‹ Précis d'anthropologieChapitre 72 sur 319 · Broca, Rev, é^Anihropohifie, 1878, p · texte numérisé non relu

Broca, Rev, é^Anihropohifie, 1878, p

154 PRÉCIS D*AlfTHROPOLOGIE.

présence ou l'absence, le degré de simplicité ou de complication des circonvolutions, ne sont point, en effet, dans la con« stitulion du cerveau, des traits essentiels et primordiaux. Le plissement du manteau de Thémisphère est simplement la conséquence de l'extension de Técorce cérébrale; il est déterminé par la loi géométrique du rapport des surfaces avec les volumes (Baillarger, Dareste), et, à ce titre,il est influencé à un haut degré, le plan général de Torgane restant le même, par les variations de la taille.

Si Ton compare les Primates gyrencéphales avec les autres mammifères gyrencéphales, on reconnaît que les deux types cérébraux se distinguent par une double série de caractères, dont les uns se manifestent dans le grand lobe lirabique, et les autres danslamassecirconvolutionnaire ouextra<*limbique. Les caractères du premier ordre sont la conséquence de Fa- Irophie de l'appareil olfactif. Les deux lobes qui forment l'arc inférieur du grand lobe limbique (le lobe olfactif et le lobe de l'hippocampe) sont considérablement réduits : le premier n'est plusqu'unpetit renflement (ganglion olfactif), supporté par un pédoncule se présentant sous l'aspect d'un petit ruban (ruban olfactif) ; le second a cessé de constituer un lobe distinct, pour se fusionner plus ou moins avec la circonvolution adjacente, et il ne forme plus que la dernière circonvolution (la cinquième chez l'homme et les anthropoïdes, la troisième ou la quatrième chez les singes) du lobe temporal. La partie antérieure de la circonvolution du corps calleux (arc supérieur du grand lobe limbique) participe dans une certaine mesure à ce travail d'atrophie, d'où résulte que le lobe du corps calleux est ici moins large en avant qu'en arrière, tandis que, chez les mammifères» il est au contraire plus large dans sa partie antérieure. Enfin, la continuité de ce dernier lobe et de la circonvolution de l'hippocampe n'est plus établie en avant que par les deux racines olfactives

blanches, racines elles-mêmes très atrophiées. Tous ces changements sont communs aux Primates et à quelques autres mammifères^ comme eux anosmatiques ^ ; mais ils affectent chez ceux-là une signification spéciale^ en raison de leur corr^ation avec l'apparition sur le cerveau des caractères de la seconde catégorie, qui eux n'appartiennent qu'aux Primates, et se produisent dans la masse extra-limbique, c'est^ à-dire dans les lobes et les circonvolutions.

Comme Fa montré Broca, l'olfaction ne joue plus chez les Primates qu'un rôle accessoire, f A la prépondérance de ce sens brutal a succédé celle de l'intelligence, éclairée à la fois par tous les sens, et ce changement physiologique est attesté par la coïncidence de deux faits anatomiques : le grand développement du lobe frontal, et l'atrophie de l'appareil olfactif... L'appareil olfactif des Primates a perdu son autonomie; il n'est plus que l'un des vassaux du cerveau intellectuel, et même le plus humble, car les renseignements qu'il apporte ne valent pas ceux que l'intelligence agrandie sait tirer des autres sens. Les facultés d'observation, d'analyse, d'interprétation, se sont développées avec le lobe frontal et ont rendu inutile toute la portion de l'appareil olfactif qui excédait les besoins de la simple transmission senso/ielle. » L'agrandissement du lobe frontal des Primates et l'évolution inverse de leur grand lobe limbique sont donc des faits corrélatifs : ils montrent la substitution du cerveau intellecttiel au cerveau brutal. C'est à ce caractère fondamental et qui les résume tous, la prédominance frontale, que sont subordonnés plus ou moins directement les nombreux caractères qui distinguent le cerveau des Primates gyrencéphales. Ces caractères sont les suivants :

