LA CONSTRUCTION GOTHIQUE
Le principe : ogives, doubleaux et fornierets. — Les modifications du plan. — La voûte. — La charpente. — Les supports isolés : piliers et colonnes. — Les contreforts et les arcs-boutants. — L'appareil des supports; les fondations. — L'urc brisé et ses variétés. — Les arcs à plusieurs rouleaux. — ■ Les portes, les fenêtres et les roses. — Les murs : larmiers et corniches. — Les clochers.
Le principe : ogives, doubleaux et formerets. — La voûte gothique dérive de la voûle d'arêtes. Nous savons que, dans la voûle d'arêtes, la coupe des arêtiers présente des difficultés. L'idée vint sans doule à quelque maçon de dissimuler les arêtes sous une nervure diagonale qui servît de couvre-joint. Le fait est que les nervures diagonales réputées les plus anciennes, celles du déambulatoire de Morienval, et quelques autres fort archaïques ont une queue par laquelle la nervure s'accroche aux maçonneries de remplissage; dans ces exemples, la voûte retient la nervure, au lieu d'être soutenue par elle. De très bonne heure, les constructeurs de Tlle-de- France, adoptant une formule plus ingénieuse, firent des nervures sur lesquelles reposèrent les quartiers de la voûle et qui renforcèrent celle-ci; d'où le nom d'offiue, qui dérive de aagere, augmenter, renforcer.
Deux ogives s'enlre-croisant à la clef forment une croisée d'ogioes.
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L'ogive n'est donc pas l'arc brisé, encore que le mot ait depuis longtemps reçu abusivement cette acception. L'autorité de Caumont et de quelques-uns de ses meilleurs disciples n'a pas peu contribué à maintenir dans la langue archéologique cette amphibologie très regrettable.
Les ogives, ou nervures diagonales, accompagnaient des doubleaux, ou nervures transversales, et des former rets^ ou nervures longitudinales insérées dans les murs latéraux. Ogives, doubleaux et formerets constituent l'ossature de la voûte ; les panneaux de remplissage de cette voûte purent être amincis et faits de pierre plus légère. Ces modifications diverses entraînèrent deux conséquences immédiates heureuses : d'abord, les pesées furent moindres ; ensuite, l'ossature reçut les pesées à la façon d'un appareil de charpente, d'un cintre permanent, et elle les transmit à des organes de butée, piles et contreforts. Existe-t-il des bas-côtés : le maître d'œuvre rejette les contreforts en dehors des collatéraux et il reporte les poussées sur ces contreforts par le moyen, d'arcs-boutants appliqués aux points des murs de la nef où les poussées s'exercent.
Tout le monde a eu l'occasion de voir des constructions industrielles dans lesquelles une armature en fer porte des panneaux de zinc ; l'édifice gothique est conçu dans le même esprit : les ogives, les doubleaux, les formerets, les piles, les arcs-boutants, les contreforts sont le squelette; les autres maçonneries peuvent être assimilées à des tentures, qui concourent à clore le vaisseau, mais non pas à en assurer la stabilité. Libre au constructeur de les percer, de les supprimer même, de remplacer les murs par des verrières et d'obtenir, à la
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place des sombres nefs romanes, de véritables cages de verre, où les vitraux versent à profusion leur lumière colorée.
Tel est le principe de la construction gothique. Nous allons passer en revue les principales parmi les innovations qui découlent de ce principe.
Les modifications du plan. — En plan, trois ou quatre changements nous frappent surtout : le nouveau système de voûte permet d'accroître les dimensions de Tédifice, et l'église gothique est plus vaste que l'église romane. En second lieu, les pleins, c'est-à-dire les parties coûteuses, sont considérablement réduits au profit des vides, c'est-à-dire des parties utiles. Si l'on réfléchit un instant au prix des transports pendant le Moyen-Age, on saisira que cette légèreté de la construction gothique fut Tune des causes de son succès. En troisième lieu, les absides et les absidioles prennent de plus en plus la forme polygonale, commandée par l'emploi des formerets et par la largeur des fenêtres, qu'il était difficile de faire sur plan courbe. Enfin, les intervalles entre les piles d'arcs-boutants sont des emplacements tout désignés pour des chapelles ; aussi les chapelles absidales forment-elles de bonne heure une couronne ininterrompue autour du déambulatoire, et même, depuis i3oo environ, des chapelles latérales s'alignent le long des bascôtés de la nef.
