LES VARIÉTÉS DU GOTHIQUE
Les périodes du style gothique. — La fin du gothique. — Les écoles d'architecture. — L'école normande. — Les écoles champenoise et bourguignonne. — Les écoles angevine et poitevine. — L'école languedocienne. — La valeur du style gothique.
Les périodes du style gothique. — Le style gothique est, plus encore que le style roman, soumis à une évolution incessante. Nous diviserons son histoire en plusieurs périodes : gothique primitif, jusqu'à la fin du douzième siècle; à lancettes, pendant la première moitié du treizième; rayonnant, jusqu'à la fin du quatorzième; flamboyant.
Cette division est forcément arbitraire ; on lui reproche, en outre, de tirer ses noms de la forme des arcs et des meneaux, c'est-à-dire d'un caractère sans importance. Malgré tout, elle répond à des états distincts de l'art de bâtir, elle est commode et mieux vaut la conserver.
Les voûtes gothiques se rencontrent d'abord dans des édifices qui sont par ailleurs tout à fait romans. Des archéologues anglais très distingués ont soutenu naguère que les premières croisées d'ogives ont été faites dans leur pays. Il ne semble pas que cette théorie soit fondée.
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et on continue à admettre que le mode de voûtement gothique s'est élaboré, un peu après iioo, dans les provinces septentrionales de la France. C'est à dessein que j'emploie des termes vagues : il ne semble pas que les dates soient assez précises pour nous permettre de déterminer exactement dans quel diocèse ont été faites les premières croisées d'ogives. Ce doit être plutôt dans rile-de-France, non pas à Paris, mais au nord de cette ville. Les ogives peut-être les plus anciennes que Ton connaisse sont établies sur le déambulatoire de l'église de Morienval, dans l'arrondissement de Senlis. Suger, abbé de Saint-Denis, fit une magnifique application des nouveaux procédés dans le narthex (i 187-1 i4o) et le chevet (ii4o-ii44) de son abbatiale.
Remarquons-le en passant, ce fait suffit à démontrer combien est spécieuse la thèse de VioUet-le-Duc, suivant laquelle le style gothique marquerait le triomphe de l'architecture laïque sur l'architecture monastique. Bien loin d'être opposés aux nouvelles formules d'art, les moines, les Cisterciens notamment, les répandirent dans tonte la chrétienté. Ce qui est vrai, c'est que le style gothique trouva dans les cathédrales sa plus splendide expression. Il n'y eut pas de lutte sur le terrain de l'art entre l'esprit monacal et l'esprit laïque; seulement, la période romane correspond à la prédominance des églises régulières, tandis que le clergé séculier et les communes étaient plus puissants durant la période gothique.
Il serait trop long d'exposer les tâtonnements et les progrès du style gothique à ses débuts, ou, comme on dit, du style de transition. Voici, du moins, quelquesuns des caractères qui différencient les diverses périodes.
Les églises de style gothique primitif (ii4o-i20o)
(y?gr. io6) ont sur la grande nef des voûtes sexpartites. Elles gardent des traces du style roman, entre autres
FiG. io6. — Grande église de style gothique primitif (cathédrale de Noyon).
(Dessin de M. Poslel-Vinay.)
dans le choix des motifs de décoration. La construction est encore un peu massive. La tribune du triforium conserve toute son ampleur. Quelquefois les fenêtres sont relativement petites et n'ont pas de meneaux, et quelquefois on a garni leurs baies de meneaux bâtis et d'un tym-
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pan maçonné {fig^ loyj. La sculpture est large et ferme. A ce style appartiennent les cathédrales de Noyon, Sens, Laon, Paris.
Notre-Dame de Paris a été commencée en ii63; la
FiG. 107. — Fenêtre de style gothique primitif.
(Dessin de MM. Paul Lafollye el Clément Miroux.)
façade, la plus belle des façades gothiques, est du premier tiers du treizième siècle ; le transept sud est postérieur. Vers 1235, on remania Tordonnance intérieure des travées et on substitua les dispositions actuelles aux
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dispositions primitives, que Viollet-le-Duc a fait revivre dans la travée de nef qui touche au transept.
