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LA CONSTRUCTION GOTHIQUE

Le principe : ogives, doubleaux et formerets. — Les modifications du plan. — La voûte. — La voûte sexpartite. — La souplesse de la voûte gothique. — Ses complications. - La charpente et la couverture. — Les supports isolés : piliers et colonnes. — Les contreforts et les arcs-boutants. — L’appareil des supports; les fondations. - L’arc brisé et ses variétés. — Les arcs à plusieurs rouleaux. — Les portes, les fenêtres et les roses. — Les murs; larmiers et corniches. — Les clochers.

Le principe : ogives, doubleaux et formerets. — La voûte gothique dérive de la voûte d’arêtes. Nous savons que, dans la voûte d’arêtes, la coupe des arêtiers présente des difficultés; l’idée vint sans doute à quelque maçon de dissimuler les arêtes sous une nervure diagonale, qui servît de couvre-joint. Les archéologues ont une tendance exagérée à voir partout un calcul de statique : les nervures, doubleaux et autres, peuvent servir à autre chose qu'à équilibrer les poussées. Sous des berceaux dont l’axe est une ligne brisée, sous des voûtes en bois, dont la stabilité est assurée sans renfort, et plus près de nous, dans les revêtements en faïence du Métropolitain parisien, il est des membrures qui ont pour but de faciliter le raccord des nappes de voussoirs. En fait, il faut observer que, dans l’Ile-de-France, les nervures réputées les plus anciennes, celles du déambulatoire de Morienval et quelques autres fort archaïques, ont une queue par laquelle la nervure s’accroche aux maçonneries de remplissage; dans ces exemples, la voûte retient la nervure, au lieu d’être soutenue par elle. De très bonne heure, les constructeurs, adoptant une formule plus ingénieuse, firent des nervures sur lesquelles reposèrent les quartiers de la voûte et (pii renforcèrent celle-ci; d’où le nom d'ogive, (pii dérive de augere, augmenter, renforcer.

1 34 l'architecture religieuse gothique.

Deux ogives s’entre-croisant à la clef forment une croisée cl' ogives.

Un poète du treizième siècle, Nicolas de lirai, écrit de Philippe-Auguste qu’il est

Calholice fidei validas defensor el ogis.

L'ogive cle la foi se comprend, si l’on admet que l’ogive est une nervure portante, une armature de la construction ; on ne saisit plus si l’ogive est une forme d’arc. Depuis longtemps, depuis le dix-septième siècle, ogive est pris parfois dans le sens d’arc brisé. Le Dictionnaire de V Académie a, pour la première fois en 1 835, accueilli ce contre-sens, auquel l’autorité de Gaumont a donné un bien fâcheux essor.

Les ogives, ou nervures diagonales, accompagnaient des doubleaux, ou nervures transversales, qui faisaient saillie sous le creux de la voûte, et des fonnerets ou nervures longitudinales, insérées dans les murs latéraux pour dissimuler la rencontre de la voûte avec ces murs, comme les premières ogives servaient à dissimuler la rencontre des quartiers de voûte. Ogives, doubleaux et fonnerets constituent l'ossature; les panneaux de remplissage de la voûte purent être amincis el faits de pierre plus légère. Ces 'diverses modifications entraînèrent deux conséquences immédiates heureuses : d’abord, les pesées furent moindres; ensuite, elles furent localisées; l'ossature les reçoit à la façon d'un appareil de charpente, d’un cintre permanent, et les transmet à des supports et à des culées. Le constructeur suit ces pesées, il les surveille tout le long de leur parcours. Il sait comment il doit les combattre : ici, des piliers portent les pesanteurs verticales et là, des contreforts annulent les poussées obliques. Existe-t-il des bas-côtés : le constructeur rejette les culées en dehors des collatéraux et il applique, aux points des murs de la nef oû les poussées s’exercent, des arcs-boutants qui saisissent ces poussées el les transportent par-dessus les bas-côtés jusqu’à ces culées.

Tout le monde a eu l’occasion de voir des constructions industrielles dans lesquelles une armature en fer porte des pan-

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