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L ARCHITECTURE MILITAIRE

Considérations préliminaires. — Le tracé des fortifications; Manquement. — Les fortifications en élévation. — Les hourds et les mâchicoulis. — Les fenêtres et les archères. — Les tours. — Les échaugiiettes et les bretèches. — Les portes. — Les abords : fossés, lices, etc. — Les places fortes. — Les donjons et les châteaux. — Conclusion.

Considérations préliminaires. — Depuis la chute de TEmpire romain jusque vers le commencement du onzième siècle, rarchiteclure militaire nous est mal connue : les ouvrages de défense étaient fragiles, souvent en bois, et il n'en reste presque rien. L'étude qui suit porte donc à peu près exclusivement sur les époques romane et gothique. Aussi bien c'est là une période féconde, pendant laquelle la science militaire se transforma : les croisades furent pour nos hommes de guerre de rudes et profitables leçons; le Moyen-Age ne perdit pas de vue, d'ailleurs, l'antiquité romaine : tel seigneur du douzième siècle, pendant qu'il conduisait un siège, étudiait sous sa tente les œuvres de Végèce.

De même que l'architecture civile, Tarchitecture militaire a tiré parti des progrès que réalisait rarchiteclure religieuse. Il est cependant, entre les . églises et les forteresses, des différences qui s'expliquent par la

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2r4 PRÉCIS d'archéologie du MOYEN-AGE.

diversité de leur objet. Par exemple, les ingénieurs militaires qui firent des voûtes gothiques continuèrent à les appuyer sur des murs épais, parce que ces murs devaient résister aux efforts de Tattaque.

Le tracé des fortifications : flanquement. — Ceci nous conduit à formuler quelques considérations indispensables pour rintelligence des dispositifs de l'architecture militaire.

La fortification ne doit pas seulement fournir aux défenseurs d'une place un abri passif, des murs assez hauts pour défier l'escalade, assez solides pour résister au choc des projectiles, à la sape ou à la mine; elle doit aussi faire rendre aux projectiles de la défense leur maximum d'effet.

Le tir naturel du défenseur est dirigé perpendiculairement à la portion du mur qui l'abrite; le tir oblique est difficile et peu efficace. L'ingénieur militaire combine le plan des murailles de telle sorte que le tir normal couvre de ses projectiles tous les abords de la forteresse.

Mais ce tir de face ne peut atteindre le pied même du mur. En outre, il faut prévoir que telle portion du rempart pourra être réduite à l'impuissance. L'ingénieur se préoccupe donc de solidariser les divers points; sur le front, il répartit des saillants suffisamment rapprochés pour s'entr'aider, ayant des vues sur les angles morts et permettant de prendre de flanc l'assiégeanl qui attaque les murailles entre ces saillants. C'est ce qu'on appelle lejlanqnement.

Le flanquement est obtenu, soit par un tracé à ressauts, en lignes brisées, soit plus couramment à l'aide de tours quij, de plus, s'élèvent au-dessus des remparts et

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les dominent. On dénomme courtines les murailles entre les tours.

Les tours peuvent être en saillie sur les fronts, de toute leur profondeur^ ou à cheval sur les courtines.

FiG. 124. — Secteurs privés de projectiles.

(Ce sont les aires couvertes de hachures.)

Quelques-unes sont en arrière des murailles, qu'elles commandent sans les flanquer.

Les tours sont tantôt rondes et tantôt, surtout dans le Midi, rectangulaires ou carrées. Le Nord a délaissé ce plan, pour y revenir au quatorzième siècle. La tour rectangulaire ou carrée ofl*re divers inconvénients : elle donne plus de prise au bélier; elle laisse subsister en avant de ses angles saillants des secteurs privés de projectiles {fig, 124), que son tir normal ne couvre pas, et, de plus, en avant de sa face antérieure, un angle mort (Jig. i25), peu ou point balayé par le tir oblique des courtines. Cet angle mort existe encore, mais réduit, avec les tours rondes. Pour le faire disparaître complètement, on a terminé certaines tours par un bec, par un éperon triangulaire ou en amande, qui présente cet autre avantage de renforcer la tour contre la sape {fig. 126).