Le style gothique à lancettes (i2oo-i25o) (Jiff. ioS)y ainsi dénommé du tracé très aigu qu'il adopte volontiers pour les arcs, exagère les hauteurs des voûtes : Amiens mesure 43 mètres et le chevet de Beauvais, 46™5o. Les désastres survenus à cette dernière église rappelèrent les maîtres d'oeuvre à la prudence. Sur les grandes nefs, le gothique à lancettes construit des voûtes de plan barlong. Ce sont surtout l'étage inférieur et l'étage supérieur, les grandes arcades et les fenêtres, qui gagnent en hauteur; le triforium perd de son importance. La tribune du triforium est remplacée par une galerie sans profondeur; ce couloir est clos en arrière par un mur léger et abrité en haut par un plafond de dalles. Les meneaux, formés de pierres en délit, dessinent fréquemment (Jîff. 10 g) deux arcs brisés qui soutiennent une rose circulaire à redents.
Cette période, qui a vu entreprendre, en 1247, ^^ chœur de Beauvais, a produit la Sainte-Chapelle de Paris (i 245-1 248), Chartres, Reims et Amiens, qui passent pour être, avec Notre-Dame de Paris, les plus remarquables cathédrales gothiques.
Chartres date de 1 194-1260; la construction est très robuste; la mâle vigueur du clocher vieux (Jiff. 88) est incomparable.
La première pierre de la cathédrale de Reims fut posée en 1 2 1 1 et les travaux ont duré jusqu'au quatorzième siècle. La façade principale n'est pas à la hauteur de sa réputation : elle manque de lignes ; mais l'élévation latérale, en dépit d'une arcature de couronnement qui n'est pas à l'échelle, est d'une puissance émouvante. Reims
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FiG. io8. — Grande église de style gothique à lancettes (cathédrale de Reims).
(Dessin de M. Postel-Vinay.)
vaut surtout par sa sculpture : on y trouve le plus bel ensemble de statuaire du Moyen-Age.
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Amiens fut construit de 1220 à 1288; les chapelles latérales de la nef furent ajoutées plus tard. La nef
FiG. 109. — Fenêtre de style gothique à lancettes.
(Dessin de MM. Paul LafoUye et Clément Miroux.)
d'Amiens est le chef-d'œuvre du genre : on a pu dire de ce merveilleux édifice qu'il est le Parthénon de l'art gothique.
Le chevet de Saint-Ouen de Rouen fut commencé en i3i8; il était fini en iSSg.
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Le gothique rayonnant (i25o-i4oo) {fig^ no) sortit
FiG. iio. — Grande église de style gothique rayonnant (chœur de Saint-Ouen de Rouen).
(Dessin de MM. Paul Lafollye et Clément Miroux.)
pour une part des chantiers de la Sainte -Chapelle et d'Amiens. En plan, les chapelles latérales prennent place
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entre les contreforts des bas-côtés. En élévation, les proportions sont moins élancées, les nefs et les baies sont plus larges. Les piliers se découpent en fines colon-
FiG. III. — Fenêtre de style gothique rayonnant.
(Dessin de MM. Paul Lafollye et Clément Miroux.)
nettes et en gorges nombreuses. La galerie, vestige de la tribune de premier étage, est de plus en plus sacrifiée : cette galerie et le fenestrage supérieur, par la place et le dessin de leurs meneaux, tendent à se confondre; le fenestrage absorbe la galerie. Dans les fenêtres, le tracé
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des meneaux se complique de lobes et de redents plus développés {Jig, m). Les crochets des chapiteaux font place à des bouquets de feuillage, et les bases prennent un aspect prismatique. Les arcs extérieurs s'encadrent d'un gable.
