Hist. de la création naturelle^ p
niens, dont le rapprochent tous ses caractères anatomiques? Cette question présente plus d'une difficulté. Comme on l'a fait justement remarquer, il n'y a pas de preuve certaine que, depuis leur apparition, les types simiens aient subi un développement progressif en série linéaire, dont la forme humaine serait le terme supérieur et l'aboutissant. Quelquesuns ont atteint un degré plus élevé d'organisation, mais cette organisation ne fait qu'ébaucher celle de l'homme; de plus, elle était réalisée déjà presque complètement par les anthropoïdes fossiles, sur lesquels les anthropoïdes actuels ne semblent nullement en progrès. A partir du miocène supérieur, l'évolution des types simiens s'arrête. De là, une impossibilité à ce que les anthropoïdes qui nous sont connus puissent être regardés comme nos ancêtres. Si, d'ailleurs, l'on compare en ire eux les trois genres principaux de cette famille, on devra reconnaître, avecC. Vogt, c qu^aucune de ces trois formes n'est, sous tous les rapports, absolument plus rapprochée de l'homme que les autres. Chacune d'elles parait, de divers côtés, tendre vers la forme humaine, sans l'atteindre entièrement... Elles constituent les sommités de trois familles très différentes, que nous ne pouvons envisager comme plus ou moins supérieures ou inférieures les unes aux autres, mais comme parallèles entre elles* ». D'autre part, le singe ressemble d'autant plus à l'homme qu'il est moins avancé dans son développement, et, à partir de la période fœtale, la divergence ne fait que s'accentuer entre eux. C. Vogt, de tous ces faits, tire la conclusion que < l'homme ne peut être mis en relation génésique directe, ni avec les singes actuels, ni avec aucun des singes fossiles connus, mais que les deux types ont surgi d'une souche
I. Leçons sur Vhommej p. 628. — Cf. Daily, Introd. à la Place de Vhomme de Huxley, p. 76.
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commune dont les caractères se font encore voir dans le jeune âge, plus rapproché de la souche que Tètre adulte^ >. Cependant, les grandes ressemblances relevées entre l'organisation de certains anthropoïdes fossiles (Dryopithecus , Laopithecus) et celle de l'homme, ainsi que la conformité typique de tous les Primates de l'ancien monde, autorisent à croire que nous descendons de formes simiennes déjà nettement caractérisées. Rien ne s'oppose d'une façon absolue à ce qu'il y ait eu, à l'époque miocène, des régions du globe habitées par des anthropoïdes dont l'évolution aurait dépassé le stade auquel se sont arrêtés les anthropoïdes actuels. Ces anthropoïdes qui furent nos ancêtres ont depuis longtemps disparu, et, jusqu'à présent, ils nous sont demeurés tout à fait inconnus. 11 y a lieu de penser qu'ils formaient plusieurs groupes, d'espèces ou même de genres différents, à habitats séparés, et dérivant eux-mêmes d'autant de formes distinctes de singes pithéciens. Ainsi s'expliquerait, par la pluralité des origines, la diversité des types humains. Cette opinion a pour elle une raison de fait et une raison d'analogie. D'une part, les singes fossiles présentaient une distribution beaucoup plus étendue que ne l'est actuellement celle de leurs congénères. Ils s'avançaient jusqu'au nord de l'Europe pour l'ancien continent, de telle sorte que l'homme a pu prendre naissance sur des points très divers de cette immense aire géographique. D'autre part, l'analogie apporte ici une nouvelle présomption. En effet, bien que le gorille, le chimpanzé et l'orang réalisent un même type anatomique général, ils représentent des expressions de ce type assez divergentes, pour qu'on ait pu rattacher chacun de ces anthropoïdes à une forme simienne inférieure particulière. Graliolet avait même pensé retrouver leurs prototypes, res-
i. Les Mammifèrety p. 65.
pectivement dans le cynocéphale, le macaque elle gibbon. La forme humaine parfaite, essentiellemenl caractérisée par l'attitude verticale, par le grand développement du cerveau et de ses plis, par Tacquisition du langage articulé, a-t-elle succédé directement à la forme anthropoïde, ou bien ce passage s'est-il fait par l'intermédiaire de quelque forme de transition? La première hypothèse n'aurait rien d'inacceptable, étant donnée la faible distance qui sépare les anthropoïdes de l'homme. Cependant, elle parait peu compatible avec la loi des variations rapides des organismes les plus élevés. La probabilité d'une forme de passage s'accroît encore, si l'on remarque que plusieurs caractères analomiques présentent chez l'homme c un état de développement en quelque sorte subit, à l'égard duquel les espèces les plus voisines de la nôtre ne nous montrent que des transitions très insuffisantes > (Broca). EnOn, si, comme le pense G. de Mortillet, il faut voir dans les précurseurs de l'homme les ouvriers qui ont fait éclater par le feu les silex brûlés des marnes du calcaire de Beauce, taillé les silex du miocène supérieur du Cantal, ainsi que les silex et quartzites des assises tertiaires de la vallée du Tage, on ne peut méconnaître que de telles manifestations d'intelligence dépassent de beaucoup celles dont sont capables les anthropoïdes. Il est donc plus vraisemblable qu'aux anthropoïdes succédèrent, dès le commencement de la période miocène, des êtres intermédiaires entre eux et l'homme, de véritables hommes-singes on. anlhropopilhèques (G. de Mortillet). Ces êtres ont dû constituer une famille naturelle, représentée par plusieurs espèces : c'est ce qui résulte de la diiTérencc des niveaux géologiques où ont été reconnues les traces de leur industrie. L'anthropopithèque de. Thenay, qui est de la base du miocène (aquitanien), n'appartenait certainement pas à la même espèce que celui, bien postérieur, du torto*
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nien du Cantal : entre les deux niveaux, il y a eu changemenl complet de faune. C'est là une nouvelle probabilité en faveur de la pluralité originelle des espèces humaines, directement issues de ces anthropopithèques. En Tabsence de tout débris fossile, il est impossible, on le conçoit, de se prononcer autrement que par hypothèse sur les caractères de ces derniers. Nous renvoyons, sur celte question, au travail ^ dans lequel Tun de nous a tenté de reconstituer le précurseur de l'homme, ou, du moins, un être vraisemblable, dont les traits, empruntés à ceux des anthropoïdes et des races humaines inférieures, constituent entre les uns et les autres une sorte de moyenne, se rapprochant sans doute beaucoup de ce qu'a dû être la réalité. Il est difficile de dire si, à celle période semi-humaine, nos ancêtres possédaient déjà ou ne possédaient pas encore, comme le pense Haeckel, le langage articulé; mais, à coup sûr, s'ils le possédaient, ce n était que sous une forme bien rudimentaire, et, s'ils ne le possédaient pas, ils étaient fort près de l'acquérir.
L'homme vint enfin, qui apparut au commencement de l'âge quaternaire', peut-être plus tôt, dès l'âge teirtiaire pliocène. Sur les régions où s'est déroulée son évolution, on n'a pu jusqu'ici qu'émettre des hypothèses, qui trouvent dans la géologie, la paléontologie, la géographie zoologique une base plus ou moins solide. Les solutions données à ce problème devaient, d'ailleurs, se ressentir de la discordance qui se retrouve de tout temps dans les opinions des naturalistes, touchant la question fondamentale de l'unité ou de la pluralité spécifiques du genre humain ^ Les monogénistes ont naturellement admis un centre de formation unique, d'où toutes les races seraient successivement parties