L'architecture gothique n'a pas produit seulement de vastes cathédrales à collatéraux; on en retrouve le principe dans un très grand nombre d'églises de plan moins compliqué : quelques églises à deux nefs, qui appartiennent surtout à l'ordre de sain^ Dominique , et
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quantité d'églises à une nef. Parmi ces églises à une seule nef, il faut citer toute une famille de Saintes-Chapelles, élevées dans les palais des grands personnages et qui comprennent assez ordinairement deux églises superposées.
Dans les grandes églises à clergé nombreux, ce clergé prend place en avant de l'abside, jusque dans le carré du transept, jusque dans les travées contiguës de la nef. Le chœur qu'il occupe est, depuis la seconde moitié du treizième siècle, fermé du côté de l'ouest par le jubé et sur les deux flancs par des clôtures plus ou moins légères, en bois ou en maçonnerie, qui, dans les églises à bas-côtés, relient les piliers.
Le jubé comprend au moins une porte; il est couronné par une galerie tenant toute la longueur du jubé et qui servait pour certains chants liturgiques, pour la lecture de l'Épître et de l'Évangile, pour la prédication. Les jubés encombraient les nefs ; ils ont été presque partout supprimés.
La voûte. — Quand nous étudions l'église gothique en élévation, la voûte sollicite d'abord notre examen. Le maître d'oeuvre ne tarda pas à dominer les formules nouvelles, à les plier au gré de ses calculs {fig. 69). S'il avait adopté pour les diverses nervures des tracés semblables, par exemple le plein-cintre, la flèche de ces nervures aurait varié suivant leur corde, et les clefs auraient élé, dans le cas d'une voûte barlongue, à des niveaux très difi^érents : plus élevées pour la croisée d'ogives, plus basses pour les doubleaux, beaucoup plus basses encore pour les formerets. On donna donc à l'ogive une forme plutôt surbaissée, ordinairement celle d'un arc
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PRECIS D ARCHEOLOGIE DU MOVEN-AGE.
de cercle dont le centre était au-dessous des naissances, tandis que doubleaux et formerets furent faits en arc brisé et souvent surhaussé. Toutefois, les ogives conti-
FiG. G(j. — Voûte sur croisée d'ogives.
nuèrent à monter un peu plus haut que les autres nervures; les voûtes furent bombées et les quartiers de remplissage déversèrent sur les doubleaux et sur les formerets une partie de leur poussée.
Nous avons vu (p. 71) que certaines écoles romanes préféraient aux fdes de piliers pareils des piliei^s alternativement plus forts et plus faibles. C'est peut-être cette
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disposition qui entraîna les architectes à faire des voûtes sexpartites , dans lesquelles la croisée d'ogives coin-
FiG. 70. — Voûte sexpartite.
prend non plus deux mais trois ogives, la troisième étant transversale et parallèle aux doubleaux {fig* 70). Cette variété de voûte, qui nécessitait un support plus faible pour l'ogive transversale et un support plus vigoureux
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pour les ogives diagonales et pour le doubleau, s'adaptait aux piliers alternés ; ceux-ci appelaient celle-là. La voûte sexpartite présente, entre autres, cet inconvé-
FiG. 71. — Croisée d*ogives avec liernes.
nient que les ogives diagonales ont une portée considérable et, par suite, une flèche très développée, ce qui monte la clef à un niveau élevé. On finit par préférer la simple croisée d'ogives sur plan barlong.
