‹ Précis d'archéologie du moyen âgeChapitre 62 sur 135 · LA STATUAIRE · texte numérisé non relu

LA STATUAIRE

et sur les gables et les arêtes, des feuilles collées, comme par un coup de vent soufflant d’en bas, contre un coussinet de pierre qu’elles recouvrent ( fig . 108).

La statuaire. — La statuaire est plus attachante encore que la sculpture décorative.

Dans les premiers portails gothiques (fig. 109), à Chartres, Corbeil, etc., les statues qui ornent les pieds-droits sont raides, engainées dans leurs longues robes, « en tuyau d’orgue », d’une ligne verticale qui convient à leur rôle de support. Mais déjà la figure cesse d’être purement conventionnelle; elle est, si l’on peut dire, vraie d'une vérité collective; elle est modelée d’après un type ethnique ; la physionomie s’éclaire d'un rayon de vie et, dans les draperies elles-mêmes, on discerne l imitation de vêtements véritables.

Au treizième siècle ( fig . 110), cette imitation est plus habile et le ciseau est plus libre : les statues se dégagent des lignes architecturales ; lesjambes perdent leur raideur, les corps s’infléchissent, les figures et les yeux fendus eu amande s'animent. Le nu respire à l’aise sous les vêtements, qui se creusent

L ARCHITECTURE RELIGIEUSE GOTHIQUE

île plis pins creusés et déjà plus mouvementés. Les visages témoignent du souci d’idéaliser les modèles et d’éviter les expressions violentes ; car cette sculpture, faite de mesure et de grâce, comme celle des Grecs, est éminemment pondérée ; ses personnages vivent, mais dans le calme et le rythme, loin de l’agitation et des passions, fort au-dessus de notre pauvre humanité. Même les scènes les plus dramatiques, la Descente de croix ou le Jugement dernier, se déroulent dans une atmosphère de gravité tranquille. Le vêtement concourt à cette impression : les plis sont tantôt plus menus, tantôt plus amples et plus profonds, suivant la nature des étoffes; simples et majestueux, ils tombent généralement droits. Jamais artistes n’avaient rêvé, n’avaient réalisé d’aussi nobles draperies. Le faire de la sculpture est large et sommaire, comme il convient à la statuaire monumentale; le ciseau évite les détails du modelé.

Cette époque a vu s’élever les porches latéraux de Chartres et les grandes façades gothiques de Notre-Dame de Paris, une merveille de composition architecturale enchâssant des merveilles de décoration sculpturale; de Reims, où se trouvent — où se trouvaient, hélas! — les chefs-d’œuvre de la statuaire du Moyen Age; d’Amiens, dont le beau Dieu et la Vierge dorée sont justement célèbres. Dans les chantiers des cathédrales du treizième siècle, le sculpteur en quête de progrès trouvait sa formule, aussi bien que l’architecte.

Cependant, dès le règne de saint Louis, des artistes chargés d’exécuter des elhgies sépulcrales cherchèrent à fixer les traits des personnages. C’est par la sculptu re funérai re que le réalisme s’introduisit dans l’art.

De ce jour, deux courants se dessinèrent : certains tailleurs d’images, restés fidèles à la tradition, gardèrent aux statues leur caractère d’impersonnalité; bien plus, presque tous s’éloignèrent davantage de la nature et, au quatorzième siècle, tombèrent dans le maniérisme (Jig. III). En même temps, l’art religieux s’industrialisait, comme de nos jours; on fabriquait, sur des données courantes, des effigies banales. C’est le temps des Madones mignardes, qui doivent à leur nez tout petit, à leur

Page 1