PRINCIPES GÉNÉRAUX
Avant d’aborder le mélange des couleurs, il est nécessaire de connaître certains termes techniques ou spéciaux à l’aquarelle : la distinction qui existe entre les ions chauds et les Ions froids ; entre les couleurs transparentes et les couleurs lourdes ou opaques ; un ton bouché , etc.
Les tons chauds sont essentiellement les jaunes et les rouges ; essentiellement aussi, les bleus et le noir composent les tons froids. Par analogie, les couleurs de la palette qui ne sont pas fondamentales, comme les bruns et les verts, empruntent leur nature à la base dominante qui entre dans leur composition ; les bruns sont couleurs chaudes, les verts sont couleurs froides. Toutefois, si dans la composition d’un vert il entre plus de jaunes que de bleus, le vert produit donnera un ton chaud. De même, les mélanges composés de jaunes et de rouges ou de laque donneront des tons chauds et les jaunes, les terres ou les laques mêlés aux bleus donneront des tons froids. Mais ceci n’a lieu que lorsque le mélange est fait de parties égales de l’une et l’autre couleur. Au contraire, le ton sera chaud si les jaunes entrent dans la composition du mélange en partie sensiblement supérieure à celle du bleu.
On appelle couleurs essentiellement transparentes, celles qui se délayent à l’absolu dans l’eau, à l’encontre des couleurs lourdes ou opaques, lesquelles laissent toujours un résidu ou granulent dans la teinte. Les bleus foncés, les noirs d’ivoire, les laques, la gomme-gutte, le jaune indien sont couleurs transparentes ; le cobalt, le vermillon ou l’ocre jaune, qui graissent et déposent sur le papier sont couleurs lourdes ; on obvie à cet inconvénient en délayant davantage ces dernières couleurs et en tenant compte que, préparées au miel, elles sont, en ce cas, moins faciles à
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dissoudre, parce que le miel additionné aux couleurs ajoute à leur densité : c’est pour cela qu’à l’atelier l’emploi des couleurs en pastilles ou en tablettes est préférable, notamment pour l’ocre j’aune et le vert Veronèse.
Enfin, on doit observer que certaines couleurs, telles que le bleu minéral, le jaune indien, la laque mordent sur le papier et s’y imprègnent solidement. Elles peuvent être superposées pour en augmenter au besoin la vigueur, mais, par contre, elles se lavent ou s’enlèvent plus difficilement. D’autres, au contraire, et surtout le cobalt, d’un usage si fréquent, adhèrent peu au papier, s’y imprègnent moins, et la superposition en est extrêmemeat difficile. Il faut apporter dans cette opération une grande dextérité de main, une grande légèreté, et un travail de premier coup, même pour les petites surfaces ; si vous revenez par deux fois, la seconde teinte que vous posez entraîne la plaque de couleur, celle-ci ne reposant, er réalité, que sur la surface du papier, et des taches apparaissent. Les paysagistes connaissent bien cette difficulté, et très peu abordent la grande teinte unie d’un ciel bleu pâle du printemps. Mais cet état du ciel est trop fréquent pour qu’on l’exclue de ses études, et l'on doit s’y préparer par l’étude des lavis à grandes teintes, souvent renouvelées à l’atelier *.
Il suffit d’avoir une seule fois mélangé deux couleurs dans des proportions différentes pour se rendre compte de l’infinie variété des tons qu’on peut obtenir à l’aide des vingt-quatre couleurs de la palette d’aquarelle. Enumérer tous ces tons serait impossible ; étudions-en donc quelques-uns pour servir de bases aux recherches personnelles de chacun.
Les trois couleurs mères sont .
Le jaune , le bleu, le rouge.
Le jaune mêlé au bleu donne le vert.
Le bleu mêlé au rouge donne le violet .
Le jaune mêlé au rouge donne Y orangé.
Les six tons ainsi obtenus peuvent à eux seuls donner
1. Karl Robert, L'Aquarelle (figure, portrait, genre), in-8°, illustré avec nombreuses leçons écrites, d’après les estampes en couleur les
plus connues.
