quatre caractères radicalement opposés :
1® La main n'a que des extenseurs longs; — le pied en possède de longs et de courts ;
2' A la main, le petit doigt a deux extenseurs et le pouce un seul ; — au pied, le petit orteil n'en a qu'un, le gros orteil deux ;
3' La main n'a que des fléchisseurs longs ; — le pied en a de longs et de courts ;
4» Le pied possède un muscle, la chair carrée, que ne possède pas la main.
Ces quatre caraclères dislinctifs se retrouvent chez tous les singes, et, par les muscles comme par le squelette, ces animaux sont bimanes et bipèdes.
En résumé, Ton constate dans la série des Primates des