Le gothique rayonnant a produit Sées, Metz, Strasbourg, le chœur de Saint-Ouen de Rouen, celui de la cathédrale de Bordeaux, etc. Les architectes de cette époque sont très habiles; l'art de bâtir a trouvé sa formule. Mais les œuvres n'ont plus le charme de l'effort individuel. Les églises sont déjà un peu banales, un peu sèches aussi, et la sveltesse des supports fait regretter la virile énergie du gothique primitif.
ht gothique flamboyant {fig* 112) accentue les caractères et renchérit sur les défauts du gothique rayonnant : s'il simplifie le parti général, il donne aux membrures et aux meneaux un profil et un dessin tourmentés à l'excès. Il réduit la hauteur proportionnelle des vides et dans ce but supprime souvent la galerie de triforium ; il trace des arcs à quatre centres et des arcs en accolade ou surmontés d'accolades décoratives, multiplie dans les voûtes les nervures secondaires, liernes et tiercerons, et les clefs pendantes, fait des nervures qui se coupent ou qui pénètrent à leur naissance dans les piles ou dans les murs, diminue l'importance des chapiteaux ou même les supprime complètement, garnit les baies de meneaux contournés qui dessinent At^ flammes et des mouchettes {fig> II 3), fouille la pierre à l'excès, abusant des ajours et des « dentelles de pierre ». Telle est l'habileté manuelle de Tappareilleur qu'il en vient à oublier les exigences de la matière, les règles imprescriptibles du bon sens et du goût. Les ensembles n'ont pas cet aspect calme
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et reposant qui nous séduit dans d'autres œuvres ; mais les détails sont souvent traités avec une virtuosité surprenante.
La guerre de Cent ans avait épuisé le pays; le gothi-
FiG. 112. — Grande église de style gothique flamboyant (cathédrale de Moulins).
(Dessin de M. Postel-Vinay.)
que flamboyant a pu conduire jusqu'à l'achèvement un petit nombre d'édifices importants; il a surtout élevé quantité de chapelles, de constructions fragmentaires.
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La fin du gothique. — Le style gothique ne prit pas fin subitement : alors que, dans l'architecture civile surtout, les formes nouvelles de la Renaissance étaient en
FiG. 1 13. — Fenêtre de style gothique flamboyant.
(Dessin de MM. Paul LafoUye et Clément Miroux.)
honneur, des constructeurs d'églises restaient fidèles aux traditions nationales. Martin Cambiche fut de ces derniers; il terminait le transept nord de la cathédrale de Beauvais en iBSy. En plein Paris, la tour gothique Saint-
Jacques fui élevée de i5o8 à i522. On cite des productions gothiques attardées du dix-septième et du dixhuitième siècles.
L'architecture de la Renaissance elle-même recueillit en grande partie les formules gothiques. A Saint-Eustache de Paris, qui fut commencé par Pierre Lemercier en i532, on retrouve, sous la décoration empruntée à Tantiquité, l'ossature gothique : croisée d'ogives et arcboutant. L'esprit ancien anime et vivifie le style nouveau. M. Enlart a heureusement développé cette idée dans les lignes suivantes :
« Comme une personne bien faite porte bien la toilette et fait valoir les modes, la structure savante et élégante des vieux maîtres gothiques soutenait cette parure d'emprunt, les ornements à l'antique taillés dans les épannelages gothiques gardaient comme l'architecture cette échelle empruntée à la nature même qui donne tant de vivante expression et de charme aux œuvres du moyen âge; des ornements italiens reproduits par des mains assouplies par les exercices de difficultés du style flamboyant prennent une grâce aisée et une verve que les originaux n^avaient pas. »
Enfin, le parti architectural, plan et élévation, subsista. Les architectes des dix-septième et dix-huitième siècles s'en tinrent au programme dont les architectes romans avaient en vain poursuivi la réalisation : construire des églises voûtées à bas-côtés et dont la grande nef est directement éclairée. Dans ce sens, même les plus lourdes églises du style Jésuite sont .l'expression disgracieuse de la pensée gothique.
Fid. 114. — Cathédrale de Sées.
Photographie des Monuments historiques.
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Les écoles d'architecture. — La supériorité de l'archileclure gothique lui valut un succès rapide; elle gagna aussitôt la France et l'étranger. Toutefois l'adoption du gothique n'entraîna point la disparition des vieilles écoles régionales. De même que pendant longtemps la diffusion du français a laissé subsister les dialectes locaux plus ou moins pénétrés par son influence, de môme, à côté de quelques églises importées de pur style gothique, les provinces conservèrent leurs types propres, modifiés par l'emploi des nouveaux procédés de construction. Et même dans les éghses de style gothique français s'introduit çà et là une variante inspirée par les traditions ou par les nécessités locales : le chevet de Saiiit- Nazaire de Carcassonne a les toitures plates des églises du Midi.
