LES CONTREFORTS ET LES ARCS-BOUTANTS
poussée; si on le place plus haut ou plus bas, il chasse l'édifice au lieu de le consolider. Comme il est difficile de déterminer ce point avec précision, les maîtres d’œuvre ont bâti, au lieu d’un arc simple, un arc surmonté d’un tympan maçonné ( fig . .94 et l'2U), ou bien deux arcs solidarisés par des étrésillons {fig. 96) ; il sutlit que l’ensemble du système soit posé à la hauteur de la poussée.
En second lieu, lorsque l’arc-boutant était en place, il élail exposé à être détruit : il pouvait se relever et se briser à l’extrados; il pouvait pivoter à la naissance et se renverser vers l’extérieur. Le relèvement était combattu, soit par le poids du tympan ou de l’arc supérieur relié à l’arc inférieur de façon à le charger, soit, dans les derniers temps, par la construction d’un second arc renversé, la concavité vers le haut, superposé et opposé au premier {fig. 97).
Au renversement on obviait en lestant la naissance de l’arc
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE GOTHIQUE
par une surcharge, qui était plus efficace quand elle était en surplomb sur le parement interne de la culée ( Jig . 96).
Si l’espace à franchir était trop considérable pour une seule volée, on faisait deux volées savamment équilibrées sur une pile intermédiaire, qui pouvait, elle aussi, être en porte-à-faux sur le pilier inférieur ( Jïg . 128).
L’appareil des supports; les fondations. - 11 va de soi que toute cette structure gothique, pour résister aux forces qui la travaillent, doit être exécutée avec intelligence et avec soin. Elle est élastique; on laisse entre les divers membres de la construction un peu de jeu, de façon qu’un léger mouvement d’une maçonnerie trop fortement chargée puisse se produire sans qu’une rupture en résulte nécessairement. Les plans des lits sont parfaitement dressés. D’autre part, la multiplicité des nervures augmente l’importance de la mission confiée au tailleur de pierre : les appareilleurs gothiques étaient remarquablement habiles, et les travaux de ces obscurs ouvriers provoquent encore l’étonnement des techniciens les plus compétents.
Des édifices en briques se rencontrent dans les contrées où la pierre est rare. A Toulouse et dans la région, l'emploi de cette matière a eu pour conséquence un retour au tracé de l’arc en mitre, parce que la brique, également épaisse à ses deux bouts, ne se prête pas à la construction de l’arc normal.
On prenait, en outre, de grandes précautions pour éviter les tassements. Les appuis sont élevés sur des fondations bien appareillées, largement empattées et solidarisées par des murs souterrains, longitudinaux et transversaux, qui forment un vaste radier maçonné ; ce radier peut être posé lui-même sur un massif de béton.
Dans quelques édifices, on a négligé ces substructions très coûteuses; ailleurs, elles sont faites avec un véritable luxe. Le dernier et définitif historien de la cathédrale d’Amiens a pu écrire que les fondations de cette splendide église, « aussi colossales que le monument lui-même..., n’en sont pas une des moindres merveilles ».
l’arc brisé et ses VARIÉTÉS.
L'arc brisé et ses variétés. — Les pleins dont nous venons de nous occuper délimitent et encadrent les vides que nous allons étudier; les deux questions se tiennent étroitement.
L’arc brisé, que certains appellent tiers-point, déjà connu dans certains chantiers romans, ne tarda pas à devenir, dans les chantiers gothiques, d’un usage constant ; seules, quelques provinces continuèrent à tracer concurremment l’arc brisé et le plein-cintre. Il est plusieurs sortes d’arcs brisés, et certaines formes furent préférées pendant certaines époques. Je me
borne à signaler : l’arc en lancette ( Jig . 98 A), arc brisé suraigu, dans lequel les centres sont pris en dehors de la corde; l’arc construit sur un triange équilatéral (fig. 98 B), arc brisé dont les centres sont aux extrémités de la corde; l’arc en tierspoint proprement cY\l(Jîg. 98 C), arc brisé dont les centres par-
Fig. 98. - — Arcs brisés.
Fig. 99. — Arc trilobé.
lagent la corde en trois parties égales; l’arc trilobé (Jig. 99);
1 58 l’architecture religieuse gothique.
l aïc brisé composé on à quatre centres ( Jig . 100) et l’arc en
accolade {JUj . 101) qui sont fréquents, l’un et l’autre, dans les
dernières productions gothiques. L’arc en accolade forme généralement une fausse architecture; au-dessous, un arc de tracé plus plat, par exemple en anse-de-panier, clôt réellement la baie.
Les arcs à plusieurs rouleaux. — Quelle que soit leur forme, les arcs gothiques sont habituellement composés de deux ou plusieurs rouleaux, dont l’épaisseur va en augmentant vers l’extrados de l’arc {fuj. 37). Une telle multiplicité d’arcs s’emboîtant l’un daus l’autre a pour but d'accroître la résistance;