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LA DÉCORATION ROMANE

Les sources d’inspiration. — La grammaire décorative. — L’iconographie. — Les caractéristiques des saints. — La sculpture. — La peinture. — La marqueterie et les incrustations. — Les supports. — Les chapiteaux. — Les percements. — Les corniches.

Les sources d’inspiration. — On dit avec raison que l’art chrétien est éminemment symbolique : « Il nous montre une chose et nous invite à en voir une autre. » Sous le caprice apparent de la forme, il cache parfois une pensée et une leçon. M. É mile Mâle a développé cette thèse en un beau livre sur l'Art religieux du treizième siècle en France, qu’on lirait pour le charme de son style, quand même il n’abonderait pas en aperçus ingénieux et féconds.

Mais, comme M. Mâle, nous devrons nous rappeler que l’invention artistique et l’exécution ont leurs exigences : alors que saint Bernard s’est élevé contre l’inanité de tant d’œuvres vides de sens, ce serait une erreur étrange de voir, avec certains archéologues, une allégorie et une idée dans tous les détails d’un édifice. Le fait est que l’architecte se préoccupait avant tout de réaliser en une œuvre durable le programme qui lui était imposé et que bien souvent l’ornemaniste cherchait uniquement une décoration satisfaisante.

Nous avons donc à nous défendre contre deux excès contraires : nous avons à nous garder à la fois de méconnaître systématiquement le symbolisme dans l’art roman et d’en voir là où les vieux artistes n’ont pas songé à en mettre. Nous devons faire le départ, difficile mais indispensable, entre la fantaisie pure, qui se contente d’agencer les lignes en des combinaisons agréables à l’œil, et l’enseignement par la décoration.

LA GRAMMAIRE DECORATIVE.

La vérité est que, souvent, le symbolisme s’est attaché après coup à des formes, à des dispositions qu’il n’avait pas inspirées. Guillaume Durand, évêque de Mende (f 1296), a dit^par exemple, que « le toit est la mansuétude divine couvrant la multitude des péchés, les poutres du plafond représentent les prédicateurs soutenant le dogme et les tuiles du toit figurent les chevaliers protégeant la vérité ». Ce sont des jeux de l’esprit bien inoffensifs, pourvu qu’il soit entendu que, si l’architecture a fait un toit, des poutres, des tuiles, c’est pour abriter l’édifice et non pour figurer la mansuétude divine, les prédicateurs ou les chevaliers.

De même, certains dessins décoratifs purement profanes ont pris après coup une signification morale : deux oiseaux se désaltérant dans une coupe sont un motif oriental ; des imagiers en ont fait un symbole de l’Eucharistie.

Pour la simple ornementation, l’époque romane puisa aux mêmes sources d’inspiration que l’époque latine : elle imita l’art romain ; elle copia les dessins des étoffes orientales et les diverses productions de l’art industriel du Levant et fit, par exemple, des lions ou autres quadrupèdes portant un signe sur la cuisse; elle reproduisit des motifs d’origine barbare.

Il faut, au sujet de ces derniers motifs, se prémunir contre l’impression d’archaïsme qui s’en dégage : les entrelacs, par exemple, se trouvent dans nombre d’œuvres dont l’attribution à la période romane avancée est incontestable.

D'autres ornements sont dus à l’imagination souvent gauloise des imagiers romans, dont la verve maintes fois brava l’honnêteté en des œuvres où on chercherait en vain une intention morale.

La grammaire décorative. — Si nous analysons toute celte ornementation, pour dresser ce (pie l’on appelle la grammaire décorative de l’art roman, nous notons, parmi les plus habituels, les éléments suivants ( Jlg . ôf), dont les derniers sont obtenus par la stylisation des plantes.

L ARCHITECTURE 11ELIGIEUSE ROMANE.

A, les perles, ordinairement employées pour rehausser des

galons ou des feuillages;

B, les nattes;

C, les câbles et les torsades;

D, les pointes de diamant ou têtes de clous, petites pyramides

carrées ;

E, les étoiles ;

F, les dents de scie;

G, les dents d’engrenage ;

H, les festons;

I, les imbrications ;

K, les besants, petites pièces rondes et plates;

L, les damiers;

M, les bit telles;

N, les frettes crénelées;

O, les chevrons ou bâtons brisés, tores ou cavets conduits en

zig-zag ;

P, les grecques ou méandres;

Q, les rosaces à quatre pétales ou plus;

R, les feuilles d’eau larges et grasses, à la différence des feuilles

de refends, lesquelles sont découpées;

S, les rinceaux, formés d’une tige ondulée qui jette alternati-

vement des pousses dans un sens et dans l’autre ; les patinettes, les fleurons, etc.

L’iconographie. — Lorsque l’artiste, non content de plaire aux yeux, voulait instruire, lorsqu’il songeait à ces illettrés dont un texte bien connu de 1026 dit qu’ils lisaient dans les images, il avait à sa disposition une inépuisable variété de sujets.

Vraiment, les artistes de ce temps ont traité par le ciseau et par le pinceau toute une encyclopédie. Pour la revue qu’il a faite de leurs productions, M. Mâle a suivi le plan adopté par Vincent de Beauvais dans son Grand Miroir : miroir de la nature ou étude des œuvres de la création; miroir de la science ou tableau des diverses occupations de l’homme, les travaux manuels, qui, accompagnés des signes du Zodiaque, composent des

LA. GRAMMAIRE DECORATIVE.

I'ig. 5i. — Motifs do décoration romane.

l'aRCHITECTURE RELIGIEUSE ROMANE.

calendriers délicieux, les sept arts du trivium et du quadrivium ; miroir moral, représentation des vertus et îles vices; enfin et surtout, miroir historique, histoire sacrée et histoire profane de tous les temps.

Naturellement, le Moyen Age a exprimé toutes ces notions telles qu’il les portait en son cerveau. Dans ce cycle des connaissances humaines se mêlent des observations justes, une poésie sincère et des erreurs en partie léguées par l’antiquité, des légendes dont la végétation exubérante étouffait quelque peu la véri lé scientifique.

Les Bestiaires introduisaient dans le règne animal des espèces fabuleuses : le basilic, coq terminé en saurien, était né d’un œuf de vieux coq couvé par un crapaud; l’aspic, sorte de dragon, tantôt reptile et tantôt quadrupède bas sur pattes et à queue de serpent, se laissait désarmer par les chants; le griffon était un quadrupède ailé à tête d’aigle; la sirène, une femme finissant en queue de poisson: la licorne, quadrupède à une corne, ne pouvait être prise que par une vierge, etc. L’espèce humaine elle-même s’enrichissait de variétés que les anthropologistes modernes ne connaissent pas : les hommes à pied de cheval, les hommes à un seul pied énorme, lesquels, couchés sur le dos, se servaient de ce pied unique en guise de parasol.

C’est surtout dans l’histoire que s’affirme la tournure d’esprit des artistes. Non seulement ils ramènent tous les événements à l’histoire sainte; mais encore, entre l’Ancien et le Nouveau Testament, ils établissent un parallélisme constant, de sorte que chacun des faits de l’Ancienne Loi appelle et figure un fait de la Loi Nouvelle; l’histoire de l’humanité tout entière converge vers l’Évangile.

Il convient d’ajouter que le récit un peu bref du Livre saint s’était amplifié de nombreux récits légendaires : avec les Évangiles authentiques et les vies des saints, la foi populaire acceptait les Évangiles apocryphes et des recueils naïfs, comme la Légende dorée, due à Jacques de Yoragine, dominicain et archevêque de Gênes (f 1298), de même que, dans un autre ordre

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