La voûte sexpartite est l'une de ces complications qui
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témoignent de la facilité avec laquelle l'ogive se prête aux exigences de la construction. Quelques églises champenoises ont des voûtes à huit branches d'ogives sur les nefs, ou à cinq sur les bas-côtés. Dans certains
FiG. 72. — Voûte à lîernes et tiercerons, (A doubleau^ — B ogive, — G forraeret, — D lierne, — E, tierceron.)
déambulatoires, l'ogive obéit avec plus de souplesse encore aux combinaisons les plus inattendues.
La voûte gothique s'appuie assez souvent, en outre des ogives, doubleaux et formerets, sur des nervures secondaires, liernes et tiercerons {fig- 71 et 72), dont voici l'origine. Dans l'Ile-de-France, les quartiers de voûte sont appareillés de telle sorte qu'en projection les
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PRKCIS D ARCHEOLOGIE DU MOYEN-AGE.
files de voussoirs sont perpendiculaires aux arcs delêle, formercls ou doubleaux ; mais dans quelques provinces
FiG. 73. — Voûte en étoile.
du Sud-Ouest principalement, l'appareil est différent et les files de vous^irs s'enchevêtrent au faîte des voûtains. Pour cacher cet assemblable irrégulier on a, dès le douzième siècle peut-être, profilé des nervures qui
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joignent la clef des ogives à la clef des doubleaux et des formerets; chacune de ces nervures secondaires est une lierne. Plus tard, le cas devient fréquent de liernes qui, parties de la clef des ogives, bifurquent avant d'atteindre la clef des arcs de tête : les tiercerons sont les branches qui réunissent la lierne à la naissance des ogives {fig. 72). L'ensemble de ces nervures produit la voûte en étoile {fig. yS), que l'on a surtout construite audessus du carré du transept.
Ogives, doubleaux, formerets et quelquefois tiercerons, tout cela forme à la naissance un faisceau complî-
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FiG. 74. — Ossature d'une voûte gothique, d'après Viollet-le-Duc.
(A noyau, — B ogives, — G doubleau, — D formerets, — E clef de la croisée d'ogives, F G claveaux supérieurs dn formeret et du doubleau.)
(Extrait du Manuel d'archéologie de M. Enlarl.)
que (Jîg. 74) : lorsque la pile, devenue mince, ne fournit plus au sommier qu'une étroite surface d'appui, il fut impossible de donner aux joints de lit de chacune des nervures son plan normal. Aussi éleva-t-on souvent ces faisceaux par assises horizontales, en tas-de-charge, jusqu'au niveau où les nervures se dégagent l'une de Tantre.
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La charpente. — Sauf dans quelques pays du Midi, la règle est que l'organisme délicat de la voûte gothique soit abrité par un toit sur charpente. La charpente gothique {fig. 76), plus aiguë que la charpente romane, est aussi plus légère : les pannes sont supprimées et les fermes massives sont remplacées par des fermettes; ce sont des fermes simplifiées et allégées, où les chevrons jouent le rôle d'arbalétriers et où on né trouve d'entraits que de loin en loin. Ces chevrons, dont la pente est rapide et qui reçoivent le poids des toitures, s'échapperaient s'ils étaient posés, à la façon des arbalétriers {fig> i3), le pied libre et en surplomb des goutterots. Pour les retenir, on les place sur des patins qui, eux-mêmes,, portent sur l'épaisseur des murs. Ainsi les charpentes contribuent, avec le poids des maçonneries supérieures, à lester les murs et à les assurer contre le renversement provoqué par les poussées des quartiers de voûtes.
Pour les toits faiblement inclinés^ on conserva le système des charpentes romanes, avec les entraits, les arbalétriers et les pannes.
Les supports isolés : piliers et colonnes — Le pilier gothique se complique des membrures qui sont destinées à recevoir la retombée des nervures de la voûte. A l'origine, on n'adopta pas immédiatement des dispositions rationnelles pour planter les colonnettes et placer leurs chapiteaux : ainsi les tailloirs sous les ogives peuvent ne pas être de biais, dans l'axe des ogives, et celles-ci se raccordent gauchement à ceux-là.
