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LA GÉOGRAPHIE DE LA FRANCE GOTHIQUE

du treizième siècle, quand l’école languedocienne s’est constituée, au moment où le tableau est le plus complet. De même qu’à l’époque romane, le Midi est fidèle à la pondération, au

Fig. 1.37. — Les écoles régionales d’architecture gothique.

(Extrait du Moyen Age, t. XXXIV.)

sens pratique, à la simplicité; il élimine tout ce qui complique l’édifice : il rejette, en plan, le déambulatoire et parfois — Languedoc et partie des églises du Sud-Ouest — les bas-côtés; il supprime, en élévation, le triforium et l’arc-boutant.

Et maintenant, si nous comparons l’aire des influences mé-

ao6 l'architecture religieuse gothique.

ridionales durant l’époque romane et l’aire des mêmes inlluences pendant l’époque gothique, nous constatons qu’à cette dernière époque la formule du Midi a perdu les pays rhénans, la Bourgogne, le Plateau central; par contre, elle a franchi la Loire du côté d’Angers et gagné le Maine. Elle a beaucoup reculé à l’Est et au Centre et elle a légèrement progressé à l’Ouest.

Les philologues ont observé que, dans le couloir du Rhône, les formes linguistiques sont entraînées par des courants violents; il est possible apparemment d’expliquer par des raisons analogues l’extrême inconsistance des écoles architecturales dans cette partie de la France : les frontières montent quand le mouvement part du Midi, elles descendent si les forces viennent du Nord.

Quant à l’avance réalisée dans le Maine, elle peut être due en partie à des causes politiques, à la domination anglaise, et en partie au succès des voûtes bombées, à l’action posthume de la coupole.

l’origine de l’architecture gothique.

l'origine, la diffusion et la valeur du style gothique

L'origine de l'architecture gothique. — Le rayonnement du style français à l’étranger. — ,La valeur du style gothique.

L’origine de l’architecture gothique. — La voûte gothique apparaît d’abord dans des édifices qui sont par ailleurs tout à fait romans. Quant à savoir dans quelle région la croisée d’ogives a vu le jour, on ne s’entend guère à ce sujet et la théorie change souvent : on a pensé à l’Allemagne, plus récemment à la Normandie et à l’Angleterre, plus récemment encore à la Lombardie. Nous ne saurons jamais sur quel point nu obscur maçon eut la première idée de cet artifice. Dans l'Ile-de-France, au nord de Paris, des ogives sont très archaïques, par exemple sur le déambulatoire de Morienval, arrondissement de Senlis : sont-elles parmi les plus anciennes? Ce qui, du moins, est bien établi, ce sur quoi tout le monde est d’accord, c’est qu’à l’Ilede-France revient le mérite d’avoir fécondé cette invention, de l’avoir mise en valeur : d’un expédient d’appareilleur elle tira un style d’architecture merveilleux; elle le réalisa en des églises splendides. Enfin, elle rénova la décoration, sculpture et vitraux. Si bien que, vers 1176, l’Angleterre, voulant rebâtir la cathédrale de Cantorbéry, mit à la tète du chantier un maître d’œuvre français, Guillaume de Sens.

On a tenté de rattacher le système de la voûte gothique à certaines voûtes nervées romaines, comme M. Jules Formigé en a signalé au forum d’Arles. Deux raisons s'opposent à ce qu’on suive celte suggestion. En premier lieu, ces nerfs des voûtes romaines sont noyés dans la maçonnerie, ils ne portent pas; structure, fonction, ces nervures diffèrent profondément des

l'architecture religieuse gothique.

ogives. En second lieu, quoi que l’on puisse penser, dans l’abstraction, des analogies entre les unes et les autres, la filiation est, en fait, invraisemblable : il ne paraît pas que là où l’ogive a été imaginée il y eut des voûtes romaines nervées ; il ne paraît pas, on ne saurait trop le répéter, que les premières ogives aient eu pour but de consolider la voûte, mais d’en faciliter la construction.

L’étude attentive des faits permet de rectifier une autre erreur. Viollet-le-Duc a voulu établir une opposition formelle entre l’art roman, qui serait monastique, et l’art gothique, lequel représenterait une réaction du laïcisme. Il est exact que l’idée gothique trouva dans les cathédrales sa plus magnifique expression, au lieu que la période romane répond plutôt à la prédominauce des grands ordres religieux et des églises régulières; mais il n’y eut pas lutte, sur le terrain de l’art, entre la pensée monacale et la pensée laïque : un moine illustre, Suger, a fait plus qu’homme au monde pour le succès de l’architecture nouvelle, que nos moines français, les Cisterciens notamment, répandirent dans la chrétienté.

Le rayonnement du style français à l'étranger. — Le style gothique, élaboré en France, se répandit au dehors avec une force d’expansion extraordinaire.

En Italie, les Cisterciens, venus de Bourgogne, élevèrent de belles églises gothiques bourguignonnes; mais notre architecture et notre sculpture n’ont jamais été bien comprises ni fidèlement interprétées par les artistes de race italienne.

L’Espagne s’assimila mieux uotre art de bâtir, qu’elle emprunta pour une part aux régions du Sud-Ouest, angevine et poitevine. Traditions locales, influences venues du monde musulman, influences venues de France, tout se fond, sur certains points, en un mélange savoureux. Si à Léon, à Burgos, en maints autres édifices, le style français se trouve pur d’alliage, ailleurs le tempérament espagnol travailla l’art français à la façon d’un ferment et lui imprima, vers la fin, une physionomie d’une puissante originalité.

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