LES ORIGINES DE L ART ROMAN
La date initiale de l'art roman; — Les origines de Fart roman.
La date initiale de l'art roman, — Celte esquisse de TarL roman le fait assez connaître pour que nous puissions nous occuper utilement de chercher la réponse à ces deux questions : quand a commencé l'architecture romane? d'où vient-elle? Ayons bien présent à l'esprit que l'art du Moyen-Age est soumis à une évolution incessante; l'art roman s'est constitué insensiblement, par une lente transformation.
Tout le monde a lu la page dramatique où Michelet, commentant Raoul Glaber, nous montre la chrétienté, au sortir des terreurs de l'an mille, se couvrant d'une blanche robe d'églises. En réalité, il semble que les terreurs de l'an mille soient un mythe : Haoul Glaber n'en dit mot. Mais ce chroniqueur et un autre au moins racontent que, vers ioo3, on abattit quantité de vieilles églises pour les refaire plus belles. Quicherat a émis l'opinion que ce mouvement avait sa cause dans la découverte d'une nouvelle formule de construction : si on renversa les basiliques latines, c'est qu'on était en possession d'une formule supérieure à la formule latine, c'est qu'on avait imaginé le type de Téglise romane.
L'explication est plausible, mais avec une réserve, à
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PRÉCIS D^ARGHÉOLOGIE DU MOYEN-AGË, 125
savoir qu'on avait antérieurement procédé à des essais de construction romane. Nous avons vu quelles sont les caractéristiques de cette construction : en plan, le déambulatoire et les absidioles; en élévation, le voûtement de la nef et des collatéraux, avec les conséquences qu'il entraîne : moyen appareil, piles composées, contreforts. Nous voyons poiudre ces innovations dès avant Pan mille ; le déambulatoire de la Couture, au Mans, est attribué par les meilleurs juges à la fin du dixième siècle. Des textes de ce même siècle nous induisent à penser qu'un petit nombre d'églises à bas-côtés furent dès lors couvertes de voûtes sur toute leur surface. Le moyen appareil était, semble-t-il, systématiquement employé, au septième siècle, par saint Didier, évêque de Cahors. L'église dite latine de Saint-Front de Périgueux offre un exemple de piles en quatre-feuilles et de contreforts dans un édifice commencé un peu avant l'an mille, et on a découvert tout récemment, dans le sous-sol de la cathédrale de Chartres, une pile en croix qui paraît être plus ancienne encore.
Le rapprochement de ces divers faits nous amène à conclure avec probabilité que l'art roman, ayant peu à peu trouvé sa formule au dixième siècle, s'est répandu, au début du siècle suivant, à la faveur d'une plus grande sécurité et d'un état politique et social plus propice.
Les procédés romans n'ont pas gagné en même temps toute la chrétienté. Nous savons qu'en France ils ont envahi plus tôt les régions méridionales et les ont abandonnées plus tard. Il est essentiel de ne pas perdre de vue ce fait quand on compare les diverses écoles d'architecture.
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Les origines de l'art roman — De la date de Tart roman passons à ses orig'ines. C'est là une question redoutable. Afin de la résoudre plus sûrement, posons d'abord un principe : les architectes de toutes les écoles travaillent sur un nombre assez restreint de problèmes; si, par surcroît, ils se trouvent dans des conditions pareilles, ils se rencontrent nécessairement, sans échange d'idées, sans emprunt. Pour conclure à la filiation des phénomènes artistiques, il faut, soit des analogies bien frappantes, soit des textes qui permettent de saisir les influences sur le fait. L'identité de quelques dessins très originaux autorise à dire que tels motifs de décoration romane sont d'importation anglo-saxonne ou orientale; d'autre part, pour revenir sur un fait déjà signalé plus haut, nous pouvons, sans crainte d'erreur, reconnaître une influence lombarde dans des particularités comme la coupole octogonale, le tracé des arcs plus épais à la clef, les galeries extérieures des absides, les arcatures et plates-bandes, lorsqu'il s'agit de monuments que les textes nous apprennent être l'œuvre des Lombards.
Mais ces conditions sont rarement remplies. On raisonne le plus souvent sur des combinaisons quelque peu banales, sur des analogies qui peuvent être fortuites. Quelque séduisantes que soient ces conclusions, nous exigerons, pour nous prononcer, des preuves plus décisives. Nous ne nous contenterons pas de savoir qu'à un moment quelconque de son évolution l'architecture romane adopte un profil de moulure ou un dispositif de façade qui se retrouvent, plus ou moins exactement, dans l'architecture syrienne ou dans l'architecture byzantine. Nous remonterons à l'origine des procédés et des formes^ et nous ne conclurons à Finfluence étrangère que si
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nous la percevons nettement au début de ces formes et de ces procédés.
Voici, par exemple, les coupoles du Sud-Ouest. Longtemps il a été admis sans conteste qu'elles étaient imitées des coupoles orientales. Or, les dates nous faisant défaut pour un classement chronologique positif et certain, adoptons Tordre logique qui paraîtra le plus rationnel : entre les types aquitaniques présumés les plus anciens et les types byzantins, nous trouverons un écart tel que nous ne pourrons pas raisonnablement rattacher les uns aux autres. La coupole aquitanique est donc d'origine autochtone.
Ce problème des influences orientales ne saurait être étudié avec trop de circonspection. Dans cet ordre d'idées, un certain nombre de faits sont acquis, et on ne peut pas s'en étonner quand on se rappelle que, dès l'antiquité, Alexandrie exerça dans le monde romain un véritable magistère artistique. Plus tard, la Renaissance carolingienne a puisé largement dans la culture byzantine, en laquelle avaient fusionné des éléments asiatiques et les éléments auxquels il est de mode de donner le nom d'hellénistiques. Durant tout le Moyen-Age, l'Asie a envoyé à la chrétienté des objets mobiliers qui étaient pour les ornemanistes romans des modèles simples et d'une reproduction facile : dans une mosaïque auvergnate, dans des carrelages catalans, des lions ont sur la cuisse ou sur l'épaule une étoile que l'on retrouve dans des ivoires sassanides; tel chapiteau est manifestement imité d'un tissu arabe.
Les formes orientales sont donc entrées pour une part appréciable dans la genèse de l'art occidental. La difficulté consiste à préciser dans quelles conditions et sur-
tout dans quelles proportions les emprunts se sont opérés. Sans doute, il faut chercher la vérité entre les thèses contraires, entre les théories de la vieille école, trop exclusivement romaniste parce qu'elle ignorait rOrient, et les théories plus périlleuses de la jeune école, qui nous révèle TOrient avec trop d'enthousiasme pour demeurer exacte. L'art roman reste un fonds romain, mélangé, dans une mesure qui varie suivant les provinces, d'apports orientaux et barbares.
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