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La Descendance de V homme, t. I, p

du genre Homme prouve que ces caractères n'ont pas une grande importance, car, autrement, ils seraient depuis longtemps soit fixés, soit éliminés. Ce n'est pas à dire pour cela que la sélection n'exerce sur l'homme aucune influence. Si elle n'a pu aller jusqu'à produire des races, elle est très capable de les perfectionner, en développant certains caractères déjà existants. C'est, toutefois, par un procédé absolument différent qu'elle atteint ce résultat chez les hommes encore à Tétat sauvage, — dont les conditions d'existence diffèrent peu de celles des autres espèces animales, et qui, pour l'emporter dans la lutte, doivent acquérir des qualités physiques de même ordre, — et dans les sociétés civilisées. Le terrain de la lutte s'est déplacé : à la sélection naturelle ordinaire, àla sélection brutale, s'estsubstituée pour l'homme civilisé la sélection sociale (Broca), qui € développe les caractères utiles à l'individu considéré comme membre d'une certaine société et le rend plus apte à y vivre >é Cette sélection, en compensant, en faveur de certains individus, les causes de faiblesse et d'infériorité qui devraient les faire disparaître, est souvent même antagoniste de la sélection naturelle ^

La sélection sexuelle joue de même, ainsi que l'a montré Broca, un rôle très important dans l'état de civilisation où sont parvenues les races supérieures. La liberté bilatérale des choix conjugaux, la recherche de certaines qualités physiques ou morales qui souvent préside aux unions, le mariage monogame, en assurent alors les effets. L'absence de ces conditions dans l'état de sauvagerie fait, au contraire, que cette sorte de sélection n'y possède qu'une action très restreinte. Cependant, l'impuissance de la sélection natu-

1. Cf. Broca, Mém, â^ anthropologie ^ t. III, p. 241.— S^nson, art. Sélection du Dici, encyclop. des Sciences méd., p. i»25 et suiv.

relie à rendre compte de Torigine des variétés ethniques a conduit Darwin à chercher cette origine dans la sélection sexuelle. Mais, vu l'inefficacité de cet agent aux degrés inférieurs de Tétat social S vu la permanence des races aussi loin que nous remontions dans leur passé, Darwin a dû admettre que la divergence des types humains s'est produite et qu'ils ont acquis leurs caractères distinctifs dans cette période transitoire et extrêmement reculée où nos ancêtres étaient encore semi-humains. Une opinion très analogue avait été déjà soutenue par Wallace *. Il est probable qu'en ces temps les ancêtres de l'homme vivaient, comme vivent aujourd'hui encore les anthropoïdes, j)ar petites communautés composées d'un seul mâle adulte et de plusieurs femelles. Darwin en conclut que chaque mâle assez fort pour éliminer les autres se choisissait ses femmes suivant un certain idéal de beauté. Quand & la famille a succédé la Iribu, ce type plus recherché est devenu prédominant, et comme il variait suivant les tribus, le jeu de la sélection inconsciente a dû accentuer à la longue des différences ethniques au début fort légères. Mais il n'y a rien là qui dépasse la condition des autres espèces animales; et, si l'analogie permet d'accepter que la sélection sexuelle a pu créer, chez l'homme comme chez celles-ci, des différences entre les sexes, rien n'autorise à penser qu'elle a été plus loin chez lui en produisant des races, c'est-à-dire en faisant apparaître des caractères communs aux deux sexes. Comme l'a d'ailleurs parfaitement remarqué Broca^, toute l'argumentation de Darwin repose sur cette hypothèse, qu'à partir du moment où les races se sont différenciées, l'action de la sélection sexuelle n'a plus pu s'exercer sur elles^ par suile de la subs-

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