Quelquefois, aux environs de 1200, depuis le sol jusqu'à la naissance des grandes arcades, la pile se compose uniquement d'une colonne ronde et de grosseur
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médiocre ; le faisceau des colonnettes commence au-dessus des tailloirs de cette colonne. On ne tarda pas, d'ailleurs, à délaisser cette forme, et les colonnettes partirent du carrelage.
Dès le douzième siècle, et souvent au treizième, la
Fi G, 76. — Golonnette avec bague.
pile cylindrique est entourée de quatre colonnettes. Il est des édifices où ces colonnettes sont indépendantes du pilier; elles sont faites de longues pierres en délit, reliées de loin en loin au noyau par une assise plate formant bague et qui s'accroche à la maçonnerie (Jiff, 76). Plus ordinairement, noyau et colonnettes font corps el sont montées ensemble par assises.
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Poursuivant une évolution commencée pendant l'époque romane , le plan du fût des supports , pendant l'époque gothique, ressemble de plus en plus au profil des membrures qu'ils soutiennent. Le quatorzième siècle fît des piliers en losange découpés de nombreuses colonnettes minces, qui répondaient aux nervures et aux moulures de ces nervures. En un mot, le jour vint où, parvenu au terme de cette transformation, le support, dans quantité de monuments, perdit son chapiteau et prolongea exactement les nervures et les arcs.
La pile gothique est souvent d'un élancement saisissant. Les poussées obliques de la voûte et des arcs-boutants se neutralisant et se résolvant en pesées verticales, il était aisé de les faire porter sur des piles de peu d'épaisseur, pourvu que ces piles fussent en pierre assez dure pour ne pas s'écraser sous la charge.
Les contreforts et les arcs-boutants. — Les organes auxquels est dévolue la fonction de résister aux poussées sont le contrefort et l'arc-boutant. Dans Tédifice gothique, le contrefort acquiert une grande importance (^fig* 77): il prend plus de relief, surtout vers le pied; des ressauts successifs l'empattent par le bas et, grâce à eux, son parement externe s'inscrit à peu près dans un plan oblique parallèle à la poussée que le contrefort doit contenir. Sur les angles, le maître d'œuvre gothique fait des contreforts biais, dans le prolongement du plan vertical des ogives. Enfin, pour réduire l'ombre portée que les contreforts projettent sur les vitraux, on abat les angles saillants du contrefort {fig^ 78), qui prend, de ce fait, dans les parties hautes, l'aspect d'un éperon triangulaire.
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Parmi les plus anciennes constructions gothiques à
FiG. 77. — Contreforts.
FiG. 78.
(A contrefort roman, — B contrefort gothique.) Contrefort gothique,
nef et bas-côtés, certaines paraissent avoir reçu, dès l'origine, des arcs-boutants; on a conjecturé qu'il en fut
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ainsi pour Tabside bâtie à Saint-Denis par Suger. D'autres, par exemple des chevets de la région parisienne, furent d'abord équilibrés sans arcs-boutants et faillirent crouler peu après leur achèvement. Dans d'autres, enfin, la nef centrale est épaulée par des murs de refend élevés sur les doubleaux des voûtes latérales; ces murs, véritables contreforts tressaillants, étaient peut-être quelquefois évidés par des arcs en quart de cercle plus ou moins timidement percés; on a même cru que cet expédient pouvait avoir inspiré l'idée de faire des arcs-boutants.
Du jour où l'arc-boutant fut constitué, son histoire comprend deux périodes : au début {fig. 79), Farc-boutant, pesamment maçonné, développe une contre-poussée qui annule en partie la poussée de la voûte et il transmet le surplus à la pile de butée; plus tard {fig- 80), l'arcboutant est compris comme un étai : l'arc proprement dit ne sert qu'à soutenir des pièces armées, posées obliquement et qui reportent la poussée sur la pile extérieure, à la façon d'un étançon de bois.