Les troupes du Moyen-Age étaient moins disciplinées et moins homogènes que les troupes romaines; les

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2l6 PRÉCIS d'archéologie du MOYEN-AGE.

trahisons et les défaillances étaient plus à craindre. Aussi la défense èst-elle plus fragmentée; la tour est plus ordinairement fermée à la gorge, c'est-à-dire du côté de la place, et coupée des remparts ; elle constitue en soi une petite forteresse.

Les tourelles, qui partent de fond, et les échauguettes

FiG. T25. -r- Angle mort.

(C'est Taire couverte de hachures.)

contribuent dans quelque mesure au flanquement. Ce sont plutôt des postes d'observation.

Les fortifications en élévation. — Voilà pour le tracé en plan. En élévation, les remparts sont des murs assez épais pour que la partie supérieure porte un chemin de ronde, sur lequel la défense trouve place ; le chemin de ronde est protégé par un parapet plus mince. Le gros du mur est formé d'un noyau de blocage. Les revêtements, d'abord de petit appareil, sont de moyen appareil depuis le onzième ou le douzième siècle; le treizième siècle a fait usage aussi {fig* i38) de parements en bossage d'un grand effet. Depuis le règne de saint Louis, dans les fortifications soignées, les lits épais, que la pince du sapeur entame facilement, font souvent place à des lits minces. De plus, on a noyé dans la maçonnerie tantôt de longues poutres et tantôt des arcs de décharge qui apparaissent sur le parement tourné vers la place et dont

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la fonction est de localiser les effets de la sape et de la mine.

L'emploi s'étant répandu des beffrois ou tours de bois roulantes, d'où des ponts-levis s'abaissaient sur les courtines, la hauteur de celles-ci fut fréquemment accrue au treizième siècle et aux siècles suivants. Les canons du quatorzième siècle étaient presque sans effet contre les remparts; leurs boulets de pierre, ballottés dans l'âme des pièces, venaient se briser sur les revêtements. C'est tout au plus s'ils avaient assez de force pour démanteler les parapets ; mais, avec des pièces sans tourillons et de faible portée, il était malaisé de tirer aussi haut.

Les progrès de l'artillerie pendant la guerre de Cent ans, et notamment l'emploi des boulets de fer, entraînèrent des remaniements profonds dans les dispositions de l'architecture militaire; pendant la guerre contre l'Anglais et, plus tard, au cours des luttes contre la féodalité, l'artillerie joua un rôle important. D'où une double conséquence : dans les premiers temps, pendant qu'on maintenait dans les parties hautes de la fortification une portion de l'artillerie, dont le feu plongeant rendait intenables les abords de la place, on logeait dans des boulevards de faible relief des batteries dont le feu rasant balayait les glacis; plus tard, on supprima les batteries élevées et on réduisit la hauteur des fortifications.

Les hourds et les mâchicoulis. — Vers la fin du douzième siècle, ou empatta le bas des murailles d'un renforcement en talus {fig» 127) qui répondait à plusieurs préoccupations : la sape était plus difficile; les projectiles qu'on laissait tomber du haut des remparts

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2X8 PRÉCIS d'archéologie du MOYEN-AGE.

ricochaient et battaient une zone de terrain en avant

FiG. 127. — Tour à pied empatté et à couronnement hourdé.

des murs; enfin, le pied des murailles était reporté dans le plan vertical des mâchicoulis supérieurs.

Voici ce qu'étaient ces jnàcliicoulis. De toute antiquité,

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le parapet de couronnement était crénelé, c'est-à-dire découpé d'échancrures carrées ou créneaux; les pleins entre les créneaux sont dits menions. Constatons en

FiG. 128. — Château de Laval (xiie siècle, avec des fenêtres de la Renaissance.)

