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L ARCHITECTURE CIVILE

Considérations préliminaires. — L'architecture monastique : cloîtres. — Les monastères. — Les maisons d'habitation. — Les maisons en bois. — Les plans de villes.

Considérations préliminaires.^ — I/archilecture civile du Moyen- Age ne diffère pas essentiellement de Farchitcclure religieuse, dont nous nous sommes occupés jusqu'ici : les principes de construction sont identiques. Architecture civile, architecture religieuse ont évolut^ simultanément, chacune d'elles bénéficiant des progrès réalisés en commun, et l'analyse retrouve au fond de ces deux arts les mêmes éléments. Le programme est autre cependant, et ces éléments s'agencent suivant d'autres combinaisons; il est des moyens de construction et des formes qui appartiennent en propre à l'architecture civile. C'est ainsi que, dans les pays catalans, les colonnettes très minces, des cliapiteaux de type spécial à large tailloir sculpté, des portes à très longs claveaux, nus ou entourés

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d'une simple archivolte moulurée, sont caractéristiques des édifices civils. En France, les voûtes d'arêtes, les

FiG. 119. — Chapiteau de l'architecture civile catalane.

fenêtres à linteaux, les arcs en plein-cintre ou surbaissés sont plus persistants dans les constructions privées.

L'architecture monastique : cloîtres. — Les cloîtres des ég^lises cathédrales ou monastiques nous serviront de transition entre les constructions religieuses et les constructions civiles.

Les cloîtres dessinent souvent un quadrilatère irrégulier. L'une des galeries suit le mur de flanc de Téglise. Romans ou gothiques, les cloîtres se divisent en deux grandes familles : les cloîtres non voûtés ef les cloîtres voûtés. Les uns et les autres s'ouvrent' vers le préau par une claire-voie, presque toujours une arcature posée sur un bahut; la différence gît dans la force et le mode de structure de cette claire-voie,

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Les cloîtres non voûtés {/iff- 120 a) ont une clairevoie plus légère^ sur laquelle est posé le pied des arbalétriers d'une toiture en appentis. Cependant, avec le temps, la charpente travaille plus ou moins, et sa pesée peut se traduire en une force oblique qui tend à renverser Tarcature. Pour maintenir celle-ci, on l'a souvent interrompue, de place en place, par des murs pleins, des piles de maçonnerie. Dans ces cloîtres sans voûte, la claire-voie forme donc une série d'arcades égales, tangentes, retombant sur des colonnettes, colonnettes isolées ou accouplées Tune devant l'autre, et cette ordonnance peut être coupée par des massifs maçonnés, par des bouts de mur ne faisant pas saillie sur le préau.

Lorsque les galeries devaient être couvertes d'une voûte, le constructeur était tenu d'adopter pour la clairevoie des dispositions qui permissent de contenir la poussée de la voûte. Ces dispositions peuvent être ramenées à deux principes, d'où une subdivision dans cette famille des cloîtres voûtés : tantôt on cherchait la résistance uniquement dans l'épaisseur des arcades et des piles et dans remploi des colonnettes jumelles; tantôt le maître d'œuvre, fractionnant les galeries en travées, plantait des piles armées de contreforts et jetait de l'une à l'autre de grands arcs qui devaient abriter les arcatures fragiles de la claire-voie. A l'époque gothique, ces grands arcs traversent le mur de part en part {Jiff* 120 b); avec les piles, ils constituent une ossature et encadrent de larges baies, dans lesquelles on logeait après coup des meneaux avec ocali et redenis.

11 est des cloîtres dans lesquels ces ociili ou même l'arcature entière était vitrée. Certains avaient deux étages de galeries, la galerie supérieure plus légère.

Les monastères. — A Texception des Chartreux, qui vivaient isolés dans de petits logis répartis autour du cloître, les ordres religieux adoptèrent, avec plus ou moins d'ampleur, avec plus ou moins de modifications, le type du monastère bénédictin.