Il était difficile de déterminer avec précision le point où l'arc-boutant devait être appliqué. On prit donc le parti de superposer deux arcs {fig. 108), que l'on plaça l'un au-dessus du point, l'autre au-dessous, et qu'on réunit souvent par une petite arcature destinée à les étrésillonner, à maintenir leur écartement.
Le rampant de l'arc-boutant n'atteint généralement pas l'aplomb extérieur de la culée : il se termine par un arrêt horizontal, qui empêche les dalles du rampant de glisser et de s'échapper dans le vide.
Si l'espace à franchir était trop considérable pour un seul arc, on faisait deux arcs, deux volées, savamment équilibrées sur une pile intermédiaire {fig. iio).
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Ajoutons enfin que toutes ces piles d'arcs-boutants, de même que les contreforts d'ailleurs, pouvaient être lestées par des pinacles, dont le poids contribuait à les
FiG. 79. — Arc-boutant du xiie siècle.
maintenir contre les poussées. Tel est, grosso modo, l'arc-boutant, cette innovation qui rendit possible la construction de nos merveilleuses cathédrales.
L'appareil des supports; les fondations. — Il va de soi que toute cette structure gothique, pour résister aux forces qui la travaillent, doit être exécutée avec intelligence et avec soin. Elle est élastique; on laisse entre les divers membres de la construction un peu de jeu, de
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façon qu'un léger mouvement d'une maçonnerie trop fortement chargée puisse se produire sans qu'une rupture en résulte nécessairement. Les plans des lits sont
FiG. 80. — Arc-boulant du xiv^ siècle.
parfaitement dressés. D'autre part, la multiplicité des nervures augmente l'importance de la mission confiée au tailleur de pierre : les appareilleurs gothiques étaient remarquablement habiles, et les travaux de ces obscurs ouvriers provoquent encore l'admiration et l'étonnement des hommes du métier.
On prenait, en outre, de grandes précautions pour éviter les tassements. Les appuis sont élevés sur des fondations bien appareillées, largement empattées et solidarisées par des murs souterrains, longitudinaux et transversaux, qui forment un vaste radier maçonné; ce radier peut être posé lui-même sur un massif de béton.
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Dans quelques édifices, on a négligé ces substructions très coûteuses; ailleurs, elles sont faites avec un véritable luxe. Le dernier et définitif historien de la cathédrale d'Amiens a pu écrire que les fondations de cette splendide église, « aussi colossales que le monument luimême,... n'en sont pas une des moindres merveilles ».
L'arc brisé et ses variétés. — Les pleins dont nous venons de nous occuper délimitent et encadrent les vides,
FiG. 8i. — Arcs brisés.
que nous allons étudier; les deux questions se tiennent étroitement.
L'arc brisé, que certains appellent tiers-point, déjà
FiG. 82. — Arc trilobé.
employé dans les chantiers romans, ne tarda pas à devenir, dans les chantiers gothiques, d'un usage cons-
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tant; seules, quelques provinces continuèrent à tracer concurremment l'arc brisé et le plein-cintre. Il est plu-
FiG. 83 — Arc à quatre centres.
sieurs sortes d'arcs brisés, et certaines formes furent préférées pendant certaines époques. Je me borne à signaler : Farc en lancette {fig- 8i a), arc brisé suraigu,
FiG. 84. — Arc en accolade.
dans lequel les centres sont pris en dehors de la corde; l'arc construit sur un triangle équilatéral {fig* 81 b), arc brisé dont les centres sont aux extrémités de la corde; l'arc en tiers-point proprement dit (fig* Sic),
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arc brisé dont les centres partagent la corde en trois parties égales ; l'arc trilobé {fig- 82); l'arc brisé composé ou à quatre centres {fig- 83) et Tare en accolade (/ig> 84) qui sont fréquents, lun et Fautre, dans les dernières productions gothiques. L'arc en accolade forme généralement une fausse architecture; au-dessous, un arc de tracé plus plat, par exemple en anse de panier, clôt réellement la baie.
