‹ Précis d'archéologie du moyen âgeChapitre 28 sur 135 · LES ARCS · texte numérisé non relu

LES ARCS

donnent, bien à tort, e nom d’ogive. Nous verrons ce qu est en réalité l’ogive. L’arc brisé est formé de segments qui se réunissent sous un angle plus ou moins aigu et dont les centres sont d’ordinaire sur la ligne des naissances. Dans chacun des segments, les lits" sont normaux à la courbe ; en d’autres termes, ils convergent vers le centre. Le joint placé habituellement au sommet, à la pointe de l’arc, est vertical.

; Ce tracé offre au moins deux avantages appréciables. En premier lieu, il n’y a pas, comme dans le plein-cinlre, de rapport nécessaire entre la flèche et l’écartement des naissances ; le constructeur peut porter la clef au niveau qu’il désire. Soit (fig. 35)

trois arcades A, B, C, la seconde plus large que les autres; si j les couvre toutes trois par des arcs en plein-cintre, les deux baies plus petites encadreront mal la plus grande; l’inégalité sera atténuée si, au-dessus des plus étroites, je décris un arc aigu tel qu’elles soient aussi hautes que la plus large.

En second lieu et surtout, qu’on veuille bien se rappeler ce qui a été dit ci-dessus de la poussée des arcs : dans l’arc en plein-cinlre, le segment qui développe le plus de poussée est le cerveau, qui avoisine la clef, par exemple (Jig- 3b) de /V à B; ce

L ARCHITECTURE RELIGIEUSE ROMANE

segment, l’arc brisé le supprime; il reporte B D en A C; en un mot, il prend du plein-cintre les portions les plus stables, il les rapproche et les combine.

Choisy a expliqué de façon saisissante les causes de cette stabilité de l’arc brisé. Soit un arc brisé (Jï g. 36) : la partie supé-

Fig. 36. — La poussée dans l’arc brisé.

Heure A B peut être, assimilée à un coin, dont l'effort sera d’autant plus efficace que l’angle A O B sera moins ouvert; si les plans O A, O B sont presque horizontaux, les pesées ne les écarteront pas; ces mêmes pesées suffiront à chasser les claveaux et à renverser l’arc, si les mêmes plans O A, O B s’approchent de la verticale.

En somme, plus l’arc est élancé et moins la poussée est forte. 11 est vrai que la hauteur de l’édifice est accrue d’autant et, avec elle, le cube des maçonneries; mais, dans la plupart des cas, cette augmentation est amplement compensée.

On fit d’abord suivant le tracé brisé les arcs qui travaillent Je plus : les grandes arcades entre nef et bas-côté, par exemple, et on donna en dernier lieu cette forme aux arcs plus petits et moins sujets à se déformer, comme les arcs des fenêtres. Il en résulte que lorsqu’une église sert de base à un clocher, les arcs de l’église peuvent être brisés, tandis que les baies du clocher, plus récentes cependant, conservent le plein-cintre.

Dans les arcs romans, qu’ils soient brisés ou non, l’extrados est concentrique à l’extrados : l’extradossement en escalier est

PARTICULARITÉS DE CONSTRUCTION DE CERTAINS ARCS. 5g

très rare au Moyen ,\ge. Quant aux arcs plus épais à la clef qu'aux naissances, nos ouvriers n’en faisaient pas, et les quelques édifices méridionaux où on en remarque doivent être l’œuvre de maçons lombards.

Le tracé de l'arc en mitre n’est pas perdu. Comme précédemment, il sert surtout à la décoration.

Particularités dans la construction de certains arcs. — Les

principes qui ont été énoncés plus haut (p. 16) concernant la stabilité des arcs expliquent les dispositions particulières de certains arcs romans.

Nous savons qu’un arc est moins solide quand il est large ou quand il est juché sur des pieds-droits élevés. L’arc triomphal et les autres arcs encadrant le carré du transept étaient particulièrement difficiles à équilibrer lorsqu’ils portaient le poids d’une tour centrale. On a imaginé plusieurs combinaisons destinées à diminuer la poussée ou à mieux la contenir. Quelquefois, notamment en Auvergne, on a bandé l’arc triomphal fort au-dessous de la voûte : entre celle-ci et celui-là, le mur qui rejoint l’un à l’autre peut être évidé d’une série de baies. Nous avons déjà noté (p. 46), à l’époque latine, un dispositif de ce genre dans l’église de Germigny.

Cette nécessité de résister à la surcharge provenant du clocher élévé sur la travée d’avant-chœur a conduit à d’autres expédients, qui peuvent modifier profondément cette partie de l’église : étranglement des arcs, construction d’arcs longitudinaux destinés à porter les murs de flanc de la tour, lorsque celle-ci est moins large que l’église, etc.

Considérons maintenant la coupe en long d’une église à transept : la grande arcade correspondant au débouché du bras sur le carré, haute, large, développe une forte poussée qui constitue un danger pour les arcades voisines. Aussi des architectes ont-ils fai t celles-ci plus étroites que les au très, ou bien ils y on I introduit un arc à mi-hauteur, un remplage, une garniture quelconque qui maintient les piliers.

L’architecture romane, qui augmentait dans l’édifice l’im-

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portance de l’ossature, ne pouvait pas manquer de renforcer les arcs quand il était nécessaire, de les faire à doubles rouleaux. Seulement, là comme partout, elle affirmait ses moyens : au lieu de donner aux deux rouleaux une même épaisseur, de sorte que les têtes de l’un et de l’autre fussent dans le même plan ( fig . 7), le maître d’œuvre composait ces arcs d’un rouleau plus profond et d’un autre moins profond, qui doublait intérieurement le précédent, à la façon d’un doubleau sous un berceau (Jîg. 37).

Les voûtes en berceau. — La supériorité statique de l’arc brisé le fit appliquer de bonne heure, apparemment dès la lin du onzième siècle, aux voûtes eu berceau.

Les berceaux romans n’étaient pas compris comme tels berceaux romains, qui étaient des remblais de blocage, formés parfois de strates horizontales; les maîtres d’œuvre n’avaienl

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