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CHAPITRE V

ORIGINE DE l'homme

Les faits eiposés précédemment nous ont conduits, sur deux points importants, à des conclusions décisives. Nous avons reconnu que les analogies organiques les plus étroites rattachent l'homme aux mammifères supérieurs, et que ni

les phéoomëiies de Tordre intellecluel, ni les caractères religieux ou moraux ne sont de nature à infirmer ces ressemblances. Ni les uns ni les autres, en elTet, n'appartiennent exclusivement à l'homme ; ni les uns ni les autres ne se montrent essentiellement différents chez l'animal. La détermination parallèle des analogies et des différences, au double point de vue anatomique et morphologique, nous a permis, en second lieu, de fixer le degré précis des affinités reliant au reste de la série son chef incontesté. Ces conclusions ont été ormulées indépendamment de toute hypothèse sur les origines. L'hypothèse, quelle qu'elle fût, ne changerait rien aux faits ; ceux-ci resteront les mêmes, partant les conclusions fondées sur eux demeureront également justes, à quelque explication que l'on se rattache. Il faut bien reconnaître pourtant que, s'ils ne préjugent pas la question d'étiologie, c'est-à-dire la nature et le mode d'action des causes particulières qui les ont produits, ces faits sont par eux-mêmes déjà comme autant de présomptions. Ils indiquent, tout au moins, la voie dans laquelle on peut espérer d'en trouver l'interprétation rationnelle. Lorsque Et. Geoffroy Saint- Hilaire posait la loi de Vunilé de plan de composition des animaux, il était logiquement amené à accepter comme postulat la filiation effective des formes organiques et leur dérivation les unes des autres'. Le parallèle anatomique de l'homme et des singes n'est qu'un «cas particulier de la théorie illustrée par les travaux d'Et. Geoffroy. Dans une sphère plus restreinte, les conséquences qu'il comporte sont semblables. De même que la notion de l'unité de structure, persistant à travers la complication progressive des organismes, serait demeurée stérile sans le corollaire d'une

1. Edoi. Verrier, La philoêopkie Moologique avant Darwin, p. 106. — Isid, Geoffroy Saint^Hilaire, Vie, travaux et doctrine d*Et. Geoffroy, p. 344.

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gradation évolutive des types zoologiqiies, — de même la similitude des aathropoîdes et de Thomme, similitude de structure bien plus encore que de forme, ne peut se comprendre que comme l'expression d'une parenté réelle entre eux. A qui ne voudrait voir là qu'une hypothèse, nous rappellerions que les hypothèses, en science, sont nécessaires pour relier l'ensemble des faits particuliers à un fait plus général. Ni l'astronomie, ni la physique, ni la chimie ne se les sont interdites, à leur plus grand avantage ; il serait au moins illogique d'exiger plus de réserve de l'anthropologie. Nous restons donc sur le terrain scientifique, en donnant à la question de l'origine de l'homme une place proportionnée à son importance.

La parenté de l'homme avec les animaux ne trouve plus aujourd'hui d'adversaires que parmi des esprits dominés par des préoccupations étrangères à la science. L'anatomie comparée, nous l'avons vu, eût suffi, à elle seule, à faire soupçonner cette parenté. Mais, plus que tout peut-être, l'impossibilité de se i^ndre compte autrement de l'apparition sur le globe du premier être humain, devait amener à une doctrine qui a ce caractère de n'invoquer que des causes naturelles. Remarquons-le, en effet : on n'a le choix ici qu'entre deux hypothèses, et l'option ne saurait être douteuse. Gréationisme ou transformisme, tels sont les deux termes du dilemme qui enserre et résume la question. Ou rhomme est sorti de rien, par un acte de la volonté souveraine d'un créateur tout-puissant, dont, nulle part dans le monde, Tintervention n'apparaît, — ou il est le descendant d'un ancêtre animal. La thèse de la création ne se discute pas : elle repose sur la croyance au surnaturel, c Par cela seul qu'on admet le surnaturel, on est en dehors de la science, on admet une explication qui n'a rien de scientifique, une explication dont se passent l'astronome, le physi-

cien, le chimiste, le géologue, le physiologiste » (Renan), dont Tanthropologiste doit se passer aussi. II en est tout autrement du transformisme. Ce n*est plus ici une supposition sans fondement, mais, comme le remarque madame Cl. Royer, une théorie scientifique, c'est-à-dire c la formule d'une loi générale coordonnant à posteriori^ sous la forme d'une proposition inductive ou d'une série de propositions liées entre elles, tous les faits connus d'une science ' >. L'influence considérable exercée par cette théorie sur les progrès des sciences naturelles depuis vingt-cinq ans, la lumière qu'elle a jetée sur une foule de points de détail dont les rapports avaient échappé jusque-là, font qu'il est d'un haut intérêt de rechercher jusqu'à quel point l'anthropologie a ressenti l'action, jnsqu'où elle concourt à la démonstration de la plus grande synthèse qu'ait encore vue naître la biologie.

Le principe général de la doctrine est connu. On connaît aussi les théories particulières auxquelles elle a donné naissance, et qui, depuis Lamarck jusqu'à Darwin, Wallace et Moritz Wagner, ont été proposées pour expliquer le corn* ment des transformations subies par les espèces et le procédé de la mutabilité organique. Des ouvrages récents, sans parler de deux de Darwin, ont rendu familiers à tous les faits d'observation qui servent de base commune aux conceptions transformistes — la tendance des espèces à se multiplier indéfiniment; leur limitation de fait; la production des variétés, soit congénitales, soit acquises sous l'influence des milieux; la transmission héréditaire de ces variétés; — et les déductions, plus ou moins vérifiées et variables suivant les théories, qu'ils ont suggérées : la lutte pour l'existence et la survivance des plus aptes, la sélection, la ségrégation,

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