Les arcs à plusieurs rouleaux. — Quelle que soit leur forme, les arcs gothiques sont habituellement composés de deux ou plusieurs rouleaux, dont l'épaisseur va en augmentant vers Fextérieur de l'arc. Une telle multiplicité d'arcs s'emboîtant Fun dans Fautre a pour but d'accroître la résistance; c'est une application de cette loi qui augmente dans Fédifice gothique Fossature, ou partie active, au détriment des maçonneries de remplissage, ou partie inerte.
Les portes, les fenêtres et les roses. — Dans quelques portes romanes, dans quelques fenêtres de clochers de la même époque, Fouverture extérieure était surmontée d^un fronton plus ou moins aigu, que Fon appelle gable. Ces gables furent en grande vogue depuis la seconde moitié du treizième siècle (Jîg, 85) ; ils pouvaient être ajourés, au point que parfois les gables du quinzième siècle laissent une impression de témérité, de fragilité inquiétantes.
Les fenêtres gothiques, à cause des dimensions qu'elles avaient prises, durent être munies de meneaux de pierre, qui servirent à porter les vitraux, en même temps qu'à étrésillonner Fencadrement on forme de la baie. Ces me-
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neaux furent d'abord, sauf exception, élevés par assises maçonnées (/?gr. 107); de bonne heure on les transforma
FiG. 85. — Gable.
en un châssis indépendant, fait de pierres en délit et dont le dessin fut de plus en plus léger et tourmenté. Des fenêtres il convient de rapprocher les roses qui ajourent les murs des façades principales et des transepts. Dans les églises importantes, ce sont d'immenses baies — au transept de Notre-Dame de Paris, le vide des roses atteint près de i3 mètres — dont la cons-
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truclion donne lieu à des problèmes ardus de trait et d'exécution.
La rose comprend une bordure circulaire, appareillée en arc, et un réseau de meneaux, qui reproduit le dessin général des motifs en usage pour les fenêtres. Dès le treizième siècle, il est assez fréquent que le grand cercle de pierre s'inscrit dans une baie de forme différente : carrée, ou bien en arc brisé, qui est, dans ce dernier eas, le formeret abritant la rose; entre celle-ci et l'encadrement de la baie, les écoinçons sont garnis d'étrésillons légers, notamment de cercles. Dans les derniers temps du gothique, la rose décrit quelquefois un losange à côtés curvilignes, et deux de ces côtés se confondent avec le formeret.
Les murs : larmiers et corniches. — Il était dans la ogique de la construction gothique de réduire de plus en
FiG. 86. — Larmier gothique.
plus l'importance des appuis continus, c'est-à-dire des murs, au profit des appuis isolés, c'est-à-dire des piles et des culées d'arcs-boutants. De bonne heure, une surface verticale nue répugna aux maîtres d'oeuvre : ils ta-
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PRECI§ D ARCHEOLOGIE DU MOYEN-AGE.
pissèrent les parements intérieurs d'arcatures aveugles, grâce auxquelles les murailles inertes participèrent en apparence à la fonction et à la force active des supports. Le larmier gothique {Jig- 86) a un profil parfaitement approprié à sa fonction : c'est un bandeau incliné for-
FiG. 87. — Corniche gothique.
(Croquis de M. Gervais fils, architecte.)
mant revers d'eau et creusé par-dessous d'une gorge qui arrête les ruissellements.