La partie la plus noble du monastère après Téglise est la salle capitulaire, qui communique avec la galerie orientale du cloître par une porte accostée de deux fenêtres. La salle capitulaire a des voûtes, dont l'analyse, souvent, est des plus attachantes.

Le dortoir, généralement au premier étage et dans le voisinage de Téglise, n'est pas toujours voûté. La règle est que des rideaux ou des cloisons plus ou moins hautes le divisent en cellules.

Le réfectoire s'ouvre sur la galerie du cloître opposée à l'église. C'est souvent une salle remarquable, dont les voûtes peuvent retomber sur une épine de piliers qui partage le vaisseau en deux nefs. Contre une des parois longitudinales est placée la chaire pour le lecteur. Un lavabo est dans le cloître, en face de la porte du réfectoire; quelquefois abrité sous une petite construction qui empiète sur le préau, il est plus souvent logé dans la galerie même du cloître.

H est resté quelques grandes cuisines monastiques. De même que les cuisines seigneuriales, elles comprennent une pièce couverte en pyramide et entourée de cheminées; la flèche est percée pour la ventilation.

Le problème de la ventilation a également' donné lieu à des solutions originales dans les infirmeries, quelquefois vastes comme des Hôtels-Dieu. Salles d'infirmeries, salles d'hospices sont de grandes pièces claires, où l'aérage se fait par les fenêtres haut placées et par des

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FiG. 121. — Maison à Cordes (Tarn).

Photographie des Monuments historiques.

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orifices ménagés dans la couverture, voûte ou lambris. Ua monastère important comprend bien d'autres bâtisses. et annexes, qu'il n'est pas possible d'étudier ici en détail. L'entrée, parfois monumentale, renfermait le logement du frère portier chargé de surveiller les allées et venues. Dans l'hôtellerie, l'hospitalité bénédictine s'exerçait envers les étrangers de passage ; il ne faut pas la confondre avec les résidences que de grands personnages possédaient à l'intérieur des abbayes. Le noviciat et les écoles pouvaient donner lieu à des constructions importantes. Le chauffoir était constitué par un ou plusieurs ateliers et salles d'étude munis de cheminées. Les travaux de la terre exigeaient enfin toute une série de locaux : les granges forment la partie la plus considérable de certaines maisons religieuses, qui étaient des exploitations agricoles dirigées par un petit nombre de moines bien plus que des monastères proprement dits; la brasserie ou les pressoirs pour le vin, les pressoirs pour l'huile, la bergerie, la porcherie, les écuries, le poulailler, etc., ont leur place dans les abbayes. Qu'on ajoute la maison abbatiale, le cimetière, le jardin, le verger, les logis des serviteurs, etc., et on saisira la multiplicité des services et dépendances que réunissait un grand monastère.

Les maisons d'habitation. — Pas plus qu'aujourd'hui il n'y avait jadis pour les maisons d'habitation un modèle constant et uniforme : le palais, avec ses grandes pièces d'apparat, et l'hôtel entre cour et jardin où le seigneur opulent vivait loin des bruits de la rue, ne ressemblaient pas à la maison du marchand ou de l'artisan, dont la boutique ou l'atelier s'offrait au passant ; dans la

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partie habitable d'un château fortifié, la disposition, subordonnée aux nécessités de la défense, était bien différente de la disposition d\ine ferme, et les fermes elles-mêmes variaient suivant les provinces. Il est permis néanmoins de formuler à propos de la maison du Moyen-Age quelques observations générales, qui s'appliquent particulièrement, il est vrai^ aux maisons urbaines de moyenne importance.

La maison antique était fermée sur le dehors et se développait autour d'un atrium, d'une cour intérieure à portiques. Dans les villes du Moyen-Age, la place faisait défaut : on supprima les cours et on éleva étage sur étage. C'est pourquoi, à l'exception des constructions monastiques groupées autour du cloître, la cour intérieure ne tient, dans les habitations urbaines de nos climats tempérés, qu'une place très secondaire; la partie importante de la maison, c'est la salle du premier étage, largement percée sur la rue.