PRÉCIS DAQUARELLE
la sensation de la couleur, puisqu’ils expriment la lumière, la demi- teinte et l’ombre, ce que les anciens nommaient le clair-obscur. Mais la nature ne présente pour ainsi dire jamais les couleurs dans leur intensité absolue ; elles sont toujours atténuées selon l’essence même des choses qui ne présentent, en réalité, que des gris colorés.
Or, dès qu’on modifie en quoi que ce soit l’un des premiers mélanges ci-dessus, on obtient un gris, c’est-àdire l’ atténuation du ton composé, mais non sa décoloration, si la troisième couleur ajoutée n’est employée qu’en très faible quantité par rapport aux deux couleurs-mères. A quantité égale, en effet, on arrive au ton neutre qui est l’absence de toute couleur.
Tons obtenus par le mélange de deux couleurs puisées à la palette du dessinateur.
1/2 jaune indien et 1/2 cobalt 1/2 jaune indien et 1/2 noir d’ivoire 1/2 jaune indien et 1/3 bleu minéral
1/2 jaune indien et 1/3 cobalt 1/2 jaune indien et 1/3 noir d’ivoire 1/2 bien minéral et 1/3 jaune indien 1/2 cobalt et 3/3 jaune indien 1/2 noir d’ivoire et 1/3 jaune indien 1/2 vermillon et 1/2 jaune indien 1/2 vermillon et 1/3 jaune indien 1/2 jaune indien et 1/3 vermillon
un vert clair, un vert sombre, un vert intense plus lumineux.
un vert pâle, un vert gris.
— un vert intense chaud.
— un vert clair lumineux.
— un vert sombre et chaud.
— un orangé vif.
— un orangé plus vif.
— un orangé moins vif.
1/2 jaune indien et 1/2 bleu minéral donnera un vert intense.
On arrivera à l’attéimation de ce ton par l’addition d’une pointe de laque carminée ou de cobalt, mais le cobalt doit être employé très discrètement, autrement le ton devient vert et peut perdre de son éclat lumineux.
1/2 noir d’ivoire et 1/2 cobalt donnera un gris foncé.
1/2 noir d’ivoire et 1 f 3 cobalt — un gris plus foncé. 1/3 noir d'ivoire et 1/2 cobalt un gris moins foncé.
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Le gris ainsi obtenu est une teinte froide : bien que transparente, elle trouve rarement son emploi ; on en réchauffe l’aspect par l’addition d’une pointe de vermillon, de terre de Sienne brûlée ou de jaune.
Enfin, les bruns divers sont obtenus par le mélange, à proportions variées, du noir d’ivoire avec la terre de Sienne brûlée.
Des mélanges complémentaires obtenus également par les
couleurs fondamentales et variant d'intensité selon la
proportion employée •
La sienne brûlée et le jaune indien donneront les bruns clairs.
La sienne brûlée et le noir d’ivoire — les bruns foncés.
Les bleus et la laque carminée. — toute la gamme des violets
Le bleu minéral et le cobalt — les bleus du ciel.
Les bleus et le noir, la laque carminée — la gamme des gris.
Les bleus et le jaune indien — la gamme des verts.
Le rouge et le blanc sont donc les seules couleurs qui ne figurent point dans ce tableau.
Le rouge peut cependant être obtenu par le mélange du jaune indien et de la laque carminée.
Leblanc, donné en aquarelle par la réserve du pap:er, est cependant- parfois utile pour donner de l’opacité à une couleur ou relever en lumière un accent perdu dans le travail. Dans la figure, notamment, où l’exécution des jeux, des cheveux, exige souvent une touche si fine qu’on peut couvrir par mégarde une lumière indispensable à rattraper.
Les gammes générales étant connues, voyons comment elles se modifient pour constituer les tons harmoniques nécessaires au travail de l’aquarelle, en paysage, pour les fleurs, enfin pour la figure.