La corniche fut profondément modifiée vers la fin du douzième siècle. La corniche romane avait pour fonction d'éloigner du parement du mur le rebord du toit, qui la surplombait. Dans les édifices gothiques soignés ijig. 87), l'égoût du toit n'arrive pas jusqu'à Taplomb du parement; la saillie, moins considérable, de la cor-
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l54 PRÉCIS d'archéologie du MOYEN-AGE.
niche est obtenue, non point par une tablette sur corbeaux OU sur arcature, mais par une gorge, plus ou moins haute et surmontée de moulures, souvent d'un larmier; la corniche porte un chéneau, bordé d'un gardefou en forme de balustrade. Le chéneau déverse ses eaux dans des gargouilles horizontales, qui sont, autant que possible, placées loin des murs, à la tête des contreforts ou des piles d'arcs-boutants.
Pour conduire jusqu'à ces piles les eaux pluviales, on utilisa le chaperon qui garantissait la maçonnerie de l'arc contre les infiltrations; à cet effet, on creusa le chaperon d'une rigole qui, prenant les eaux dans le chéneau, les conduisit jusqu'aux gargouilles {fig* iio).
Les clochers. — Il n'y a pas, durant la période gothique, un type de clocher exclusivement admis : telles tours sont octogones, comme ces curieux clochers du Languedoc, bâtis en briques et dont les fenêtres sont couvertes d'arcs en mitre; telles, notamment dans la Normandie et la Bretagne, sont carrées sur toute leur hauteur; il en est que couvre un toit en bâtière, et d'autres, surtout dans l'Est et en Champagne, dont le toit à quatre noues est posé sur les pignons qui terminent les quatre faces.
Ces divers clochers ont des caractères communs d'élancement et de légèreté. Ce sont les clochers romans perfectionnés, devenus plus hardis sous la main de constructeurs plus habiles, plus ornés aussi et souvent moins robustes et moins imposants.
De plus, il est un type de clocher qui eut un grand succès pendant la période gothique : à souche carrée et à flèche octogonale très aiguë, relevée de nervures en
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PRÉCIS D^ARCHÉOLOGIE DU MOYEN-AGE, l55
boudin qui sont profilées sur les arêtes et souvent sur les pans de la pyramide. Ou conjecture que ce clocher dérive du clocher roman limousin, dans la composition duquel se retrouvent les gables qui décorent le clocher de Vendôme, le clocher vieux de Chartres {fig> 88), etc.
La nécessité de prévenir l'effet de l'ébranlement causé par les sonneries a inspiré aux constructeurs des premiers clochers gothiques des combinaisons quelquefois étranges, qui consistent ordinairement à consolider la tour par des arcs entre-croisés : arcs au-dessus d'une coupole, ogives bandées sous une coupole, etc. Quand on étudie la construction et le voûtement des clochers, il importe de ne pas perdre de vue le programme tout- spécial qui, dans cette partie de l'église, s'imposait à l'architecte.
Les baies de la tour sont, depuis le treizième siècle, en arc brisé; les percements sont de plus en plus larges et souvent garnis de meneaux. Les trompes, qui permettent de passer du carré à l'octogone, sont chargées par des clochetons d'angle, ou bien par des édicules qui comprennent essentiellement une fenêtre encadrée de colonnettes et surmontée d'un gable développé.
Vers la fin du gothique, la tour est munie de galeries à balustrades, de fenêtres multiples, de superfétations dont les lignes se contrarient. Fréquemment, les clochers, restés inachevés, attendent encore leur flèche. Lorsque la flèche a été construite, elle peut être maintenue au pied par des arcs-boutants légers qui s'appuient sur les clochetons. Elle peut être également percée d'ajours, à tel point que les panneaux, entre les nervures des arêtes, ne sont plus qu'une claire-voie. Les types de ces clochers du gothique finissant sont, en outre de
la tour Saint-Jacques, à Paris, dépourvue de flèche et commencée en i5o8, le clocher neuf de Chartres (y?gr. 88), élevé par Jean Texier, de i5o6 à i5i3, et le clocher de Strasbourg, chefs-d'œuvre d'habileté, mais non de goût, et qui nous étonnent plus qu ils ne nous satisfont.
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FiG 88. — Clochers de la cathédrale de Chartres.
Photographie des Monuments historiques.
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