1* Développement énorme du lobe frontal. Devenu plus

i, Broea, loe, cit.; Ihid,, 1879, p. 385.

large, ce lobe donne à l'extrémité antérieure de l'hémisphère une forme plus arrondie; devenu plus épais, il déprime la partie antérieure de la circonvolution du corps calleux; devenu plus long enfin, il s'étend aux dépens du lobe pariétal qu'il refoule en arrière, d'où le recul et le changement de direction de la scissure de Rolando, maintenant oblique en haut et en arrière;

2^ Subdivision du lobe pariétal en trois lobes : occipital, temporal et pariétal proprement dit. Refoulé vers l'occiput, le lobe pariétal subit dans sa partie postérieure un plissement transversal qui détermine la formation de la scisstire occipitale; ce qui est en arrière de celte scissure constitue le lobe occipital. Le sillon calcarin des ruminants et des pachy* dermes, agrandi chez les Primates, devient la scissure calca^ rine. Le ventricule latéral se prolonge dans le lobe occipital sous la forme d'un diverticule long et étroit (coiTi^pos/értaere du ventricule ou cavité ancyroide) avec lequel la scissure précédente affecte dans son trajet un rapport constant, et dont le bord inférieur est soulevé par une saillie longitudinale (petit hippocampe ou ergot de Morand') qui correspond au fond de cette scissure. Enfin, l'extension de l'hémisphère en arrière foi t que le cerveau recouvre complètement et même déborde le cervelet. — La constitution du lobe temporal résulte du refoulement vers le bas du lobe pariétal, refoulement dû à la poussée qu'exerce de haut en bas le lobe frontal amplifié. — Le lobe pariétal proprement dit se constitue par suite de la formation des deux lobes précédents : considérablement réduit dans ses dimensions, relativement au vaste lobe pariétal qui, chez les autres mammifères, forme presque

1 . Voir dans Huxley (Place de Vkommè duns la nalure, p. S50) l'exposé des longues controverses qu'a soulevées parmi les anatomistes la question de Texistence dans le cerveau des singes de la cavité ancyroïde et du petit hippocampe.

toute la convexité de rhémisphère, ce lobe est, en outre, notablement modifié dans ses formes. Il a subi une évolution invei^se de celle du lobe frontal, c Ce dernier lobe, si petit et si simple chez les autres mammifères, où il était manifestement primé par le lobe pariétal, s'est en quelque sorte emparé, chez les Primates, de l'hégémonie cérébrale, et l'importance croissante de ses fonctions est attestée par le plissement longitudinal qui le subdivise d'abord en deux, puis en trois circonvolutions. Le lobe pariétal se comporte tout autrement : loin de se compliquer, il se simplifie au contraire, et les circonvolutions qui le composent tendent à se fusionner. Il y avait chez les gjxencéphales osmatiques de trois à cinq circonvolutions pariétales : il n'y en a plus que deux chez les Primates > (Broca) ;

3"" Développement considérable de la scissure sous- frontale et effacement presque complet de la scissure saus-pariétale^ , Des deux arcs qui, chez tous les mammifères inférieurs aux Primates, forment la scissure limbique, le supérieur longe le bord supérieur de la circonvolution du corps calleux ; il établit la séparation entre cette circonvolution et le lobe pariétal qm la recouvre presque complètement, et mérite ainsi le nom de scissure sous-pariétale. Mais, chez les Primates, c'est le lobe frontal, qui, ayant refoulé le lobe pariétal en arrière, recouvre la plus grande partie de la circonvolution du corps calleux, et l'arc supérieur de la scissure limbique, se trouvant ainsi placé au-dessous de ce lobe, mérite le nom de scissure sous-frontale. Tel est le plus important des caractères qui distinguent le type cérébral des Prin^ates de celui de tous les autres mammifères*.

Si l'on suit maintenant, à travers la série des Primates, le développement de ce type commun, on le voit se compléter

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