LA VOUTE
coup plus basses encore pour les formerets. On donna donc à l’ogive une forme plutôt surbaissée, ordinairement celle d’un arc de cercle dont le centre était au-dessous des naissances,
Fig. 79. — Voûte sur croisée d’ogives.
tandis cpie doubleaux et formerets furent faits en arc brisé et souvent surhaussé. Toutefois, les ogives continuèrent à monter un peu plus haut que les autres nervures; les voûtes furent bombées et les quartiers de remplissage déversèrent sur les doubleaux et sur les formerets une partie de leur'poussée.
On voit souvent dans l’Ouest cl le Sud-Ouest des voûtes gothiques de plan carré où le bombement est très accentué : ces voûtes, que l’on appelle quelquefois d’un nom assez malheu-
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE GOTHIQUE
reux voûtes dômicales, sont issues de la coupole. On a signalé ce type de voûte dans de très vieilles églises de l'école languedocienne. L’action de la coupole dans l’architecture gothique mériterait d’être mieux étudiée.
Les panneaux de remplissage posés sur la croisée d'ogives étaient minces et facilement déformables. Aussi l’ensemble de la voûte était-il pris jusqu’aux reins dans un bâti de blocage, qui contient ces constructions légères.
LA SOUPLESSE DE LA VOUTE GOTHIQUE. 1 3g
La voûte sexpartite. — Nous avons vu (p. 71) que certaines écoles romanes, entre autres l’école rhénane et l’école normande, préféraient aux files de piliers pareils des piliers alternativement plus forts et plus faibles. C’est vraisemblablement cette disposition qui entraîna les architectes à faire sur la grande nef des voûtes sexpartiles ( fig . 80 et 12U). On appelle ainsi des voûtes d’ogives ordinairement sur plan carré, qui comprennent, en outre des deux ogives diagonales habituelles, une troisième ogive transversale. Je dis : une ogive transversale, et non pas : un doubleau, parce que celte nervure est placée sur une arête saillante, à la façon des ogives. Cette variété de voûte, qui nécessitait un support plus faible, pour l'ogive transversale, et un support plus vigoureux, pour les ogives diagonales et pour le doubleau, s’adaptait aux piliers alternés : ceux-ci appelaient celle-là. Il est possible que la voûte sexpartite ait été imaginée en Normandie et se soit de là répandue dans les autres provinces.
Elle présente des inconvénients : la portée et la flèche des ogives diagonales sont exagérées; de plus, ces ogives masquent les murs latéraux. Dès la fin du douzième siècle, on préféra la simple croisée d’ogives sur plan barlong.
La voûte sexpartite est une de ces combinaisons qui témoignent de la facilité avec laquelle l’ogive se prête aux exigences de la construction. Quelques églises champenoises ont des voûtes à huit branches d’ogives sur la nef ou à cinq sur les bascôtés. Mais c’est surtout dans le déambulatoire que l’ogive satisfait aux programmes les plus inattendus.
La souplesse de la voûte gothique. La croisée d’ogives ordinaire appliquée à une travée de déambulatoire détermine, ori le comprend, quatre compartiments inégaux ( fig. SI A). Quelquefois, pour prévenir celte inégalité, on a fait sur plan rectangulaire les travées de déambulatoire, entre lesquelles on logeait des triangles ( fig . 81 B) : c’est un très vieil expédient, auquel recourut déjà l’époque carolingienne. Dans certains cas, le plan vertical dans lequel les ogives sont construites est courbe {fig. 81 G), ou bien il est brisé à la clef {fig. 81 D).
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE GOTHIQUE
Sur le déambulatoire double de Notre-Dame de Paris, ou a établi, non pas des croisées d’ogives, mais des ogives simples qui portent des panneaux triangulaires ( fig . 81 E). Dans d’autres
églises, où les chapelles rayonnantes sont aussi nombreuses que les travées du déambulatoire, une seule voûte abrite la travée de déambulatoire et l’abside contiguë {fig. 81 F).
Rien n’est plus attachant que de suivre l’effort du premier siècle gothique à la recherche d’un plan de chevet, logique et simple, qui dirige les nervures et les poussées vers les organes de butée.
Les complications de la voûte gothique. — La voûte gothique peut comporter, outre les ogives, doubleaux et formerets, des nervures secondaires, liernes et liercerons {Jig. 82 et 83), dont voici l’origine. Les panneaux de remplissage de certaines voûtes sont appareillés de telle sorte que les files de voussoirs sont, en projection, perpendiculaires aux ogives et s’enchevêtrent au sommet des voûtaius (fig. 82)-, dans les voûtes même où ces fuseaux sont perpendiculaires aux arcs d’encadrement, savoir aux doubleaux et aux formerets {Jig. 79), il est difficile de les faire se rencontrer exactement à la ligne de faîte. Le
Fig. 8i. — Voûtes diverses sur le déambulatoire.