LA PEINTURE
d’autrefois. Il faut savoir reconnaître que maints bas-reliefs s’imposent par la sobriété du sujet et la largeur de l’exécution, par la finesse de l’observation et la justesse des mouvements. La statuaire du treizième siècle notammeut s’est rencontrée plus d’une fois avec la sculpture grecque en des formules simples, sereines et d'une esthétique supérieure.
C’est, au témoignage de M. André Michel, «la plus admirable sculpture monumentale qui ait paru dans le monde depuis la Grèce antique ». 1
La peinture. — Plus encore que l’édifice roman, l’édifice gothique supprima les surfaces planes susceptibles de recevoir de grandes compositions picturales. La peinturedes monuments gothiques est donc surtout une peinture d’ornement, laquelle vise à mettre en valeur les grandes lignes de l’architecture. Parmi ses productions, les œuvres de valeur sont rares, et ce chapitre de l’histoire de l’art nous est en partie connu, d’abord par les textes, ensuite par des rapprochements avec la peinture de chevalet, avec la miniature et même la sculpture. Car ces différentes expressions de l’idéal artistique se tenaient plus étroitement qu’aujourd’hui : la plupart des sculpteurs étaient peintres; c’était le cas d’André Beauneveu, à la fois statuaire, peintre et enlumineur.
Si l’on excepte quelques monuments d’une richesse exceptionnelle, comme la Sainte-Chapelle, le décorateur gothique s’attache à peindre l’ossature de l’édifice ; dans les façades, il fait valoir, par une coloration vigoureuse, les arcs des portes et des fenêtres; l’exemple classique est la façade de Notre-Dame de Paris. A l’intérieur, il accuse les nervures des voûtes et des piles, dans une tonalité assez vibrante pour supporter la comparaison des verrières : les couleurs chaudes, éclatantes el soutenues, le vermillon et le bleu, sont appliqués non plus à la fresque, mais sur enduit sec, mêlés à îles ingrédients variés, notamment à la cire et relevés de rehauts d’or, de fonds gaufrés et métalliques, même de verroteries.
\u treizième siècle, les peintres s’aidaient de procédés géo-
l’architecture religieuse gothique.
métriques pour dessiner et camper leurs personnages. L’album de Yillard de Ilonnecourt nous a conservé quelques-unes de ces formules mnémotechniques, fort curieuses, mais dont l’emploi ne pouvait être que déprimant pour les artistes.
Au quatorzième et au quinzième siècles circulèrent à travers l’art français des courants d’influences, influences italiennnes, influences flamandes; les unes et les autres se discernent malaisément. Il subsiste, du milieu du quinzième siècle, des peintures murales précieuses : la voûte de la chapelle de Jacques Cœur, à Bourges, qui est décorée d’anges délicieux; la Danse des Morts, de la Chaise-Dieu, où la sarabande macabre est représentée avec une sûreté et un brio étonnants, etc.
Le vitrail; la technique. — Mais le triomphe de l’art décoratif gothique est le vitrail. Les verres de couleur furent très anciennement employés dans les fenêtres; au dixième siècle, ou faisait probablement des vitraux historiés. La technique du verrier est exposée dans la Schedula diversarum artium du moine allemand Théophile, lequel vivait h l’époque romane. Mais c’est pendant la période gothique surtout que la peinture, désertant les pleins de la construction, qui étaient tout en faisceaux de colonnettes et eu profils de moulures, envahit les vastes fenestrages.
En ces matières, le Moyen Age est très supérieur pour l’entente des effets et le sage emploi des moyens. Le vitrail pouvait être, à cette époque, de coloration plus intense, parce qu’on n’exigeait pas autant de lumière dans les églises, et puis le goût des fidèles ne recherchait pas, comme aujourd’hui, les teintes fades et les mièvreries. L’artiste visait à des effets décoratifs puissants; le vitrail était moins une peinture qu’une mosaïque translucide, où des cavaliers rouges chevauchent des montures bleues, si ces couleurs conviennent à l’ensemble.
Le peintre verrier dessine un carton grandeur d’exécution, sur lequel il indique nettement les grandes lignes de la composition. Sur chaque partie du carton il applique un verre de la couleur qu’il a choisie pour cette partie et il découpe ce verre