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LE VITRAIL : LA TECHNIQUE

en suivant les grands traits dont il vient d’être parlé et qui sont conduits de façon à éviter les angles aigus. Le verrier du Moyen Age coupait le verre à l’aide d’un fer rouge et en reprenait les bords avec une pince appelée égrugeoir. La cassure est beaucoup moins nette que si l’on emploie le diamant; c’est l’une des notes qui permettent aujourd’hui de reconnaître un travail ancien.

Voilà donc les morceaux de verre découpés. L'artiste monte provisoirement le vitrail : pour/ce faire, il engage les bords des verres dans des vergeltes de plomb souple à double rainure, qui répondent aux lignes principales du carton. Puis, il dresse le vitrail pour le voir par transparence, il plaque en couleurs vi trifiables des teintes plates et des hachures vigoureuses, il démonte les pièces de verre et les fait passer au four.

S’il le faut et aussi souvent qu’il le faut, il recommence l’application des couleurs au pinceau et la cuisson. Enfin, il assujettit les vergettes par la soudure et il met le vitrail en place, en le renforçant contre les coups de vent, à l’aide de tringles de fer ou barlotières.

Pour se rendre compte de l’effet que produit le vitrail vu à quelque distance, il faut se rappeler que, lorsque deux tons sont juxtaposés, la valeur en est modifiée par le rayonnement : les parties claires rayonnent sur les ombres apposées à la brosse, les teintes plates se dégradent, les hachures brutales s’atténuent, le tout se fond en un modelé vigoureux sans violence.

Le vitrail : l’évolution. — De même que l’art du tailleur d’images, l’art du peintre sur verre se perfectionna grandement, au douzième siècle, dans les églises en construction. Suger fit exécuter, vers iiàà, pour Saint-Denis des vitraux, dont il subsiste quelque chose et qui paraissent avoir exercé une large influence. Au début du treizième siècle, la maîtrise appartenait aux verriers de la cathédrale de Chartres (fig. f/3); elle passa, dans le courant du siècle, aux ateliers parisiens.

Les verrières du douzième siècle peuvent être ornées d’un personnage qui occupe une grande partie du champ, ou bien

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décorées de scenes qui sont ordinairement réparties de bas en haut et encadrées dans des médaillons de forme simple : en

carré, en losange, en cercle. Les figures sont souvent défectueuses dans les œuvres du douzième siècle, qui valent surtout

le vitrail : l’évolution.

par l’ornementation, par la richesse des rinceaux conduits entre les médaillons, par l'opulence des encadrements, par la franchise et l’éclat des fonds, par la splendeur de certains bleus, légèrement nuancés de vert et qui rappelaient à Viollet-le-Duc des ciels d’automne.

Au treizième siècle, les verriers abritent leurs grands personnages sous un dais; dans les vitraux à petites scènes, ils compliquent un peu la forme des médaillons, que l’armature en fer encadre quelquefois. Pendant les deux derniers tiers de ce siècle, l’habileté professionnelle est en progrès : les figures sont plus correctement tracées, les attitudes sont plus justes, les draperies plus vraies; mais le travail est plus hâtif et moins soigné; les bordures des haies et des médaillons ont perdu leur somptuosité ; à la place des beaux rinceaux de jadis, les fonds présentent une mosaïque un peu monotone. L’artiste n’a plus un sentiment aussi délicat des couleurs : une tonalité violette envahit et attriste le vitrail.

Le quatorzième siècle donne plus d’importance aux dais sous lesquels sont posées les grandes figures. Dans les verrières à scènes, il ramène le tracé de l’armature à des lignes plus simples, supprime les médaillons et juxtapose les scènes. Les feuilles de verre sont plus grandes et les vergettes sont plus espacées.

Il est des couleurs pour lesquelles on emploie des verres doubles, lesquels ne sont pas teints dans toute leur épaisseur : une mince feuille colorée est plaquée sur une feuille blanche. On pouvait user la couche de couleur, obtenir des motifs en blanc, les teinter au pinceau et reproduire, par exemple, sur des manteaux de pourpre, des broderies d’or. Le quinzième siècle recourut volontiers à ce procédé.

En somme, pendant les quatorzième, quinzième et seizième siècles, le verrier oublie les fortes traditions des douzième el treizième; il ne se contente plus de composer une marqueterie et vise à faire de la peinture; dans de trop nombreux édifices, il abuse du modelé et des tons clairs, principalement des jaunes d’or pâles. Le vitrail cesse d’être une mosaïque étincelante pourdevenir un tableau de plus en plus terne et décoloré.

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Cependant, les grisailles prenaient de l’importance. La grisaille est proprement une couleur brun foncé. Dès le douzième siècle, les Cisterciens avaient fait des vitraux incolores, où des dessins étaient donnés par les plombs dont étaient sertis les verres blancs. Au treizième siècle, ces dessins, obtenus à l’aide des vergettes et de traits vigoureux filés au pinceau, peuvent être relevés d’une touche de couleur, d’une fleur ; ou bien des bandes de grisaille encadrent la partie colorée du vitrail, ou encore, vers la fin du siècle, les personnages de couleur sont posés à même un fond de grisaille.

Les marqueteries et les incrustations. — La période gothique abandonna la mosaïque, mais elle fit des marqueteries et des incrustations. Elle continua, dansquelques régions, l'emploi des parements où alternent les assises de couleurs variées. Elle fit des carreaux composés de plusieurs morceaux découpés et assemblés. Les dalles gravées en creux, dont les traits sont remplis de mastic noir, abritèrent des tombes innombrables. Ces effigies, qui représentent le défunt en costume d’apparat, sont fréquemment d’un grand intérêt artistique et documentaire. Les carrelages de terre avec engobe restèrent en usage. A titre d’exception, il faut faire étal de quelques autres carreaux d’un émail à base d’étain, comme la faïence; nous savons qu’un Sarrasin en fabriqua, au quatorzième siècle, pour le palais de Poitiers.

Les nervures et les arcs. — Le style gothique pleinement

développé rejette des nervures et des arcs les dessins courants, les files de petits motifs semblables, pour s’en tenir à la mouluration. Les premières ogives peuvent bien avoir des bâtons brisés sur les flancs ou des roses sur la tranche (Jig. f/ù); c’est un héritage de l’époque romane, et le gothique ne tarda pas à le répudier.

La section des arcs et des nervures, surtout dans les premiers temps du gothique, s’inspire de deux ordres de considérations : pratiques et esthétiques. L’artiste vise à la solidité en même

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