L'école normande. — La Normandie {fig. ir4) a d'abord employé la formule gothique à voûter les églises qu'elle avait élevées pendant la période romane. Elle rivalise avec l'Ile-de-France par la hardiesse de ses constructions ; elle continue à élever sur le carré du transept des tours-lanternes, parfois monumentales; elle a produit des clochers remarquables, tels que celui de Féglisft Saint-Pierre, à Caen. Mais, comme à l'époque précédente^ le sens esthétique fait défaut à ses maîtres d'oeuvre : cette faiblesse du tempérament artistique s'accuse dans les chapiteaux ronds et mous, dans l'abondance des ornements géométriques, dans la prédominance des lignes verticales, qui font pressentir le style perpendiculaire anglais, dans le tracé excessivement aigu de certains arcs brisés. Cette forme est due, paraît-il, à ce que les appareilleurs, en vue de simplifier le travail
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du Irait, employaient 5 pour leurs divers arcs brisés, une seule courbe.
Les écoles champenoise et bourguignonne. — La Champagne et la Bourgogne ont produit, grâce à leurs excellentes pierres, des édifices nerveux, mais un peu
FiG. 1 15. — Ghéneau suspendu bourguignon, d'après Vîollet-le-Duc.
(Extrait du Manuel d^ archéologie de M. Enlart.)
secs. A rintérieur est un petit chemin de service pris dans répaisseur de la paroi; eu liaut {fiff. ii5), celle-ci est formée de deux murs, réunis par-dessus à Taide d'un large formeret ou d'un toit de dalles.
La Bourgogne avait des types romans remarquables, et pour cette raison même elle résista longtemps au progrès gothique; c'est ainsi que les fenêtres, dépourvues de meneaux compliqués, y gardent souvent le caractère roman; c'est ainsi que les constructeurs bour-
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FiG. II 6. — Chapelle Saint-Jean à Saumur.
Cliché de M. E. Lefèvre-Ponlalis.
(Extrait du Congrès archéologique de France, ucxe session. )
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guignons répugnent à se servir des arcs-boutants. Ce dernier fait paraît infirmer l'opinion suivant laquelle l'arc-boutant aurait été imaginé en Bourgogne, afin cl'élayer les nefs romanes, trop élevées au-dessus des bas-côtés.
La Champagne a conservé longtemps la voûte sexpartite; comme la Normandie, elle a une prédilection pour les arcs à lancette et les tailloirs ronds.
Les écoles angevine et poitevine. — Le Midi et TOuest éliminent du plan et de Télévation de Téglise gothique toute complication. Dans le Sud-Ouest, la croisée d'ogives s'est substituée à la coupole : on peut suivre la filiation de toute une lignée d'églises à une nef, les plus anciennes couvertes de coupoles, les plus récentes couvertes de croisées d'ogives bombées sur plan carré, avec formerets puissants qui abritent un couloir intérieur, pratiqué ordinairement à mi-hauteur. Les fenêtres sont étroites et les murs épais et timidement percés. Le spécimen le plus connu de ce type est la nef de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers (,/?y. 97), qui résulte de la transformation, entreprise en ii5o-ii53, d'une église à bas-côtés et lambrissée. Plus tard (Jiff* 116), les liernes se multiplient; les ogives et les doubleaux se confondent avec les quartiers de voûtes, à l'exception d'un étroit boudin, d'aspect fort léger. Ces voûtes sont plutôt des voûtes d^arétes, sur les arêtes desquelles un boudin est profilé. L'architecture Planlagenet, c'est son nom, a surtout prospéré en Anjou.
D'autres églises sont à trois nefs, de hauteur et de largeur à peu près égales, voûtes bombées et sur plan carré : telle cette extraordinaire cathédrale de Poitiers
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FiG. 117. — Eglise poitevine (cathédrale de Poitiers).
(Dessin de MM. Paul LafoUye et Clément Miroux.)
{jig- 117), qui allie presque à la légèreté du gothique l'ampleur, la simplicité et la fermeté de lignes de Tantique.
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L'école languedocienne. — L'école du Languedoc
FiG. 118. — Eglise lang-uedoclenne (cathédrale de Perpignan).
