‹ Précis d'archéologie du moyen âgeChapitre 78 sur 135 · L’ ARCHITECTURE CIVILE · texte numérisé non relu

L’ ARCHITECTURE CIVILE

Considérations préliminaires. — L’architecture monastique : cloî- Ires. — Les monastères : salles capitulaires, dortoirs, réfectoires.

Les monastères : cuisine, infirmerie, etc. — Les maisons d'habitation. •— Les fenêtres. — Les maisons de bois. — Les escaliers. — Les cheminées, les latrines. — Les toitures, lucarnes, crêtes, etc. Les plans de villes.

Considérations préliminaires. — L’architecture civile du Moyen Age ne diffère pas essentiellement de l’architecture religieuse, dont nous nous sommes occupés : les principes de construction sont identiques. Architecture civile, architecture religieuse ont évolué simultanément, chacune d’elles bénéficiant des progrès réalisés en commun, et l’analyse retrouve au fond de ces deux arts les mêmes éléments. Le programme n’est pas le même cependant, et ces éléments s’agencent suivant d’autres combinaisons; il est des moyens de construction el des formes qui appartiennent en propre à l’architecture civile. C’est ainsi que, dans les pays catalans, les colonnettes très minces, des chapiteaux de type spécial à large tailloir sculpté (Jig. 138), des portes à très longs claveaux, nus ou dont l’ex- Irados est relevé d’une simple archivolte moulurée, sont caractéristiques des édifices civils. En France, les voûtes d’arêtes, les

l’architecture MONASTIQUE : CLOITRES. 2 1 3

fenêtres à linteaux, les arcs en plein-cintre ou surbaissés persistent davantage dans les constructions privées.

Fig. i 38 . — Chapiteau de l’architecture civile catalane.

L’architecture monastique : cloîtres. — L’usage est très ancien d’accoler un cloître aux églises cathédrales, collégiales ou monastiques; c’est ainsi que le plan de Saint-Gall, établi au début du neuvième siècle, a un cloitre sur un liane de la nef.

Le cloître dessine presque toujours un quadrilatère plus ou moins régulier. 11 comprend donc quatre galeries encadrant un préau.

L’une des galeries communique avec la nef ou un bas-côté; la galerie opposée donne accès au réfectoire; enfin, sur la galerie Lst sont les portes de la sacristie et de la salle capitulaire. Le cloître dessert directement les principaux parmi les lieux réguliers; il est le centre de la vie monastique.

Homans ou gothiques, les cloîtres se divisent en deux grandes familles : les cloîtres non voûtés et les cloîtres voûtés. Les uns et les autres s’ouvrenl sur le préau par une claire-voie, qui consiste en une série d’arcades posées sur un bahut; la différence gît dans la force et dans la structure de cette claire-voie.

Los cloîtres non voûtés (Jir/ . onl une claire-voie plus

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légère, sur laquelle porte le pied des arbalétriers d’une toiture en appentis. Cependant, avec le temps, la charpente travaille, et sa pesée peut se traduire en une force oblique qui tend à renverser les arcades. Pour maintenir celles-ci, on les a souvent interrompues, de place en place, par des murs pleins, des piles de maçonnerie. Dans ces cloîtres sans voûte, la claire-voie forme donc une série d’arcades égales, tangentes, retombant sur des colonnettes, colonnettes isolées ou accouplées l’une devant l'autre, et cette ordonnance peut être coupée par des massifs maçonnés, par des bouts de mur qui ne font pas toujours saillie sur le préau.

Lorsque les galeries devaient être couvertes d’une voûte, le constructeur était tenu d’adopter pour la claire-voie des dispositions qui permissent de contenir la poussée de la voûte. Ces dispositions peuvent être ramenées à deux principes, d’où une subdivision dans cette famille des cloîtres voûtés : tantôt on cherchait la résistance uniquement dans l’épaisseur des arcades et des piles et dans l’emploi des colonnettes jumelles; tantôt le maître d’œuvre, fractionnant les galeries en travées, plantait des piles armées de contreforts et jetait de l’une à l’autre de grands arcs qui devaient abriter les arcades fragiles de la claire-voie : ces grands arcs et ces piles forment l’ossature île la construction.

Dans les cloîtres romans, les arcades constituent toute la claire-voie et elles sont de dimensions médiocres. L’époque gothique ouvrit des ocali dans les tympans sur et entre les arcs; puis, elle accrut l’ampleur des lignes et pratiqua de larges baies pareilles aux fenêtres d’églises (fig. IhO) et, comme ces fenêtres, munies de remplages.