(Extrait du Manuel d'archéologie de M. Eolart.)

passant que le créneau est parfois remplacé par une fenêtre, habituellement à linteau (Jiff* i33). Le combattant s'abritait derrière Iç mçrlon; mais pour tirer, il se

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plaçait au créneau, le haut du corps à découvert. On eut l'idée de munir les créneaux de volets qui tournaient sur un gond supérieur disposé horizontalement. Un perfectionnement qui eut plus de vogue consistait à percer des archères dans les merlons. Mais on ne pouvait pas laisser tomber par les archères les blocs et les boulets de pierre et, de plus, ces projectiles couraient le risque de rencontrer dans leur chute quelque aspérité du parement, qui les faisait dévier. Des bas-reliefs assyriens nous montrent que le crénelage surplombait quelque peu la muraille; le Moyen-Age fit plus dans cette voie. D'abord, en haut des murs et du côté de la campagne, il réserva une ou deux rangées de trous; en temps de guerre, on engagea dans ces trous des poutrelles horizontales sur lesquelles on dressait des montants; cette ossature était close de madriers revêtus de peaux fraîches, pour les protéger contre l'incendie, et elle portait un toit, qui s'appuyait au sommet du crénelage. Ces constructions légères s'appellent hoiirds, hourdages. La face antérieure était percée d'archères, et dans le plancher on réservait des mâchicoulis, c'est-à-dire des ouvertuies par lesquelles on accablait verticalement l'assaillant (fiff* 127 et 128).

Certaines forteresses, principalement dans la région de FEst, avaient des hourds à demeure, en pans de bois garnis de torchis. Plus fréquemment, à la file de trous on substitua des rangs de corbeaux, de trois ou quatre assises se surplombant; ces corbeaux attendaient les hourds, que l'on élevait quand il était nécessaire. Plus souvent encore, on adopta ce dispositif bien connu qui consiste à reporter le parapet un peu en avant de la muraille. Qu'on imagine {Jîg. 129), plaqués contre le

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parement, des contreforts dont les pieds plongent dans le talus inférieur des murs et entre les sommets desquels sont jetés des arcs; la tête extérieure de ces arcs sert

FiG. 129. — Mâchicoulis sur conlreforl ; échauguette et bretèche.

d'assiette au parapet. L'inteiTalle entre ces contreforts reste ouvert et forme mâchicoulis.

Ce dispositif, qui apparut au douzième siècle et peutêtre dans le Midi, n'allait pas sans inconvénients; les contreforts divisaient le mur en petits compartiments. On y substitua {fig. i3o) des encorbellements reliés par des arcs, plus souvent, dans le Nord, par des linteaux.

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dont la forme et la décoration fournissent des éléments précieux pour dater les ouvrages.

Ces couronnements à mâchicoulis furent souvent

FiCi. i3o. — Mâchicoulis sur encorbellements. •

abrités sous une toiture, ce qui conduisit {fig* i33) à faire, au lieu des crénelages, des parapets percés de fenêtres, pareils à ceux dont il a été parlé. Enfin, en haut des merlons et des allèges des créneaux {^fig. i3o), on

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ménagea des ressauts et des moulures pour arrêter les flèches qui glissaient le long des parements.

Les fenêtres et les archères. — On ne pratique dans

FiG. i3i. — Archères.

les fortifications que des fenêtres rares et élevées, g('*ncralemenl couvertes par un linteau sous un arc de dé-

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charge et divisées par une colonnette, par un meneau vertical ou par deux meneaux en croix.

Les archères ou meurtrières paraissent avoir été imaginées dans le Midi, au début du douzième siècle. Ce sont {fig- i3i) des fentes, des rainures verticales, par

FiG. 182. — Rainure d'archère et orifice pour arquebuse.

où on lirait l'arbalète ou Tare, qui était Tarme à tir rapide du quatorzième siècle. Le dessin de ces archères sur le parement varia un peu avec le temps : elles «'élargissent par en bas, ce qui augmente Tangle du champ de tir; depuis le début du quatorzième siècle environ, on fit aux archères non plus une, mais trois rainures horizontales {fig. i32), celle du haut servant pour le

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tir à la volée; plus lard, avec les armes à feu, on remplaça Tarchère par un trou circulaire surmonté d'une fente pour la visée {Jig, i32).

A l'intérieur, Tarchère nécessitait, à cause de l'épaisseur du mur, une plongée, d'autant plus inclinée que le but était plus bas^ et un large ébrasement, l'un et l'autre précédés d'une niche. Le tout affaiblissait la maçonnerie, et la fente extérieure signalait au sapeur ce point faible. Dans les tours, on évitait que les archères des divers étages fussent exactement au-dessus l'une de l'autre; la ruine de Tarchère inférieure aurait entraîné la chute d'un pan de mur jusqu'au faîte. Il importait, d'ailleurs, que les meurtrières pussent battre tous les points de l'horizon.

