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LA DÉCORATION GOTHIQUE

La décoration : les modifications fondamentales. — La sculpture décorative. — La statuaire. — La peinture. — Le vitrail : la technique. — Le vitrail : l’évolution. — Les marqueteries et les incrustations. — Les nervures et lés arcs. — Les supports, les chapiteaux et les bases. — Les corniches.

La décoration : les modifications fondamentales. — Pendant l’époque gothique le fond de la tradition iconographique resta ce qu'il était durant l’époque romane ; les principes fondamentaux ne pouvaient pas être, ils ne furent pas atteints. Il se produisit néanmoins des changements très appréciables et dans les idées et dans les types et dans les moyens d’expression.

L’évolution générale de la pensée religieuse et de la civilisation eut son contre-coup dans la décoration : à mesure que l’esprit des hommes s’ouvrait sur le monde extérieur, la froideur de l’idée abstraite fit place à la chaleur douce et insinuante du sentiment et de la tendresse; l’art fut moins théologique et plus humain. Le treizième siècle délaissa l'Apocalypse ; il donna ses préférences à des scènes touchantes, comme le couronnement de la Vierge, où Jésus, remonté au ciel, pose le diadème sur le front de sa Mère assise à ses côtés. Bien avant nous, l’artiste contemporain de saint Louis découvrit la Nature et en apprécia les charmes : en des œuvres nourries d’une poésie jeune et saine, il exalta, en même temps que les merveilles des Bestiaires, les plantes de nos pays, les animaux de nos fermes et les travaux des champs.

La décoration des quatorzième et quinzième siècles prit une orientation nouvelle : les horreurs de la guerre de Cent ans furent de rudes leçons de réalisme. On a conjecturé aussi que certains ordres religieux, notamment les Franciscains, avec

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leurs prédications véhémentes, répandirent daus les âmes le goût du pathétique et le besoin de sensations violentes. Le mysticisme tomba dans un sensualisme douloureux : ces générations se plaisaient à contempler les épisodes sanglants de la Passion et les terrifiantes réalités de la mort. C’est ainsi qu’à la fin du quatorzième siècle apparut la Vierge de Pitié, tenant le corps pantelant de son Fils descendu de la croix.

Les types iconographiques subirent, avec le temps, des modifications. Les Madones romanes étaient assises; après le treizième siècle, à l’exception des œuvres d’orfèvrerie ou des figurines d’ivoire, les Madones sont presque toujours debout.

L’art fut aussi traversé de vogues passagères. Vers i5oo, un peu avant, un peu après, on grava des inscriptions sur la bordure des manteaux.

Enfin, l’artiste réalisa différemment, suivant les temps, l’idée qu'il portait en son cerveau. Charles Blanc a distingué dans l’histoire de l’art antique trois styles successifs : « Le style égyptien est emblématique et peu imitatif; le style grec élève l’imitation jusqu’à la beauté; le style romain la fait descendre au caractère. Eu un mot, ces trois styles ont été créés par trois principes ; le symbole, le type, le portrait. » Et Gonse a fait observer que cette transformation s’est opérée dans la sculpture française durant le Moyen Age : « la phase emblématique; la phase idéaliste; la phase réaliste ».

La première phase correspond à la période romane; la seconde, aux débuts de la période gothique, jusque vers la fin du treizième siècle; la troisième, à la fin de cette même période gothique.

Pendant la période romane, l’artiste s’est mis à l’école d’autres artistes pour apprendre son métier; il a imité, reproduit des motifs déjà traités avant lui. Quand s’ouvre 1ère gothique, la décoration est en retard sur la construction ; mais bientôt l’artiste, sûr de lui et de son outil, rejette les poncifs et demande des leçons à ce maître éternel de tous les maîtres de l’art, la Nature. Enfin, il met en valeur ce qu’il y a dans ses modèles de vérité individuelle et concrète, il devient réaliste.

LA SCULPTURE DECORATIVE.

La sculpture décorative. — L'imagier roman demandait ses effets à la régularité géométrique de ses combinaisons de lignes, à la multiplicité des motifs, à l’opposition des lumières et des ombres, aux gouttières, aux facettes. L’imagier gothique ne s’interdit pas de semer sur les champs les menus ornements et les gaufrures; mais il compte avant tout sur une opportune distribution du relief, sur l’harmonieuse vigueur des moulures et des feuillages.

Car les feuillages acquièrent encore une importance nouvelle. Seulement, tandis que l’artiste roman les prenait dans les œuvres antérieures et notamment dans les chapiteaux romains, l’artiste gothique les cueille dans les prairies, dans les bois, dans les jardins ou auprès des fontaines de notre terre de France, pour en composer rinceaux et chapiteaux : nénuphar, arum, plantain, fougère, cresson; plus tard, lierre, vigne, fraisier; plus tard encore, chou frisé, chicorée, chardon. Des botanistes ont pu décrire la flore de la cathédrale gothique.

Les ornemanistes ne se contentaient pas de choisir de nouvelles plantes : ils les assouplissaient, les disposaient différemment, en vue d’obtenir plus d’effet. De celte préoccupation sont sortis les crochets. Que l’on imagine ( firj . 1 18 et 119 ) une feuille fortement nervée; la base, très large, fournit une attache solide ; l’autre extrémité se termine par un bourgeon, par un paquet de pétales arrondi en volute et qui forme masse. Ces crochets prennent place, pour les soutenir, sous les angles des tailloirs, sous les corniches. Jamais le ciseau d’un ornemaniste n’avait donné à la pierre une forme à la fois aussi rationnelle et aussi élégante que dans certains chapiteaux des débuts du treizième siècle. On aligna aussi les crochets sur les rampants des gables, sur les arêtes des flèches et même des tours. On finit par les répandre avec une profusion qui n’est pas toujours justifiable au point de vue d’une sévère esthétique, mais qui enrichit les lignes et qui atténue dans les silhouettes la rudesse et la lourdeur.

Pour amortir, pour terminer les gables et les pinacles, on employait, au douzième siècle quelquefois, aux siècles suivants

l’architecture religieuse gothique.

couramment, les fleurons ( fig . 102), qui ressemblent à un bouquet de crochets.

Par un phénomène bien singulier, cette flore décorative suit dans son évolution la vie de l’art gothique et vieillit avec lui : au douzième siècle, elle montre des bourgeons gonflés de seve;

Fig. 106. — Feuillage des débuts du treizième siècle.

au treizième, des (leurs épanouies; aux quatorzième et quinzième, des pétales flétris, des branches épineuses, des feuilles recroquevillées. Grasse et pleine au début {fig. 106), elle est, à

Fig. 107. — Feuillage du quinzième siècle.

la fin {fig. 107), déchiquetée, froissée, fouillée à l’excès. Les crochets n’étaient plus possibles; on leur substitua, dans les chapiteaux, des applications de tiges ou de bouquets {fig. 120)

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