LES CARACTÉRISTIQUES DES SAINTS
d'idées, les lais et fabliaux prenaient place, dans l’esprit de nos pères, à côté des plus graves chroniques.
Cette littérature, tour à tour aimable ou grandiose, consolante ou terrifiante, peintres et sculpteurs l’ont traduite en d’innombrables œuvres historiées, c’est-à-dire en représentations de scènes. Car tel est le sens du mot histoire. Au quatorzième siècle, dans le cloître de la cathédrale de Pampelune, un sculpteur français signa comme suif une Adoration des Mages :
« Jaques Perut fil cest estoire. »
Jacques Péril l a sculpté cette scène.
Les caractéristiques des saints. — Or, toutes ces histoires étaient soumises à des règles conventionnelles, dont l’ensemble forme comme le code de V iconographie. Ainsi, les saints personnages ont un nimbe, qui est, pour les trois personnes divines, timbré d’une croix. A Dieu et à la Vierge est réservée l’auréole, qui enveloppe le corps tout entier. On appelle Dieu de majesté le Christ assis et bénissant dans une auréole. Ne sont représentés nu-pieds que Dieu, les xAnges, saint Jean-Baptiste, les Apôtres, les Évangélistes et parfois les Prophètes.
En outre de ces attributs génériques, chaque saint est reconnaissable à sa caractéristique personnelle.
La caractéristique des Evangélistes et des principaux parmi les Apôtres est bien connue : l’bomme ailé pour saint Mathieu, le lion ailé pour saint Marc, le veau ailé pour saint Luc, l’aigle pour saint Jean. Ces caractéristiques sont parfois représentées sans les Evangélistes et groupées autour du Dieu de majesté, l’ange au-dessus du lion et l’aigle au-dessus du bœuf. Saint Pierre et saint Paul ont un type constant, qui a été conservé par les bulles de plomb dont étaient scellés partie des documents de la chancellerie pontificale : saint Pierre, figure courte, barbe et cheveux crépus, porte les clefs; saint Paul, front haut, barbe en pointe, porte l’épée. Saint Jean l’Lvangélisle tient un livre ou un calice d’où sort un dragon; saint André, une croix qui, depuis le quatorzième siècle, est oblique.
86 l’architecture religieuse romane.
On sail l’attribut de saint Antoine, un porc; de sainte Barbe, une tour; de saint Benoît, un corbeau ou une clochette rompue ; de sainte Catherine, une palme, qui lui est commune avec tous les martyrs, et une roue brisée; sainte Cécile joue d’un instrument de musique; saint Christophe est un géant qui a le Christ sur ses épaules; saint Denis tient dans ses mains sa tête coupée; saint Étienne a comme attribut les pierres qui servirent à le lapider; saint François d’Assise, les stigmates et un loup ; sainte Geneviève a en main un cierge allumé que le démon cherche à éteindre; saint Georges, à cheval, perce le dragon; saint Jean-Bapliste est reconnaissable à son agneau ; saint Laurent, à son gril ; sainte Marthe est près d’un dragon; saint Martin, à cheval, partage son manteau ; Moïse porte les tables de la Loi; saintSébaslien est percé de flèches. Les façades de quelques églises de l’Ouest présentent un cavalier foulant aux pieds de son chevalun personnage ; c’est Constantin.
Les Vertus étaient plutôt figurées par des femmes portant des attributs et les Vices par l’acte même qui les caractérise : la charité tient un écusson sur lequel est une brebis; une femme qui remplit son coffre désigne l’avarice; un chevalier, l’épée au poing et sur l’écu duquel est un lion, représente le courage; un homme fuyant devant un lièvre, la lâcheté. Toutefois, cette règle est loin d’être absolue; c’est ainsique la luxure est quelquefois une femme dont les seins sont dévorés par des reptiles.
Il faut, semble-t-il, comprendre dans l’iconographie les traditions d’atelier, certaine manière de traiter les différents sujets, qui fait qu’on reconnaît immédiatement ceux-ci quand une fois on les a vus. Voici un homme barbu, à quatre pattes, portant une femme sur sou dos : c’est Aristote cédant à une fantaisie de son amie. Cet autre, suspendu dans une corbeille, c’est Virgile, qui se faisait bisser par sa belle jusqu’au domicile élevé de cette dernière et qu’elle a laissé à mi-chemin pour servir de risée aux badauds de Rome. Un homme porte-t-il la main à la joue, ce geste exprime la douleur. Des lignes ondulées indiquent l’eau. Ce personnage qui s’élève et disparaît