LE PROFIL DES FORTIFICATIONS
enceinte supprime les secteurs privés de projectiles. Enfin, l'angle mort est réduit; il est même supprimé et le flanquement est intégral si au cercle on ajoute un bec, un éperon triangulaire, qui, de plus, renforce l’ouvrage sur le point où il est le plus menacé.
Les troupes du Moyen Age étaient moins disciplinées et moins homogènes que les troupes romaines; les trahisons et les défaillances étaient plus à craindre. Aussi la défense est-elle plus fragmentée; la tour est ,plus ordinairement fermée à la gorge, c’est-à-dire du côté de la place, et coupée des remparts; elle constitue en soi une petite forteresse.
Le profil des fortifications. — Le profil des fortifications est leur manière d’être en élévation; c’est, à proprement parler, leur coupe en travers. L’un des principes essentiels dont les ingénieurs militaires s’inspirent quand ils étudient ce profil est que le dedans doit commander le dehors : la place commande, domine la campagne; dans le cas de deux enceintes, l'enceinte intérieure commande l’enceinte extérieure, de façon à tenir celle-ci sous le tir si elle est emportée par l’ennemi ; un dernier couvert, le réduit, donjon ou citadelle, commande l’ensemble de la forteresse.
Les courtines sont des murs assez épais pour que la partie supérieure porte un chemin de ronde, sur lequel la défense trouve place; le chemin de ronde est protégé, du côté de la campagne, par un parapet plus mince. Le gros du mur est formé de blocage. Les revêtements, d’abord de petil appareil, sont de moyen appareil depuis le onzième ou le douzième siècle; le treizième siècle a fait usage aussi ( Jïrj . 150 ) de parements en bossage d’un grand clfet. Depuis le règne de saint Louis, dans les fortifications soignées, aux lits épais, que la pince du sapeur entame facilement, sont souvent substitués des lits minces. De plus, on a noyé dans la maçonnerie tantôt de longues poutres et lantôl des arcs de décharge qui apparaissent sur le parement du côté de la place et dont la fonction est de localiser les effets de la sape et de la mine.
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Lorsque l'usage se répandit des beffrois ou tours de bois roulantes, la hauteur des courtines fut fréquemment accrue, au treizième siècle et aux siècles suivants. Les canons du quatorzième siècle étaient presque sans effet contre les murailles massives. C’est tout au plus s’ils avaient assez de force pour démanteler les parapets; mais avec des pièces sans tourillons, de faible portée et de tir imprécis, il ne fallait songer ni à tirer haut ou de loin, ni à battre un but de surface médiocre. C’est dire qu’il était malaisé d’atteindre les crénelages.
Les progrès de l’artillerie pendant la guerre de Cent ans entraînèrent des remaniements profonds dans les dispositions de l’architecture militaire; pendant la guerre contre l’Anglais et, plus tard, au cours des luttes contre la féodalité, l'artillerie joua un rôle important. D’où une double conséquence : durant les premiers temps, pendant qu’on maintenait dans les parties hautes de la fortification une portion de l’artillerie, dont le feu plongeant rendait intenables les abords de la place, on logeait dans des boulevards de faible relief des batteries dont le feu rasant balayait les glacis.
Plus tard, le feu rasant gagna en puissance et en efficacité et le feu plongeant devint moins utile; de plus, l'ébranlement causé par les batteries élevées compromettait la solidité des ouvrages; enfin, plus les fortifications avaient de hauteur et plus elles donnaient prise aux tirs de l’ennemi, leurs débris comblant le fossé, comme pour préparer l’assaut. Pour ces divers motifs, on fut amené à fairedes fortifications plus basses. En outre, en dépit des mesures prises pour l’aération, la fumée des pièces rendait les salles inhabitables aux canonniers : il fallut remplacer les tours par des bastions à ciel ouvert. La maçonnerie perdit en hauteur, elle gagna en épaisseur. 11 reste de cette époque de transition des murailles formidables. Le seizième siècle rem para les murailles, c’est-à-dire qu’il les épaula, du côté intérieur, par de larges terrassements; ces remparts constituèrent l’essentiel de la courtine; les murs n’étaient plus que des revêtements destinés à retenir les terres, à les empêcher de crouler dans le fossé.