Vers la fin du Moyen-Age, on réduisit le nombre de ces percements, sauf dans les assises basses, où ils servaient à enfiler les fossés.

Les tours. — Ces organes de défense, mâchicoulis, meurtrières, etc., étaient accumulés dans les tours, qui : constituent éminemment la partie active de la fortifica-

tion. Il était de, règle que les tours fussent plus élevées que les courtines. Elles étaient creuses, à cela près que ! les fondations et quelquefois le rez-de-chaussée sont

i massifs, en prévision de la sape et de la mine. Les murs,

[ verticaux et lisses à l'extérieur, peuvent s'amincir en

dedans par ressauts à chaque étage. Même dans les tours cylindriques, les salles sont plutôt carrées ou polygonales, ce qui facilite et le tracé des niches pour les archères et la construction des voûtes.

. Depuis le douzième siècle environ, les voûtes sont

! de règle dans les étages bas. On trouve des coupoles

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jusqu'à une époque assez avancée. Toutefois, les voûtes les plus communes sont le berceau en plein-cintre ou brisé et ensuite, principalement pour les étages élevés, la voiite d'ogives comportant autant de branches que la salle avait de colés. Les ogives sont de section très simple, sur colonnettes ou sur culs-de-lampe, et la clef est

FiG. i33.

Fortifications à double crénela«'e.

souvent percée d'un œil pour le montage rapide des munitions.

On entrait généralement dans les tours, non point au niveau du rez-de-chaussée, mais depuis les courtines ou bien depuis un étage des bâtiments voisins.

Les communications entre les étages des tours se prêtaient à nombre de petites combinaisons : quelquefois, la liauteur de la tour était divisée en deux parties, isolées l'une de l'autre. A ce point de vue, rarchiteclure ini-

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lilaire du Moyen-Age s'est inspirée de deux méthodes successives : d'abord, on préféra les communications difficiles, les échelles mobiles que le défenseur pouvait enlever lorsqu'il se retirait dans les étages hauts, les couloirs étroits, coudés, aboutissant à des précipices; plus tard, renonçant à ces menues chicanes, on adopta un parti plus franc, et on construisit des escaliers permettant aux défenseurs de se porter aisément sur les points menacés.

Ces escaliers sont dans l'épaisseur des murs ou dans une tourelle accolée à la tour et qui peut monter plus haut que celle-ci, afin de fournir un poste d'observation. Souvent l'escalier est brisé aux divers étages ; j'entends par là qu'il fallait traverser les salles et se faire reconnaître. D'abord couverts d'un berceau en hélice grossièrement maçonné, les escaliers sont ensuite formés de marches dont le dessous, taillé avec soin, même avec un certain luxe, reste apparent et forme plafond au-dessus des marches inférieures.

Certaines tours ont des étages souterrains, cachots, glacières, citernes ou fosses de latrines. Quant aux oubliettes où on aurait jeté les prisonniers avec l'intention de les y oublier, les meilleurs archéologues et les plus perspicaces n'en ont jamais vu.

De grosses tours du quinzième siècle {fig» i33) ont un premier chemin de ronde couvert, avec parapet à fenêtres et à mâchicoulis, au-dessus, un étage un peu plus étroit et, au-dessus encore, un second parapet, ce dernier découvert et, naturellement, dépourvu de mâchicoulis.

Les tours furent longtemps abritées par une simple terrasse. Quand on fit les tours à poivrière, de si jolie silhouette, les toits de ces tours furent posés soit en

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arrière du parapet, soit sur le parapet, qu'ils débordaient quelque peu.

Les échauguettes et les bretèches. — Enfin, les murailles se hérissaient d'échauguettes et de bretèches : Yéchaaguette {jig> i34) est une guérite légère, un bout

FiG. 134. — Echauguetle

de tourelle posé sur un encorbellement ou sur un contrefort et destinée à recevoir un guetteur. On appelle bretèches {Jîg. 129) des logettes évidées par le bas en mâchicoulis et plaquées contre le parement au-dessus d'un point faible, fenêtre ou poterne. Il faut quelquefois une certaine attention pour ne pas les confondre avec les latrines. Echauguettes et bretèches avaient aussi des

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archères qui leur permettaient de concourir au flanquement.

