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LA STATUAIRE

bouche minuscule, à leur sourire figé et à leur grâce minaudière une élégance facile. La donnée esLà peu près constante : la Vierge, debout, tient l’Enfant sur un bras, et la hanche forme de ce côté une saillie vigoureuse.

Ce hanchement, qui apparaît dès le milieu du treizième siècle dans les représentations de la Synagogue ou dans les Madones des portails, était rationnel à l’origine ; il fut ensuite exagéré et appliqué sans raison aux statues de tous les personnages. On s’est demandé si les statuettes d'ivoire ne furent pas pour quelque chose dans la généralisation de cette attitude, à laquelle se prête mieux la forme recourbée des défenses.

Le hanchement est encore accusé par l’accumulation, sur ce point, des plis du manteau. La draperie, la façon dont les plis sont traités constitue, suivant un mot de Courajod, l’un des diagnostics lesplus sûrs dans la sculpture de cette période. Nous savons qu’au treizième siècle les étolfes tombent d’habitude verticalement, dessinant de grands plis moelleux; dans l’art maniéré du quatorzième siècle, les plis sont plus secs et plus compliqués, avec une tendance au feston, à la direction horizontale. L’ample voile-manteau des Vierges du treizième siècle, se rétrécit au quatorzième, pour former de droite à gauche des plis serrés et, sur la hanche saillante, un paquet de volutes. Dès la fin de ce même quatorzième siècle, la draperie fut plus abondante et plus large, sans revenir à la noble simplicité du siècle puécédent.

L’école idéaliste excluait de ses œuvres le trait individuel ; l’école réaliste ( fig . 112 ) s’appliqua, au contraire, à saisir la vérité dans les visages, dans les mains, jusque dans les détails du costume et des accessoires; elle poussa la recherche de l’exactitude jusqu’à recourir, pour les statues funéraires, dès la fin du treizième siècle peut-être, au moulage sur nature ; elle dégageait les caractères personnels du modèle, elle les soulignait, les exagérait parfois jusqu’à la vulgarité, presque jusqu’à la caricature. Tels pleurants du temps des Valois font pressentir les magots de Ténicrs.

Le souvenir de l’école réaliste des quatorzième et quinzième

17a l’architecture religieuse gothique.

siècles est lié dans l’histoire au nom des artistes flamands. Il ne faut pas exagérer cependant la part d’influence qui revient aux contrées du Nord daus cette réaction. Les tombiers flamands s’étaient mêlés aux maîtres français; ils se rencontraient avec nos sculpteurs dans ces ateliers ouverts par les rois de France, les ducs de Bourgogne et de Berry et qui étaient, comme jadis les chantiers de cathédrales, de merveilleuses écoles d’art; les qualités des uns et des autres se combinèrent, et jusque vers la fin du quatorzième siècle au moins, si nous savons que telle sculpture est due à un Français du Centre et telle autre à un Flamand, c’est grâce aux documents d’archives et non pas d’après l’inspiration et la facture de l’œuvre.

Quelques-uns parmi ces sculpteurs sont particulièrement célèb res ; tel André Beauneveu, de Valenciennes, appelé à Paris par Charles Y, en 1 364 ; i 1 se trouvait, en i3go, au service du duc de Berry, à Mehun-sur-Yèvre; on sait qu’il a travaillé comme statuaire à un contrefort de la cathédrale d’Amiens. Jean de Cambrai commença pour la Sainte-Chapelle de Bourges, aux environs de i4oo, le monument funéraire du même duc de Berry. Claux Sluter, aidé, à partir de 1098, par son neveu Claux de Werve, lit à Dijon, pour le compte du duc île Bourgogne, le célèbre « puits de Moïse », qui était le socle d’une croix, et les statues qui décorent, à la Chartreuse, la porte de la chapelle (Jig. 112).

De cette éclosion de chefs-d’œuvre ou a pu dire qu elle fut une Renaissance avant la Renaissance. Elle témoigne d’une vitalité pleine d’avenir et montre combien est immérité ce reproche que l’on adresse parfois à la sculpture du quinzième siècle, d’être épuisée et à bout de course.

A tout prendre, la sculpture gothique tient l'une des meilleures places dans l’histoire de l’art. N’exagérons rien ; il ne parait pas qu’on puisse la mettre sur le même rang que la sculpture grecque; mais il serait injuste de ne pas admirer la mâle beauté de ces statues vivantes et saines, spirituelles et bonnes, qni nous sourient du haut de leur niche et qui nous conservent, à travers les siècles, l’image aimable des Français

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