Il est des cloîtres où la claire-voie était vitrée, soit sur toute sa hauteur, soit dans la partie supérieure.

Certains cloîtres, enfin, ont deux étages de galeries.

Les monastères : salles capitulaires, dortoirs, réfectoires.

— A l’exception des Chartreux, qui vivaient isolés dans de petits logis répartis autour du cloître, les ordres religieux adop-

LES MONASTÈRES : CUISINE, INFIRMERIE, ETC. 2l5

tèrent, avec plus ou'moins d’ampleur, avec plus ou moins de modifications, le type du monastère bénédictin.

La partie la plus noble du monastère après l’église est la salle capitulaire, où la communauté tient ses chapitres. On reconnaît cette salle aisément : la porte, nous l’avons constaté, s’ouvre dans la galerie orientale du cloître; elle est accostée de deux fenêtres.

On n’étudie pas assez les salles capitulaires. Elles ont ordinairement des voûtes dont la construction est régie moins étroitement par la tradition que les voûtes d’églises. Or, dans les salles capitulaires, il importait que les piles fussent aussi peu encombrantes que possible, et les maîtres d’œuvre se sont ingéniés à réduire, en même temps que le nombre et le cube des supports, la section des retombées (Jig. 88).

Le dortoir, généralement au premier étage et dans le voisinage de l’église, n’est pas toujours voûté. Il arrive fréquemment que des rideaux ou des cloisons plus ou moins hautes le divisent en cellules. Il se peut que l’escalier du dortoir descende dans un bras du transept. Les constructeurs de monastères' n’oubliaient pas, dans les dortoirs, les règles de l’hygiène. Il est souvent intéressant d’étudier quelles dispositions ont été adoptées pour renouveler l’air de ces salles.

Le réfectoire est souvent une salle remarquable, dont les voûtes peuvent être portées par une épine de piliers qui partage le vaisseau en deux nefs. Contre une des parois longitudinales est placée la chaire pour le lecteur.

Un lavabo est dans le cloître, en face de la porte du réfectoire; quelquefois abrité sous une petite construction, qui empiète sur le préau, il est plus souvent logé dans la galerie même du cloître.

Le chauffoir était dans le voisinage du dortoir, mais au rezde-chaussée. Il consistait en un ou plusieurs ateliers et salles d’étude inunis de cheminées.

Les monastères : cuisine, infirmerie, etc. — Il reste quelques cuisines monastiques. De même que les cuisines seigneuriales,

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elles dérivent de ces pièces à fen primitives où le foyer était au milieu de la salle, au-dessous d’un trou pratiqué dans le toit pour l’évacuation de la fumée. Les cuisines du Moyen Age comprennent une pièce couverte d’une pyramide et entourée de petits réduits : c’est dans ces réduits que sont logées les cheminées, dont chacune a son tuyau et sa mitre. La flèche centrale est percée, à son sommet, de façon à provoquer un appel d’air, qui entraîne à l’extérieur les odeurs et le surplus des fumées.

Le problème de la ventilation a également donné lieu à des solutions attachantes dans les infirmeries, quelquefois vastes comme des Hôtels-Dieu. Salles d’infirmerie, salles d’hospices sont de grandes pièces claires, où l’aérage] se fait par les fenêtres haut placées et par des orifices ménagés dans la couverture, voûte ou lambris.

Un monastère important comprend bien d’autres bâtisses et annexes, qu’il n’est pas possible d’étudier ici en détail. L’entrée, parfois monumentale et qui peut rappeler les portes des villes romaines, renfermait le logement du frère portier, chargé de surveiller les allées et venues. Dans l’hôtellerie, l’hospitalité bénédictine s’exerçait envers les étrangers de passage; il ne faut pas confondre l’hôtellerie avec les résidences que de grands personnages possédaient à l’intérieur des abbayes. Le noviciat et les écoles pouvaient donner lieu à des constructions importantes.

Les travaux de la terre exigeaient enfin toute une série de locaux : les granges forment la partie la plus considérable de certaines maisons religieuses, qui étaient des exploitations agricoles dirigées par un petit nombre de moines, bien plus que des monastères proprement dits; la brasserie ou les pressoirs pour le vin, les pressoirs pour l’huile, la bergerie, la porcherie, les écuries, le poulaillier, etc., ont leur place dans les abbayes. Qu’on ajoute la maison abbatiale, le cimetière, le jardin, le verger, les logis des serviteurs, etc., et on saisira la multiplicité des services et dépendances que réunissait un grand monastère.

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