L\ DIVERSITÉ DES ÉGLISES ROMANES
l’église romane
La diversité des églises romanes. — Les écoles d’architecture romane. — Écoles régionales et écoles monastiques. — Enumération des écoles régionales. — L'école provençale. — L’école poitevine. — L’école auvergnate. — L’école des églises à coupoles. — L’école bourguignonne. — L'école rhénane. — L’école normande. — L’école française.
La diversité des églises romanes. — Nous venons de décomposer l’église romane, d’en faire l’analyse; il nous reste à voir comment ces éléments s’agençaient, à faire la synthèse de cette église. Le résultat varie suivant les dates eL suivant les écoles.
Les périodes successives du style roman sont beaucoup moins distinctes que celles du style gothique. L’art du onzième siècle est, de toute évidence, plus archaïque, plus imprégné de traditions latines que l’art du douzième; mais il est, chez nous, difficile de préciser en quoi consiste cet archaïsme. Nous sommes moins heureux en France qu’en Catalogne, par exemple, où on peut étudier isolément l'architecture de chacun de ces deux siècles.
Le jour où on entreprendra d’élucider ce problème, il faudra procéder à une enquête particulière pour chaque régiou, attendu que les progrès ne se sont pas manifestés partout à la même date ni dans le même ordre. On peut dire, du moins, que le onzième siècle fut, et pour la construction et pour la décoration, une époque de formation et de tâtonnements : un édifice où la formule romane est franchement et largement appliquée, des aies brisés, une sculpture habilement traitée, un pastiche réussi de l’antique ne peuvent guère être antérieurs à la fin du onzième siècle.
l’aRCHITECÏURE REL1CIEÜSE ROMANE.
Les écoles d’architecture romane. — Arcisse de Caumont avait noté que les édifices d’une même contrée présentaient dans l’ornementation des ressemblances et comme une parenté; c’est ce qu’il appelait « la géographie des styles ». De son côté, Quicherat tenta une classification méthodique, basée sur des caractères subordonnés : profil de la maîtresse voûte, épaulement de cette même voûte par les voûtes latérales, présence ou absence de doubleaux, etc.; il plaçait, par exemple, dans le même ordre toutes les églises à berceau plein-cintre, quels que fussent et leur situation géographiqe et l’ensemble de leurs caractères. Les deux systèmes renferment une part de vérité : Quicherat avait raison de donner le pas à la voûte et à ses butées sur la décoration ; par contre, les vues de Caumont sur le groupement par région étaient on ne peut plus justes. On a donc fondu les deux idées : il est admis aujourd’hui qu’il existe des écoles régionales d’architecture caractérisées surtout par des préférences pour tel ou tel système de voûtement.
Nous connaissons les causes qui ont entraîné cette variété : morcellement de la France féodale en provinces qui vivaient repliées sur elles-mêmes, difficulté des voyages et des transports, insuffisance des dessins pour la progagation d’un style; le programme architectural imposé à chaque région par des traditions propres et par les nécessités du climat était réalisé à l’aide des ressources locales en matériaux, mises en œuvre par le génie des habitants.
Dès l’antiquité, on constate, dans l’architecture des diverses parties de l’Empire, des différences provinciales, comme des dialectes dans une langue; ces variantes s’accusèrent avec le temps; elles prirent corps au douzième siècle, donnant naissance aux écoles romanes.
Les cadres dans lesquels ces écoles se constituèrent n’étaienl pas d’ordre politique ou religieux, mais plutôt économique : les rapports de souverain à sujet, de suzerain à vassal n’étaient guère que des abstractions de droit et n’entraînaient pas de relations effectives et d’échanges d’idées. Il ne faut pas, non plus, exagérer en ces matières l’influence des divisions ecclésiasti-