Les portes* — Les portes étaient Tune des parties les plus soignées de la fortification : Ting-éniosité des constructeurs y luttait avec la ruse des assiégeants. Des chefs célèbres, comme Du Guesclin etMontluc, ont enlevé des places en s'emparant par surprise de la porte.

Dans les forteresses de peu d'importance, la porte est souvent à hauteur du premier étage et desservie par une échelle à main. Dans les villes, dans les grands châteaux, l'emplacement et les défenses de la porte sont étudiés avec une extrême attention.

Elle est protégée par des ouvrages avancés, puissamment flanquée et très forte par elle-même. C'est un couloir étroit, bas, allongé, où sont amoncelés les obstacles. Des chaînes sont tendues en travers du passage. La herse, connue de l'antiquité, fait sa réapparition ; elle glisse dans une rainure qui empêche qu'elle ne sorte de son plan vertical ; on la monte à Taide d'un treuil ; elle s'abaisse par son propre poids; montée ou baissée, elle est fixée par des verrous. Dans la voûte du couloir, des mâchicoulis sont percés pour assommer les assaillants. Enfin, une ou plusieurs paires de vantaux se rencontrent d'habitude, maintenues fermées par de grosses barres de bois qui glissent horizontalement dans l'épaisseur du mur. Pour que ces vantaux puissent tourner sur leurs gonds et se rabattre contre les murs latéraux du couloir, il est nécessaire que celui-ci, en arrière de la baie, soit plus élevé ou profilé autrement que la baie elle-même. Depuis la fin du treizième siècle, l'arc qui couvre la baie extérieure est plus bas de naissance.

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De bonne heure, on utilisa les ponts-levis pour fermer les portes. En avant de la porte, le fossé bien souvent s'élargissait : une ou plusieurs piles portaient le pont : du côté de la campagne, pont dormant, léger et facile à enlever en cas d'alerte ; du côté de la place, pont-levis.

FiG. i35. — Porte fortifiée.

Ce pont-levis était actionné d'abord par un treuil ; depuis le quatorzième siècle à peu près, on préféra les ponts-levis à bascule, avec de longs leviers, qui étaient horizontaux quand le pont était abaissé ; pour le relever, on tirait à force de bras sur la partie postérieure des leviers; elle tombait, pendant que la partie antérieure, se relevant , s'engageait dans des rainures verticales , entraînant le tablier, qui venait fermer la baie.

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FiG. i38. — Tour de l'Inquisilion et lices, à Carcassonne.

(Extrait du Guide à la Cité de Carcassonne, de M. Pierre Foncin.)

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Les équipes chargées de servir la herse, les mâchicoulis et le treuil du pout-levis se tenaient dans une ou plusieurs salles étagées au-dessus du couloir.

FiG. i36. — Porte et barbacane.

Les portes étaient pratiquées parfois à travers une tour carrée {fig> i36), plus souvent entre deux tours

YiSs. 187. — Porte fortifiée.

rondes {Jig* 137). Ces deux tours et la porte peuvent constituer une place indépendante , capable de se défen-

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dre par ses propres moyens. La Porte Narbonnaise de Carcassonne, Tun des plus beaux ouvrages du treizième siècle, était munie de fours, en prévision d'un siège.

Les abords : fossés, lices, etc. — La valeur d'une forteresse était accrue par sa situation, par les mouvements du terrain en avant des murailles. Dans la mesure du possible, on choisissait pour l'assiette de la place une position naturellement forte, défendue par des escarpements ou des cours d'eau. Au surplus, des travaux rendaient l'accès des murailles aussi difficile que faire se pouvait, et des obstacles artificiels amortissaient l'élan de l'attaque : c'était le tracé sinueux de chemins, exposés au tir de la place ; c'étaient des tranchées, ou des terrassements étages, ou mieux des fossés, simples ou doubles, revêtusy c'est-à-dire maçonnés, ou non revêtus, pleins ou secs. On appelle escarpe le talus intérieur du fossé, et contre-escarpe le talus extérieur. Tantôt un chemin de ronde circulait entre la muraille et Fescarpe, et tantôt le pied du mur, formant escarpe, plongeait dans le fossé.

