LA SCULPTURE
derrière un nuage est Jésus montant au ciel. Lorsque plusieurs représentations sont superposées, la première est en bas.
Si nous voulons comprendre les églises dp Moyen Age, il faut nous familiariser avec les idées qui sont comme les âmes de ces corps de pierre. Nous serons payés de nos peines par l’évocation d’un monde merveilleux : tous ces personnages jetés à profusion sur les façades cesseront d’être pour nous des œuvres d’une technique trop, souvent insuffisante; ils prendront un nom ; ils s’animeront sous nos yeux, pour devenir les acteurs et les héros des drames les plus poignants et des plus touchantes légendes dont l’esprit de l'homme se soit jamais ému.
La sculpture. — Voilà pour l’objet de la décoration. Comme procédés, elle avait à sa disposition la sculpture, la peinture murale, la peinture sur verre, les carrelages.
Nous savons que l’époque latine avait à peu près renoncé à la figure humaine ; la statuaire fit sa réapparition dans le Midi et le Plateau central; la Normandie n’y revint que très tard. Parmi les sculptures romanes de ce genre, la première dont la date soit connue est un linteau de porte à l’église bénédictine de Saint-Génis-des-Fonlaines ( Pyrénées-Orientales), lequel paraît copié d’un reliquaire et remonte à 1020-1021.
Quel que soit le moyen mis en œuvre, de quelque matière et de quelque outil qu'il dispose, l’ornemaniste roman se soumet à des principes de bon sens, communs à toutes les grandes écoles d’art : il ne demande à ses procédés que ce qu’ils peuvent donner; en outre, son œuvre étant une partie de ce tout (pii est l’édifice, sa tâche est subordonnée à la pensée directrice du maître d’œuvre.
Prenons le statuaire roman. Il manie péniblement son ciseau cl il le sait; aussi ne songe-l-il pas à tailler des cariatides comme celles de l’Erecbtéion ; il renonce presque aux statues isolées ei de plein relief, (pii sortent du cadre et coupent les lignes de l’architecture; il aime surtout à modeler des effigies plaquées sur un fond (Jig. 66). Jamais il ne fera un de ces bas-
l’arciiitecture religieuse romane.
reliefs à plans multiples, où les sculpteurs modernes dépensent tant d’habileté pour obtenir de si médiocres résultats.
Au surplus, même quand il est heureusement doué, le tailleur d’images roman est et reste un élève; il ne sait pas voir par lui-même, ni interroger la nature, qui livre à ses fidèles observateurs les canons de la beauté. Il reproduit les œuvres antérieures, où il trouve des sujets stylisés tout prêts; il imite spécialement les enluminures. Ainsi s’expliquent plusieurs particularités de ses productions : dans la décoration, les rubans montrant alternativement l’envers et l’endroit; dans la statuaire, les retroussis en coup de vent des vêtements, peutêtre les plis concentriques (Jig. 72). Ce sont des combinaisons naturelles au dessinateur ou au coloriste et que le sculpteur a dû emprunter à des peintures, en partie aux miniatures dont les manuscrits du temps étaient enrichis.
Ses personnages manquent de proportion : quelquefois ridiculement courts, plus souvent démesurément allongés. On voit même les dimensions des diverses parties du corps augmenter à raison des difficultés que l’imagier éprouve à les rendre ; il fait alors des magots sans ventre affligés de têtes énormes ou de mains qui n’en finissent pas.
Les draperies, raides et timidement traitées, avec des plis trop réguliers et peu profonds, ne ressemblent pas à ces vêtements des bonnes époques, qui, sous leurs étoffes souples, laissent deviner le nu : elles emprisonnent le corps aussi rudement que les armures de plates de la guerre de Cent Ans.
Et cependant, malgré cette ignorance du métier, telle est la puissance de l’idée que plusieurs, parmi les sculptures romanes, sont, par la force dramatique de la mise en scène, par la grandeur farouche de l’expression, de véritables chefs-d’œuvre.
Quelques ornemanistes romans ont recouru à des applications de stucs gaufrés.
La peinture. — Le type de l'église romane, avec la multiplicité de ses membrures, se prête moins que celui de l’église latine à l’emploi de la peinture. Néanmoins, la décoration pic-