LES MURS ; LARMIERS ET CORNICHES
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l’importance des appuis continus, c’est-à-dire des murs, au profit des appuis isolés, c’est-à-dire des piliers et des culées d’arcs-boutants. De bonne heure, une surface verticale nue répugna aux maîtres d’œuvre : ils tapissèrent les parements intérieurs d'arcatures aveugles, grâce auxquelles les murailles inertes participèrent, du moins en apparence, à la force active de l’ossature.
Fig. io3. — Larmier gothique.
Le larmier gothique ( fig . 103) a un profil parfaitement approprié à sa fonction : c’est un bandeau incliné formant revers d’eau et creusé par-dessous d’une gorge qui arrête les ruissellements.
La corniche fut profondément modifiée vers la fin du douzième siècle. La corniche romane avait pour fonction d’éloigner du parement du mur le rebord du toit qui la surplombait. Dans les édifices gothiques soignés {fig- 100), l’égout du toit n’arrive pas jusqu’à l’aplomb du parement; la saillie, moins considérable, de la corniche est obtenue, non point par une tablette sur corbeaux ou sur arcature, mais par une gorge, plus ou moins haute; la corniche porte un chéneau, bordé d’un garde-fou en forme de balustrade. Le chéneau déverse ses eaux dans des gargouilles horizontales, qui sont, autant que possible, placées loin des murs, à la tête des contreforts ou des culées d’arcs-boutants.
Pour conduire les eaux pluviales jusqu'à ces culées, on utilisa
l'architecture religieuse gothique.
le chaperon qui garantissait la maçonnerie de l'arc-boutant contre les infiltrations; à cet effet, on creusa le chaperon d’une rigole qui, prenant les eaux dans le chéneau, les conduisit jusqu’aux gargouilles (Jïg. 128).
(Croquis de M. Gervais fils, architecte.)
Malgré toutes les précautions prises pour éloigner les gargouilles des plans des parements, la chute des eaux dégradait les murs. Les constructeurs gothiques recoururent quelquefois aux tuyaux de descente en plomb.
Les clochers. — 11 n‘y a pas, durant la période gothique, un type de clocher exclusivement admis : telles tours sont octogones, comme ces curieux clochers du Languedoc, bâtis en briques et dont les fenêtres sont couvertes d’arcs en mitre; telles, notamment dans la Normandie et la Bretagne, sont carrées sur toute leur hauteur; il en est que couvre un toit en
LES CLOCHERS
bâtière, et d’autres, surtout dans l’Est et en Champagne, dont le toit à quatre noues est posé sur le§ pignons qui terminent les quatre faces de la tour.
Ces divers clochers ont des caractères communs d’élancement et de légèreté. Ce sont les clochers romans perfectionnés, devenus plus hardis sous la main de constructeurs plus habiles; plus ornés aussi et souvent moins robustes et moins imposants.
Il est un type de clocher qui feut un grand succès pendant la période gothique : h souche carrée et à flèche octogonale très aiguë, relevée de nervures on boudin qui sont profilées sur les arêtes et souvent sur les pans de la pyramide. On conjecture que ce clocher dérive du clocher roman limousin, dans la composition duquel se retrouvent les gables qui décorent le clocher de Vendôme, le Clocher vieux de Chartres ( fig . 105), etc. Les proportions changèrent entre la flèche et la tour : la flèche représente plus de la moitié de la hauteur totale dans les beaux clochers du douzième siècle, elle est relativement beaucoup plus petite dans les clochers du quinzième. La flèche du Clocher vieux de Chartres mesure, d’après Viollet-le-Duc, 6o mètres sur 102, près des trois cinquièmes; elle ne mesure guère plus d’un tiers au Clocher neuf.
La nécessité de prévenir l’effet de l’ébranlement causé par les sonneries a inspiré aux constructeurs des premiers clochers gothiques des combinaisons quelquefois étranges, qui consistent ordinairement à consolider la tour par des arcs entre-croisés : arcs au-dessus d’une coupole, arcs bandés sous une coupole, etc. Quand on étudie la construction et le voûtement des clochers, il importe de ne pas perdre de vue le programme tout spécial qui, dans celte partie de l’église, s'imposait à l’architecte. Ainsi s’expliquent, par exemple, la largeur et la force des ogives sous clocher.
Les haies de la tour sont, depuis le treizième siècle, en arc brisé; les percements sont de plus en (dus larges et souvent, depuis le quatorzième siècle, garnis de meneaux. Les trompes, qui permettent de passer du carré à l'octogone, sont chargées
l’architecture religieuse gothique.
par des clochetons d’angle, ou bien par des édicules qui comprennent essentiellement une fenêtre encadrée de colonnettes et surmontée d’un gâble développé ( fig . 105, à droite).
Vers la fin du gothique, la tour est munie de galeries à balustrades, de fenêtres multiples, de superfétations dont les lignes se contrarient. Fréquemment, les clochers, restés inachevés, attendent encore leur flèche. Lorsque la flèche a été construite, elle peut être maintenue au pied par des arcs-boutants légers qui s’appuient sur les clochetons. Elle peut être également percée d’ajours, à tel point que les panneaux, entre les nervures des arêtes, ne sont plus qu’une claire-voie. Les spécimens de ces clochers du gothique finissant sont, en outre de la tour Saint-Jacques à Paris, dépourvue de flèche et commencée en i5o8, le Clocher neuf de Chartres (fig. 105, à gauche), élevé par Jean Texier, de i5o6 à i5i3, et le clocher de Strasbourg, chefs-d’œuvre d’habileté, mais qui nous étonnent plus qu'ils ne nous satisfont.
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LA DÉCORATION : MODIFICATIONS FONDAMENTALES. l65