LES FIGURES EN PLEIN AIR — LES ANIMAUX. LE PAYSAGE ANIMÉ
Peindre à l’aquarelle des figures en plein air ne présenterait pas plus de difficulté que de les peindre chez soi, si l’installation du matériel était aisée. Mais l’aquarelle, principalement pour la figure, exigeant une infinité de précautions et une conduite de travail très lente et très réfléchie, il en résulte que l’étude en plein air ne peut guère être faite que par des pochades rapides de couleur et de mouvement. C’est pourquoi nous excluons tout de suite le portrait, comme en dehors de nos moyens. Tout au contraire, pour des croquis rapides, l’amateur arrive très vite à rendre au bout du pinceau des effets et des mouvements de personnages et d’animaux pour lesquels il obtient un rendu plus satisfaisant qu’avec le crayon, qui ne rend que la forme extérieure. Or cette forme, si elle n’est rendue qu’à l’aide d’un trait, exige un certain savoir ; tandis que la teinte indiquée par le pinceau, surtout si l’on ne se préoccupe que des masses, laisse toujours sur le papier un document utilisable et facile à rectifier plus tard à l’atelier. Il est évident qu’il faut posséder à fond la connaissance du dessin pour faire bien en mouvement un croquis analogue à celui de la tête de coq page 76,. alors qu’une observation rapide suffira pour indiquer une tache dans le genre des poules de la même page.
C’est pourquoi nous réunissons ici la peinture des figures à celle des animaux qui, en plein air, sont accès
PRÉCIS û’aQUARKLLE
soires et doivent être traités comme tels ; ils constituent ce qu’on appelle le paysage animé.
Le meilleur exercice préparatoire est défaire à l’atelier de nombreux croquis d’après la bosse, croquis où l’on ne s'attachera pour ainsi dire qu’à l’exactitude des proportions, soit d’après des académies ou des animaux en plâtre, soit même d’après de simples maquettes en bois ou en fil de fer. Gela n’apprend point à dessiner un lin contour, certes, mais implante dans l’esprit les proportions qui sont la plus grande difficulté des croquis rapides ou des pochades de mouvements d'après nature. Et c’est ainsi qu’on arrive à se faire soi-même un schéma
des formes géométriques de chaque espèce d'animaux, qui dans la suite viendra de lui-même se placer (en imagination, bien entendu’) devant le sujet à saisir.
Il en va pour la peinture des animaux un peu comme pour la nature morte. Toutes les couleurs de la palette peuvent y être employées; toutefois on peut limiter à un certain nombre les teintes locales qui serviront en général pour les espèces les plus fréquemment rencon» trées.
Peindrez-vous des oiseaux, les noirs et les bleus vous serviront fréquemment, et c’est dans le noir d’ivoire, l’outremer et le bleu de Prusse que vous aurez à faire iouer des gris pour l’hirondelle, le corbeau, voire le
Moutons à la mare , par Hilda.
PRÉCIS D7AQüARELLE
simple moineau franc dont la teinte locale peut êt:e obtenue par le noir d’ivoire, le brun de Madder, la sépia, l’ocre jaune.
Les mêmes mélanges et natures de couleur vous donneront aussi le ton des fauves gris et bruns ou des animaux domestiques de même couleur, tels que l’âne, le cerf, le chevreuil, l’ours gris, et c’est le seul coup de pinceau qui devra indiquer que vous traitez du poil ou de la plume.
Les animaux de tons sombres, comme la plupart des poules, se traitent aussi par le brun de Madder, la sépia,
le noir, la sienne naturelle, les ccres, assez itendus d’eau pour les parties claires, plus denses pour les parties plus foncées. De même pour les canards, mais ici certaines parties, les ailes, le cou, sont fréquemment d'un ton très tranché sur le ton du corps, les ailes sont parfois d’un beau bleu sombre où l’outremer et le bleu minéral dominent. Les canetons sont le plus souvent jaunes : au soleil, ils sont à peine éplorés, et ce qui les rend surtout attrayants à peindre, c’est leur duvet qu’une touche légère et très humide peut seule rendre. L’ocre jaune sert en général pour la teinte locale ; od
l’emploie pure, sauf à modeler ensuite les parties tournantes par des gris. N’oublions pas que le vert Véronèse
ou le vert émeraude donnent des gris extrêmement fins qui seront de mise pour rendre le duvet des jeunes animaux en général, de ceux-ci en particulier.
Les animaux tels que le cygne, l’oie, le pigeon, le chat se modèlent exactement comme la fleur blanche, c’est-à-dire avec une teinte locale de gris de payne et des laques roses ou dujaune du côté des lumières, du cobalt et de la teinte neutre dans les ombres. La coloration, toujours comme dans les fleurs, en est très délicate et c’est par l’affirmation d’un dessin précis dans toutes les finesses du modelé qu’on arrive à la réussite.
Et maintenant, voulez-vous toucher à toutes les couleurs de la palette, attaquez-vous aux oiseaux des îles, au martin-pêcheur, aux perroquets, mais au préalable étudiez d’après ces ravissantes brochettes signées Giacomelli qui, reproduites en couleur, seront les meilleurs modèles à consulter. Puis vous en exécuterez d’après nature, et si vous voulez vous rendre compte de l’infinie variété où s’est complu le Divin Créateur, allez au Muséum, et là vous ne pourrez compter sans doute les
fl] AM ÈRE DE PEINDRE LA FIGURE
milliers d’oiseaux-mouches aux couleurs irisées, désespoir du peintre le mieux doué, mais la vue seule de toutes ces variétés est un enseignement, une source
Cerfs et biches , par R. Valette.
kaiu. noBERT. • Précis d'aquarelle.
PRÉCIS d’aquarelle
d’idées pour les compositions décoratives d’éventails» d’écrans, de panneaux et de paravents.
Car c’est surtout au point de vue de l’art décoratif qu’il faut étudier les animaux.
Dans un sous-bois, c’est un chevreuil que vous aurez à placer, des moutons accompagneront bien un sujet genre Watteau, des gibiers de toutes sortes feront motif central d’une décoration de salle à manger.
Dans le paysage animé, traitez les figures et les animaux de la même manière, par taches bien en valeur, bien dans la forme et le mouvement, sans que votre dessin en soit sec ni trop arrêté, et n’abordez autant que possible que des animaux ou des figures de petite dimension : pour cela, voyez-les de loin, au moins en second plan, de façon qu’ils ne forment jamais motif principal, mais simplement accessoire, autrement vous
rentrez dans la peinture de genre, et il faut ici des études tellement sérieuses qu’elles rentrent dans le domaine de l’artiste, non dans celui de l’amateur, qui cherche avant tout dans le dessin et la peinture à l’aquarelle un passe-temps agréable, un recueil de souvenirs.
Avons-nous bien donné dans ce précis tous les renseignements nécessaires ? nous croyons fermement que oui;
mais si quelque point vous semble demander des explications complémentaires ou plus complètes, voyez les volumes de notre Bibliothèque d' enseignement pratique des Beaux- Arts, vous trouverez dans ces douze volumes, sans cesse revus et corrigés, tout ce qui peut parfaire Téducation artistique de quiconque désire, le crayon ou le pinceau à la main, être en mesure de pratiquer un peu et, en outre, d’apprécier sainement les œuvres d’art.
APPENDICE