Les crêtes des terrassements pouvaient être plantées de palissades, de chevaux de frise ^ pieux effilés et durcis, contre lesquels l'assaillant devait se blesser. Lices désigne ces barrières et aussi l'espace compris entre les barrières et le mur. Dans certaines places très fortes {fiff- iSS), les barrières étaient remplacées par un mur plus bas que la muraille principale ; les lices étaient alors une enceinte extérieure. Inversement, ou peut citer des villes closes de barrières en bois et qui n'avaient vraisemblablement de fortifications maçonnées qu'aux portes.

Les ingénieurs militaires construisirent des ouvrages avancés : bastilles, barbacanes. La bastille est plutôt un

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fortin détaché, destiné à diviser FefFort des assiégeants; la barbacane {fig . i36) se relie au fronts qu'elle couvre sur un point vulnérable ou d'importance particulière : une porle, la tête d'un pont. On en fit de volantes, qui étaient de simples levées de terre, des épaulements; on en fit de permanentes, en pierre et mortier. Elles affectaient ordinairement la forme de tours très grosses et très basses, de bastions.

Les places fortes. — L'importance des forteresses était des plus variables, depuis la tour à signaux des Pyrénées, dont la garnison se composait de un ou deux hommes et un chien, depuis le moulin défendu ou la maison forte, que des murs un peu épais, un crénelage et quelques bretèches mettaient à Tabri d'un coup de main, jusqu'au monastère qu'entourait une enceinte crénelée et flanquée de tours, jusqu'à la ville fermée, jusqu'au grand château.

Sur le littoral méditerranéen, presque toutes les localités et bien des fermes isolées étaient fortifiées et ont eu à se tenir en garde, au dix-neuvième siècle encore, contre les razzias des pirates barbaresques. Ailleurs, les troubles épouvantables de la guerre de Cent ans et des guerres de religion ont couvert certaines provinces de fortifications improvisées. L'église — surtout l'église romane votitée, avec ses murailles vigoureuses et son clocher massif — était un refuge tout indiqué : on organisa entre voûte et toit un étage de défenses ; on mura des fenêtres; on jucha des bretèches au-dessus des portes et des échauguettes au sommet des contreforts. Tel clocher avait un capitaine.

Au début du Moyen-Age, les forteresses étaient pres-

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que exclusivement des villes; la féodalité éleva nombre de châteaux forts; quand elle eut disparu, la fortification s'appliqua, de nouveau, à défendre les villes.

Les places systématiquement organisées comprennent deux ou plusieurs enceintes, qui se commandent de l'intérieur vers l'extérieur . L'enceinte intérieure est dominée par un réduit, citadelle, donjon.

Les donjons et les châteaux. — Les donjons sur motte de la période latine étaient des tours carrées en bois, élevées sur des éminences formées de main d'homme. Autour du donjon une enceinte de palissades protégeait la basse-cour et les dépendances du logis seigneurial.

Le donjon roman maçonné coexiste, au onzième siècle, avec des donjons de charpente : il est quelquefois circulaire, cylindrique ou rarement tronc-conique; plus souvent il est quadrilatère et renforcé de contreforts {fig* 139), soit à peu près carrée soit rectangulaire et accompagné d'une tourelle également rectangulaire, qu^ renferme la porte d'entrée et l'escalier. Ce sont les types de ces donjons de la Loire, dont le spécimen le plus ancien connu est le donjon de Langeais, attribué à Foulque Nerra et aux dernières années du dixième siècle.

Le douzième siècle tâtonna à la recherche d'un plan rationnel pour les donjons : l'un des plus curieux essais est le donjon d'Etampes, qui consiste en une tour à quatre lobes et qui date de 11 3o environ.

Un peu avant 1200, Phihppe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion imprimèrent à l'art de la défense et de l'attaque des places une vigoureuse impulsion. Philippe-

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FiG. 189. — Château du xi« siècle. — Reconstitution du château d'Arqués.

(Extrait du JfJictiqnnaire de Viollet-le-nuc.)