La maison est rarement carrée : elle forme un rectangle plus ou moins allongé. Les fermes de la charpente sont perpendiculaires au grand axe et les petits côtés sont terminés en pignon. Quand la façade répond à l'un des grands côtés, elle est couronnée par un versant du toit ; si on a placé un petit côté en bordure de la rue, la maison a pignon sur rue.

Le rez-de-chaussée {fig* 121 ) renferme des boutiques, parfois des celliers. Les portes sont très simplement encadrées , et l'ordonnance sobre et sévère fait valoir les fencstrages plus élégants et plus riants des é(ages élevés. Ce rez-de-chaussée peut être voûté. Il convient de remarquer à ce propos que, dans les constructions civiles, les voûtes sont plutôt réservées aux greniers et aux caves;

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aussi ont-elles un aspect plus pauvre et plus rude que les voûtes d'églises. Grâce à la faculté de multiplier les supports, on a continué en pleine période gothique à faire de petites voûtes d'arêtes; ou bien, si les voûtes sont sur croisées d'ogives, les ogives sont de profil moins compliqué, la décoration en sculptures et moulures est réduite au minimum^ et l'ensemble paraît antérieur à sa vraie date.

Le premier étage est occupé par la salle ^ habituellement couverte d'un plafond de bois. Les poutres portent sur des corbeaux; corbeaux, poutres, solives sont l'objet d'une décoration, peinture ou sculpture ^ parfois très luxueuse. L'usage est moderne de ces plafonds de plâtre privant le bois de l'air qui est nécessaire à sa conservation.

Le second étage est divisé en chambres.

Ainsi qu'il a été dit, les étages au-dessus du rez-dechaussée sont ajourés de fenêtres, qui constituent l'un des motifs principaux de l'architecture des façades. La distinction fondamentale entre les fenêtres d'églises et les fenêtres d'habitations consiste en ce que, dans les vastes vaisseaux des églises, l'aérage est assuré sans que Ton ait à ouvrir les fenêtres; les vitraux sont donc scellés dans les feuillures, tandis qu'aux fenêtres des maisons, il faut généralement des châssis mobiles et des volets qui se rabattent contre les pieds-droits. Pour que ces panneaux pussent jouer librement, la forme rectangulaire des baies était la plus commode. Or, l'absence de blocs assez longs pour faire des linteaux, les idées esthétiques alors en vigueur et l'influence de l'architecture religieuse poussaient les architectes à faire des arcs. De cette double tendance est sorti un compromis :

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le percement est fermé en haut par un arc bombé aussi aplati que possible; dans ce percement, on a logé, vers le dedans, des bancs de pierre qui garnissent les deux côtés de Tébrasement; vers le dehors, et affleurant le parement extérieur, un feneslrage léger, monté sur une allège.

Ce fenestrage est couronné quelquefois, notamment dans les maisons de brique, par de vrais arcs construits, plus souvent par un linteau décoré d'arcs simulés. Une ou deux colonnettes soutiennent, suivant le cas, les ares ou le linteau et partagent la baie. Il importait, en effet, que les vitrages, qui étaient montés sur plomb, ne fussent pas de dimensions trop grandes. Depuis le treizième siècle, et principalement depuis lé quatorzième, les architectes prirent un parti plus franc et substituèrent à ces fenestrages des croisées de pierre, où les meneaux montants étaient coupés par des traverses.

Les escaliers prennent place assez fréquemment dans des tourelles; des moulures ou des lignes de fenêtres disposées en hélice marquent au dehors le mouvement ascensionnel de l'emmarchement. Pour éviter l'encombrement des voies publiques, on logeait parfois l'escalier à l'intérieur jusqu'au premier étage, et à partir du premier étage dans une tourelle posée sur encorbellement. Dans les pays méridionaux surtout, des escaliers extérieurs sont plaqués contre le mur; les marches s'appuient, d'un côté sur ce mur, de l'autre sur un arc rampant d'une ou deux volées {fig. 122).

