LES SUPPORTS ISOLÉS : PILIERS ET COLONNES
dépourvus des moyens d’évacuation directe. Cet avantage n'est pas négligeable, car sur les noues et sur ces chéneaux, qui se vident mal, les eaux croupissent, les neiges séjournent et les infiltrations sont à craindre.
Par contre, un seul toit, à pentes raides, quand il est large, atteint une hauteur excessive et nécessite une charpente très coûteuse.
D’autre part, au-dessus des bas-côtés, le toit en appentis gêne pour le percement des fenêtres (fig. 87, à gauche). Un toit à deux eaux suppose, du côté de la nef, un chéneau allant du transept à la façade. Pour avoir, de distance en distance, des caniveaux transversaux qui amènent les eaux aux gargouilles ou aux tuyaux de descente, on établit sur chaque travée de collatéral un toit en pavillon, à quatre eaux.
En résumé, le constructeur gothique est tiraillé entre plusieurs solutions en ce qui concerne les toits. Il fait des combles immenses abritant les trois vaisseaux; il fait sur les bas-côtés, soit des toits en appentis plat, de structure romane, avec arbalétriers et pannes, soit d’autres toits en appentis plus légers et de système gothique, à chevrons portant ferme, soit des toits à deux eaux, soit enfin des toits en pavillon.
Les couvertures gothiques sont de matériaux divers. Elles peuvent même, dans certaines contrées, comprendre des tuiles à rebords, à la romaine.
Les supports isolés : piliers et colonnes. Les piliers gothiques n’ont pas tout à fait la même fonction ni la même forme que les piliers romans : la construction gothique permettant de manier les forces que la voûte dégage, on oppose l’une à l’autre les poussées, qui se résolvent en pesées verticales; on décompose les pressions en pesanteurs, qui sont reçues par les piliers, et en poussées, qui sont dirigées vers les contreforts. Il en résulte (pie le pilier peut être d’une légèreté impressionnante (fig. 88) : la charge qu’il porte ne !c renverse pas; sous l’effet de cette charge, le pilier peut tout au plus s’écraser ou se déformer, flamber. On prévient l’écrasement par l’emploi de
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE GOTHIQUE
pierres très résistantes et le flambement par l’utilisation judicieuse des pleins : ainsi, quand il existe un triforium sans profondeur ( ficj . 126 et 128), les arcs par lesquels il s’ouvre sur la nef entretoisent les piliers et les empêchent de fléchir dans le sens de la longueur, tandis que le mur de fond forme avec le pilier une pièce armée et renforce celui-ci contre un fléchissement dans le sens de la largeur.
La forme des piliers gothiques est variable. Quelques-uns sont de simples colonnes. On a fait vers 1200, à Notre-Dame de
Paris, par exemple, des piliers dont la partie inférieure est une colonne de diamètre médiocre, qui s’élève jusqu’à la naissance des grandes arcades: le faisceau des colonnettes commence a ce niveau. Un supportainsi compris gêne peu la circulation ; néanmoins, en règle générale, les colonnettes partent du sol.
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Le nombre et la répartition de ces colonnettes sont commandées par la voûte, et le pilier gothique se complique de membrures destinées à recevoir les nervures, ogives, doubleaux et formerets. Mais quand un progrès se manifeste dans la voûte, il se peut, nous le savons, que les conséquences logiques n’apparaissent pas immédiatement dans le support (voy. p. 70); c’est pour cette raison que les colonnettes des premiers piliers gothiques ne sont pas plantées normalement et de biais sous les ogives.
Fig. 90. — Pilier de la cathédrale de Toulouse.
(Extrait des Monuments de Toulouse, de Jules de Lahondès.)
Les colonnettes sont habituellement montées par assises en même temps que le pilier. Il est des édifices où elles consistent en de longues pierres en délit, reliées de loin en loin au noyau par une assise plate qui dessine une bague ( fig . 89). Ces colon-
l’architecture religieuse gothique.
nettes en délit ont un petit nombre de joints de lit, l’épaisseur du mortier tient une faible partie de leur hauteur totale et elles sont peu compressibles; elles jouent le rôle de raidisseurs.
Le pilier cylindrique à quatre colonnes engagées est assez fréquent au douzième et au treizième siècles. D’habitude, le nombre des colonnettes est plus élevé.
Poursuivant une évolution commencée pendant l’époque romane, le plan du fût des supports, pendant l’époque gothique, ressemble de plus en plus au profil des membrures qu’ils soutiennent. Le quatorzième siècle fit des piliers en losange décou-
Fig. 91. — Élégissement possible des supports.
pés de nombreuses colonnettes minces, qui répondaient aux nervures et aux moulures de ces nervures. Le jour vint où, parvenu au terme de cette transformation, le support, dans quantité de monuments, perdit son .chapiteau et prolongea exactement les nervures et les arcs.
11 n’est pas rare cependant que la section du support soitplus