LES MURS ET LES BAIES
depuis longtemps, les constructeurs moins influents ne pouvaient plus tirer des édifices en ruines les supports des grandes arcades de leurs nefs : les uns, nous le savons par les documents, taillèrent des colonnes neuves; les autres bâtirent des piliers.
Le pilier pré- roman habituel est de section carrée, de proportions légères. Mais il faut s’attendre à voir, notamment à la rencontre de la nef et du transept, des piliers dont le plan dessine une croix, comme il convient aux supports qui reçoivent les retombées de quatre arcs.
Le pilier, dans certaines églises, alternait avec la colonne : un pilier, une, deux ou plusieurs colonnes, un pilier, etc. Ce pilier pouvait être un bout de mur parallèle à l'axe ou, dans le cas d’arcs transversaux portant la couverture, perpendiculaire à ce même axe (Jig . 24, à gauche). À vrai dire, la dernière forme est, pour l’époque latine, hypothétique.
Des colonnes étaient aussi quelquefois associées au pilier, combinées avec lui pour constituer un support : colonnes pleines, simplement adossées; colonnes engagées qui font corps avec le pilier et qui sont montées par assises en même temps que lui.
11 arrive que la saillie de l’imposte est cantonnée sur la face du pilier correspondant à l’épaisseur, à la profondeur de l’arc; elle ne fait pas retour d’équerre sur les faces voisines. C’est une note d’archaïsme, qui persiste d’ailleurs au onzième siècle.
Les murs et les baies. — Les murs sont de petit appareil, parfois rayé d’assises de briques. Des textes ont signalé, notamment au septième siècle, des murs de moyen appareil comme une exception. Les contreforts sont rares; c’est par erreur que les architectes du dix-neuvième siècle en ont ajouté à Germigny, à Sainl-Géneroux et à Saint-Front de Périgueux. Contreforts aux murs, colonnes engagées ou pilastres aux piliers, doubleaux sous les voûtes, l'introduction systématique de ces membrures dans la construction doit être considérée comme une note de l'art roman.
Les murs sont plus légers et les percements plus simples
l’arciutecture religieuse latine.
à l’époque latine qu'à l’époque suivante. Les portes n’ont pas l’ébrasement profond et les ressauts multiples qu’elles devaient présenter plus tard.
Tour-lanterne; iconostase. — - Au-dessus du carré, la rencontre des charpentes du vaisseau principal avec les charpentes du transept entraînait des complications et des difficultés. Ce doit être l’une des raisons pour lesquelles les architectes de la Gaule prirent, dès le cinquième siècle, l’habitude d’élever sur ce point, en matériaux légers, une tour qui était apparemment une tour-lanterne. On appelle de ce nom une tour posée sur un toit, ouverte du bas, de façon à répandre de la lumière dans l’intérieur. La tour-lanterne éclairait le sanctuaire et désignait de loin aux fidèles l’emplacement de l’autel où étaient célébrés les saints mystères.
On estime que, dans nos pays, ces tours étaient ordinairement en bois. Néanmoins les charpentes et la couverture développaient une pesée inquiétante pour la stabilité de l’arc triomphal, sur lequel portait l'un des côtés de la tour. Aussi les constructeurs remplacèrent-ils parfois cet arc par un mur transversal ajouré de baies, qui rappelle l’iconostase des églises orientales (fig. 25). Lesdites baies étaient étroites, elles étaient basses, double raison de solidité. Ou bien, comme à Germigny, partant de ce principe que plus un arc est bas sur ses pieds-droits et plus il est stable, on adopta, comme dit, Choisy, « ce singulier arrangement qui fait partir la souche de la tour de l’intérieur de l’édifice ».
Principes et origines de la décoration. — Les architectes ont à choisir entre deux principes pour la décoration de leurs œuvres : ou bien la décoration accuse les moyens de construction et met en valeur les grandes lignes de l’édifice, ou bien elle cache ces lignes et dissimule ces moyens. Le premier principe est celui de la Grèce antique et de la bonne époque du Moyen Age; le second était adopté par les Romains lorsque, sur les maçonneries qui font tant d’honneur à leurs ingénieurs, ils