Les Romains employaient pour le chauffage les cheminées à feu visible et les hypocaustes^ qui étaient assez pareils à nos calorifères. Les hypocaustes restèrent en usage jusqu'au neuvième siècle; mais dès l'époque

FiG. 122. — Escalier du palais de la Audiencia, à Barcelone.

Cliché J.-A. Brutails.

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romane on ne se servait plus^ que des cheminées, dont la forme apparente changea avec le temps. On les multipliait dans les salles les plus vastes.

Les latrines étaient nombreuses, plus que de nos jours : dans certains établissements, chaque habitant avait son siège. Cette coutume s'est maintenue dans des maisons qui ont gardé les traditions d'autrefois, notamment à l'hôtellerie de Montserrat, où chaque clef de chambre ouvre un cabinet.

Les maisons en bois. — Pendant tout le Moyen- Age et dès l'époque romaine, on fit dans nos pays des maisons de bois. Fortunat a laissé une description de domo lignea. Beaucoup de ces constructions ont été la proie des flammes; d'autres se sont effondrées, et il n'en subsiste guère qui remontent au-delà du quinzième siècle. Elles étaient plus nombreuses dans les villes du Nord.

Le rez-de-chaussée est le plus souvent en pierre; audessus, les murs sont remplacés par des pans de bois, qui peuvent avoir été refaits à une date plus récente. La membrure (Jiff» 128) est formée par des pièces de bois assemblées : pièces verticales (montants), pièces horizontales (traverses), pièces obliques, seules (écharpes) ou croisées (croix de saint André)] dans les intervalles, on empilait du hourdis, maçonnerie légère, ou du pisé, fait d'argile légère ; enfin, on revêtait quelquefois le tout d'ardoises, de bardeaux, de panneaux de bois. Ces parois, qui pesaient beaucoup moins que les murs, pouvaient être élevés en porle-à-faux, sur des encorbellements, le premier étage surplombant le rez-de-chaussée et le second surplombant même le premier. On gagnait ainsi un peu de place. Les corbeaux, les sablières, les

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poteaux corniers ou poteaux d'angle, les revêtements recevaient une décoration sculpturale dont on a dit avec raison qu'elle faisait ressembler l'édifice à un immense " meuble. Le rebord très saillant du toit abritait' toute

cette façade fragile.

Les plans de villes. — Ces vieilles maisons déjetées et ventrues, titubant et se bousculant au-dessus des ruelles sombres, donnent l'impression d'un désordre achevé. Une erreur trop répandue fait de cette irrégularité une caractéristique du Moyen-Age : on ne comprend pas celui-ci sans celle-là. Il est vrai que la modicité des budgets ne permettait pas de percer à travers ces pâtés d'immeubles des voies droites et larges, claires et saines, comme nos municipalités modernes en ouvrent avec raison. II est vrai encore que les maîtres d'œuvres, sacrifiant la symétrie parfaitement illogique des façades aux convenances de leur programme, préféraient à une architecture plus solennelle une architecture plus commode, plus vivante et plus vraie. Mais la régularité intelligente et rationnelle n'était pas étrangère aux aspirations de ce temps; cette vérité éclate dans le plan des bastides ou uilles neaoes, dont la fondation est l'un des faits les plus attachants de l'histoire sociale aux treizième et quatorzième siècles.

Sur un emplacement désert ou dans une localité déjà existante, le seigneur créait une ville neuve, à laquelle il octroyait des privilèges pour attirer des habitants. Les plans d'alignement de ces bastides sont des modèles : les dispositions les plus pratiques y sont prises pour le groupement des maisons, pour leur construction économique, pour la localisation des incendies, pour l'emplacement

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FiG. 123. — Ossature d*une maison de bois.

(Extrait du Dictionnaire de VioUet-le-Duc.)

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des édifices publics, église et hôtel-de-ville, pour la facilité de la circulation et Tagrément de la promenade sous les cornières, allées couvertes qui entourent la place centrale. En toute justice, c'est là qu'il faut étudier l'œuvre éd il i taire du Moyen-Ag^e, et non pas dans ces anliques cités, qui sont ce que les ont faites les invasions barbares, les Normands et les guerres féodales.

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