LES PLANS DE VILLES
et plus vraie. Mais la régularité intelligente 11’était pas étrangère aux aspirations de ce temps; témoin le plan des bastides ou villes neuves, fondées aux treizième et quatorzième siècles.
Sur un terrain désert ou dans une localité déjcà existante, le seigneur créait une ville neuve, à laquelle il octroyait des privilèges pour attirer des habitants. Les plans d’alignement de ces bastides sont des modèles : les rues, habituellement rectilignes et larges, se coupent à angle droit ou à peu près; les dispositions les plus pratiques sont prises pour le groupement des maisons, pour leur construction économique, pour la localisation des incendies, pour l’emplacement des édifices publics, église et hôtel de ville, pour la facilité de la circulation, enfin pour l’agrément de la promenade sous les cornières, allées couvertes qui entourent la place centrale.
If
l’architecture militaire
Considérations préliminaires. — Les moyens d’attaque, l’armement.
— Le tracé des fortifications : le flanquement, les tours. — Le profil des fortifications. — Les talus d’empattement, les hourds et les mâchicoulis. — Les fenêtres et les archères. — Les tours en élévation. — Les tourelles, les échauguettes et les bretêches.
— Les portes. — Les abords : fossés, lices, barbacanes, etc. — Les diverses espèces de places fortes. — Les donjons et les châteaux.
— Conclusion.
Considérations préliminaires. — Plus encore peut-être que pour l’architecture religieuse, il est nécessaire, pour comprendre l’architecture militaire du Moyen Age, de connaître le milieu dans lequel elle a évolué. La féodalité avait divisé le pays en un grand nombre de seigneuries ennemies : avant le Moyen Age et après, on fortifiait des villes, principalement des villes frontières; le Moyen Age fortifia aussi et surtout, à travers le territoire entier, des résidences seigneuriales, des châteaux, qui commandaient les routes et les rivières. Sur les ponts il campa des tours qui surveillaient le passage et, au besoin, l’interceptaient. Non seulement les provinces étaient armées contre les provinces; mais, dans les villes, des quartiers étaient fortifiés l’un contre l’autre et même des maisons avaient des défenses sur la rue.
Dans l'ensemble, l’histoire de l’architecture militaire rappelle celle de l’architecture religieuse. Durant l’époque carolingienne et jusque vers le commencement du onzième siècle, les ouvrages étaient souvent en bois; il n’en reste rien. Puis, la pierre fut substituée au bois, au moins dans la plupart des cas, mais non dans tous, car au quatorzième siècle encore, telle ville neuve avait, entre des portes de pierre, des palissades au lieu de murailles.
LES MOYENS d’aTTAQUE, l\\RMEMENT. 2 29
Nous nous occupons ci-après presque exclusivement de l'époque romane et de l’époque gothique. C’est une période féconde : les Croisades furent pour nos ancêtres de rudes et profitables leçons; d’autre part, les générations qui élevèrent les cathédrales ne pouvaient que bâtir de belles forteresses. 11 faut ajouter que le Moyen Age ne perdit pas de vue les enseignements de l’antiquité romaine : la chronique d’Anjou nous montre un comte de la première moitié du douzième siècle étudiant sous sa tente, pendant qu’il assiégeait Montreuil-Bellay, les œuvres de Végèce. Enfin, les grands hommes de guerre, comme Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion, apportèrent des perfectionnements à l’art de conduire et de soutenir un siège.
Les ingénieurs militaires tiraient parti des progrès de l’architecture religieuse. Il est cependant entre les églises et les forteresses des différences qui s’expliquent par la diversité de leurs objets. C’est ainsi que, dans les tours de défense, l’emploi des ogives n’entraîna point l’amincissement des murs, lesquels restèrent assez épais pour résister aux efforts de l’attaque.
Les moyens d’attaque, l'armement. — Des chefs célèbres, comme Duguesclin, ont usé de subterfuges pour s’emparer des portes par surprise. L’assaillant pouvait aussi essayer de franchir les murailles à l’aide d’échelles, grosses échelles sur chariot, échelles à main.
Si ces tentatives échouaient, il restait à investir la place et à combiner des attaques méthodiques. L’assiégeant se couvrait par deux lignes de défense . contrevallation , du coté de la place, pour résister aux sorties; circonvallation, du côté de la campagne, pour tenir tête aux armées de secours.
Les relations de certains sièges mentionnent des beffrois. On nomme ainsi des tours roulantes que l’on poussait sur les fossés, après avoir comblé ceux-ci de terre et de fascines. Arrivés près du mur, les occupants du beffroi- abaissaient un pontlevis par où ils s’élançaient.
Pour faire brèche dans les murailles, on disposait de plusieurs procédés : la sape, le bélier, les machines de trait.
ARCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE
La sape : le mineur ou le pionnier cheminaient vers le mur, le premier sous terre, le second à l’abri derrière un mantelet de bois ou sous une galerie de madriers; ils attaquaient la maçonnerie à l’aide du pic, ils étayaient la sape par un boisage enduit de matières inflammables et ils mettaient le feu : un pan de mur s’écroulait.
Le bélier : c’était une vigoureuse poutre armée d’une tête de métal; cette poutre était montée sur roues ou suspendue au faite d’un abri mobile. On la poussait avec force, de façon à ébranler et à ruiner les maçonneries.
Les machines de trait appartenaient à divers types : le Irébuchet et le mangonneau avaient une longue flèche terminée par une grande fronde, qui lançait des boulets de pierre, des quartiers de roche, etc. La pierrière ou batiste était un arc puissant posé sur un train; au déclic, la corde ramenait violemment contre un butoir une verge terminée en une cuiller, sur laquelle on avait placé un boulet de pierre. L ’ arbalète à tour n’était pas autre chose qu’une grosse arbalète sur affût. Dans la catapulte, un ressort en bois était bandé vers l’arrière; à la détente, il frappait des traits, qu’il projetait.
L’artillerie à feu, pendant longtemps, lit plus de bruit que de besogne. La substitution des boulets de fer aux boulets de pierre, vers le milieu du quinzième siècle, constitua un très sérieux progrès; l’usage des affûts sur roues et des tourillons, au seizième siècle, réalisa un autre perfectionnement considérable : l’artillerie pouvait se déplacer et le pointage devenait plus facile. La portée des canons, médiocre dans le tir de but en blanc, était plus allongée de beaucoup, mais imprécise dans le tir à la volée.
Ces divers engins pouvaient servir indistinctement à l’attaque et à la défense, de même que les armes portatives : l 'arc, arme rapide de celte époque, lirait des flèches; Y arbalète, sorte d’arc très dur adapté à un fût et que l’on bandait avec une mécanique, lançait des carreaux, plus trapus que les flèches; Y arquebuse, employée depuis le quinzième siècle, était une arme à feu, un canon portatif.