(Dessin de M. A. Mayeux.)
(fig^ iï8) a élevé, souvent en briques, de vastes ég^lises à une nef très large, épaulée par des contreforts très saillants, entre lesquels on a installé, à droite et à gau-
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che, deux séries de chapelles latérales. On obtenait ainsi, à peu de frais, de grands vaisseaux à peu près inébranlables : dans les églises gothiques du Nord la stabilité résulte de l'équilibre entre les forces contraires développées par les voûtes et par les arcs-boutants; or, cet équilibre tend à se rompre, parce que les voûtes sont abritées, pendant que les arcs-boutants fragiles sont exposés aux intempéries; dans l'église languedocienne, Tarc-boutant actif et délicat est remplacé par des contreforts inertes et puissants, englobés, sur une grande partie de leur hauteur, dans l'intérieur de l'édifice. Ces conditions ont permis de construire des voûtes de dimensions extraordinaires : la largeur entre piliers, qui est de 12 à i3 mètres à Amiens et à Beauvais, atteint i7'"7o à Sainte-Cécile d'Albi, i8'°3o à Saint-Jean de Perpignan et 23 mètres à la cathédrale de Girone.
La valeur du style gothique. — La formule gothique s'adapte, on le voit, à bien des types; l'unité de principe n'exclut pas l'infinie diversité des applications. De cette variété vient en partie le charme de l'art du Moyen- Age.
A un point de vue plus pratique, cet art est encore digne d'admiration. Aucune architecture n'a plus heureusement utilisé les ressources dont elle disposait; aucune n'a autant réduit les pleins, qui coûtent, au profit des vides, qui servent. A Notre-Dame de Paris, les pleins n'atteignent pas le septième du volume total; dans l'église si vantée de Saint-Pierre de Rome, ils dépassent le quart.
Nul n'ignore combien vivement Tart gothique a été attaqué. On lui reproche d'avoir recouru à des procédés, comme l'arc-boutanl, que l'antiquité n'avait pas connus. On lui fait un grief de n'avoir pas l'harmonie, la séré-
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nilé surhumaine du temple grec. Tout cela est bien injuste: Farchitecte grec et le maître d'œuvre gothique n'ont pas le même programme ni les mêmes moyens Tun dispose de blocs de marbre superbes et ne doit produire que des édifices de dimensions médiocres, qu'il n'est même pas tenu de couvrir; à l'autre, qui n'a que des matériaux ordinaires, on demande de construire de très grandes églises abritées sous des voûtes de pierre. Les termes du problème sont tout différents, et il serait parfaitement absurde d'exiger que les solutions fussent identiques.
Que le temple grec soit, à bien des égards, supérieur, c'est indéniable. Par contre, au point de vue de la science constructive , le Parthénon , comparé à la cathédrale d'Amiens, est un jeu d'enfant. Et même, comme esthétique, la cathédrale l'emporte parfois; elle a, répétons-le, plus d'imprévu, de mouvement et de vie. Pour nous en tenir à un détail, la collection des chapiteaux à crochets est autrement attachante que la monotone, série des chapiteaux doriques, ioniques ou corinthiens. Enfin, Tensemble de l'édifice, la profondeur de ses perspectives mystérieuses, la hauteur de ses vaisseaux, le flamboiement de ses verrières produisent une impression d'art incomparable. L'un des hommes les plus sceptiques de la Renaissance nous apprend qu'il ne mettait pas le pied sur le seuil d'une cathédrale sans que courût en lui un frisson de religieux respect. Combien plus vivement l'église gothique devait émouvoir ces générations croyantes, qui déchiffraient avec une curiosité passionnée les poèmes de pierre des façades et qui croyaient voir les saints des vitraux « descendre dans un rayon de lumière »,
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PRÉCIS d'archéologie DU xMOYEN-AGE.
Ayons l'esprit assez large pour comprendre et pour admirer le beau partout où il se trouve, et, sans nous attarder à recherclier s'il faut mettre Tart grec au-dessus du gothique ou réciproquement, sachons reconnaître que Tun et l'autre méritent de prendre place parmi les créations qui ont le plus honoré le génie humain.
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