‹ Précis d'archéologie du moyen âgeChapitre 22 sur 135 · ARCS ET VOUTES · texte numérisé non relu

ARCS ET VOUTES

Les constructeurs des églises latines, qui avaient une- prédilection pour l’arc, reculaient, nous le savons, devant la difficulté que présente la voûte : la caractéristique essentielle de leurs œuvres est l’absence d’un voûtement sur la nef principale. Quelques églises à une seule nef étroite, quelques édifices dont

Fig. a8. — Détail de l’église de Marquet (Catalogne).

(D'après (les croquis de M. Puig y Cadafalch.)

les conditions de stabilité étaient particulièrement propices furent voûtés de bonne heure : telles les cryptes, resserrées, basses, épaulées par le sol, dans lequel elles sont généralement enfoncées. Toutefois, d’habitude et pour les basiliques surtout, pour les églises à trois nefs, on se contentait de charpentes.

L’examen des textes ne laisse aucun doute à ce sujet : Victor Mortet a fait observer que les documents signalent au onzième siècle et vers la fin du dixième, la substitution de la pierre au bois dans la construction, et, pouvons-nous ajouter, dans la couverture des édifices. C’est l’un des faits les mieux établis de notre histoire monumentale. Voici comment un chroniqueur raconte que saint Guillaume (q* 812) éleva une église : « Il entreprit les fondations, dressa les murs, posa le toit. » Ce récit pourrait s'appliquer très exactement à l’érection de presque tous les monuments religieux latins.

Mais les églises sans voûtes sont beaucoup moins durables ; elles résistent très mal aux flammes. La génération qui a précédé

L ARCHITECTURE RELIGIEUSE LATINE

la nôtre a pu voir, par deux sinistres fameux, combien différemment se comportaient dans un incendie une église voûtée et une église non voûtée. En i836, les charpentes de la cathédrale de Chartres furent consumées, sans que le gros oeuvre souffrît sensiblement; tout se passa au-dessus des voûtes. En 1823, lorsque la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome, fut la proie des flammes, la charpente écroulée forma un vaste brasier au pied des colonnes, qui éclatèrent, entraînant l’église tout entière.

C’est peut-être pour arrêter la propagation du feu, pour localiser le désastre que des constructeurs, notamment dans les pays méditerranéens, jetèrent en travers des nefs, des arcs portant un pignon sur lequel reposait la toiture.

De bonne heure on voûta la tête de l’édifice : l’abside, où les murs plus stables recevaient des poussées plus faibles, le chœur, peut-être le transept.

L’emploi des piliers facilitai! la construction des voûtes sur les collatéraux : du côté de la nef, les piliers, chargés par les maçonneries supérieures et par les toitures, résistaient à la médiocre poussée de ces voûtes basses et, du côté extérieur, il était aisé de donner aux murs une surépaisseur suffisante. Les voûtes des bas-côtés sont des voûtes d’arêtes sans doubleau. Les doubleaux ne se rencontrent guère à l’époque latine, sauf sous les voûtes de plan polygonal, où les raccords des intersections sont dissimulés derrière ces nervures saillantes.

Ainsi la voûte gagnait toute l’église, et peu à peu la formule romane succédait à la formule latine dans la construction des basiliques.

Les supports isolés. — Le support isolé que l’on préférait pendant l’époque latine est la colonne, laquelle est maintes et maintes fois citée dans les textes. Les monuments romains, exploités comme des carrières, ne fournirent bientôt plus que des colonnes dépareillées ; il fallut scier des fûts trop longs, monter suides socles des fûts trop courts. Charlemagne employa encore, à Aix-la-Chapelle, des colonnes antiques venues de Ravenne:

Page 1