Auguste s'arrêta à un (ype de donjon cylindrique, très solidement maçonné et voûté sur toute sa hauteur. Château-Gaillard, au-dessus des Andelys {fig^ i4o), élevé par Richard en 1196-1197, est Tune des constructions les plus célèbres de cette période. La position est formidable; un ouvrage avancé protège la forteresse du côté où elle est le plus accessible; en arrière, vient le château proprement dit, formé d^une double chemisé ; la chemise intérieure est ondulée; on dirait, en plan, des tours de saillie médiocre presque juxtaposées; à cheval sur cette enceinte est le donjon, muni d'un éperon et armé de mâchicoulis sur contreforts, Château-Gaillard fut pris en i2o4 par Philippe-Auguste, à la suite d'un siège mémorable.

Dans cette évolution de l'architecture militaire, les mottes artificielles disparurent; la place et la figure du donjon variaient : il était quelquefois polygonal, plus souvent carré, flanqué ou non de tourelles, et surtout circulaire. Quant à la chemise de pierre dont on enveloppait le réduit central, elle prenait une plus grande importance. Le doujou devenait un ouvrage accessoire ; dès le treizième siècle, certains châteaux en étaient dépourvus. Le plan de l'enceinte était tracé de façon à profiter des accidents du terrain. En plaine, il tendait à décrire un quadrilatère régulier, muni de tours sur les angles et quelquefois sur les faces, notamment près de la porte.

A Coucy (i 223-1 23o) {fig* i40? l'enceinte, très ample, englobe des bâtiments élevés contre les remparts; le donjon intercepte les courtines et porte à 55 mètres le crénelage qui couronne sa masse imposante.

Le Nord revint parfois, durant le quatorzième siècle,

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FiG. i4o. — Chuleau du temps de Philippe-Auguste. — Ghâleau-Gailhard.

(Extrait du Dictionnaire de VioIlel-le-Duc.)

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aux donjons carrés; tel celui de Vincennes, qui est flanqué de tourelles partant de fond.

Sous le règne de Charles YI, le frère du roi^ Louis d'Orléans, éleva quelques forteresses puissantes, comme Pie r refonds, dans lesquelles l'enceinte tient un rôle de plus en plus prépondérant. Le château féodal n'était plus, comme à Torig-ine, un repaire, une tour forte accompagnée des constructions rigoureusement indispensables; c'était un logis seigneurial disposé pour la défense, un palais fortifié.

Après la guerre de Cent ans, les progrès de l'autorité royale d'une part, les perfectionnements de l'artillerie de l'autre, ne laissaient de place qu'aux châteaux de plaisance, où les encorbellements de faux mâchicoulis ne servaient plus qu'au décor. Le Moyen-Age avait pris fin.

Conclusion. — Son architecture militaire avait été digne de f:on architecture religieuse. Coucy ne fait pas moins d'honneur qu'Amiens aux générations du treizième siècle. Viollet-le-Duc, qui avait du beau une idée quelque peu utilitaire, préférait les châteaux aux cathédrales. Le fail est que, dans la création d'une forteresse, l'architecte déploie autant d'ingéniosité et montre une logique plus rigoureuse; le programme s'imposait trop impérieusement au constructeur militaire pour lui permettre de suivre sa fantaisie. Son raisonnement pénètre, ordonne les masses; son esprit lumineux et sa volonté donnent une [»hysionomie aux façades, ces visages de pierre, comme l'âme, cet architecte du corps, rayonne sur nos visages de chair. Nulle part ne s'affirment aussi fortement les qualités de cette France du Moyen-Age,

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FiG. i4i. — Château du xiiio siècle. — Coucy.

(Extrait du Dictionnaire de VioUet-Ie-Duc.)

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2^0 PRÉCIS d'aRCHÉOT-OGIE DU iMOYEN-AGE.

dont on ne saurait sans injustice méconnaître la grandeur robuste et la niàle énergie.

Il faut bien le dire aussi, les forteresses féodales sont belles de Tapre beauté des sites qu'elles occupent, belles de la g-loire des souvenirs qu'évoquent en nous ces témoins d'une incomparable histoire. Et c'est en partie pour cela que ces rudes constructions nous émeuvent à régal des plus splendides manifestations de l'art.

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