Porte Xarbonnaise, à Carcassonne.
TALUS d’empattement; HOURDS ET MACHICOULIS. 2o5
Les talus d’empattement; les hourds et les mâchicoulis. —
Vers la fin du douzième siècle, on empatla le bas des murailles d’un renforcement en talus (fig- 151), qui rendait la sape plus
Fig. i5i. — Tour à pied empatlé cl à couronnement Lourde.
difficile, mais qui répondait surtout à une autre préoccupation. Nous avons déjà émis l’observation que le lir direct d’un mur de défense n’atteint pas le pied de ce mur : le plan vertical du
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parement AB et le plan oblique du tir plongeant AC déterminent un angle mort ( fig. 1 52), où ne pénètrent pas les flèches de l’archer posté derrière le parapet. Si, au bas du mur, on ménage un
talus, la zone de terrain correspondant à l’angle mort est dimi nuée d'autant et ce qui en reste est battu par les ricochets des projectiles qu’on laisse tomber des créneaux ou des mâchicoulis.
Voici ce qu’étaient ces mâchicoulis. De toute antiquité, le parapet de couronnement était crénelé, c’est-à-dire découpé d’échancrures carrées ou créneaux ; les pleins entre les créneaux sont dits nierions. Constatons en passant que le créneau est parfois remplacé par une fenêtre, habituellement à linteau (Jig. 158). Le combattant s’abritait derrière le merlon ; mais pour tirer, il se plaçait au créneau, le haut du corps à découvert. On eut l’idée de munir les créneaux de volets qui tournaient sur un gond supérieur disposé horizontalement. Un perfectionnement qui, depuis le douzième siècle, eut plus de vogue consistait à percer dans les nierions des archères ou meurtrières pour le tir de l’arc ou de l’arbalète. Mais on ne pouvait pas laisser tomber par les archères les blocs et les boulets de
tALUs d'empattement; hourds et Mâchicoulis. 207
pierre et, de plus, ces projectiles couraient le risque de rencontrer dans leur chute quelque aspérité du parement, qui les faisait dévier. Des bas-reliefs assyriens nous montrent que le crénelage surplomblail quelque peu la muraille; le Moyen Age fit plus dans cette voie. D’abord, en haut des murs et du côté
Fig. i 53. — Château de Laval (xn' siècle), avec des hourds à demeure et avec des fenêtres de la Renaissance.
(Extrait du Manuel d'archéologie de M. Enlart).
de la campague, il réserva une ou deux rangées de trous; en temps de guerre, on engageait dans ces trous des poutrelles horizontales sur lesquelles on dressait des montants ; cette ossature était close de madriers revêtus de peaux fraîches, pour les
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protéger contre l’incendie, et elle portait un toit, qui s’appuyait au sommet des nierions. Ces constructions légères s’appelaient /lourds, hourdages. La face antérieure était percée d’archères, et dans le plancher on réservait des mâchicoulis, c’est-à-dire des ouvertures par lesquelles on accablait verticalement l’assaillant ou le sapeur attaché au pied de la muraille ( fig . 151 et 153).
Certaines forteresses, principalement dans la région de l'Est, avaient des hourds à demeure, en pans de bois garnis de torchis, de tuiles, d’ardoises. On cessa de construire des hourds au quatorzième siècle. Dès avant ceLte époque, on avait substitué quelquefois à la file de trous un rang de corbeaux, de trois ou quatre assises se surplombant; ces corbeaux attendaient les hourds, que l’on établissait quand il était nécessaire. Plus sou-
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vent, on adopta ce dispositif bien connu qui consiste à reporter le parapet un peu en avant de la muraille. Qu’on imagine (fig. 15h), plaqués contre le mur, des contreforts saillants, dont les pieds plongent dans le talus inférieur et dont le haut porte des arcs légers affleurant la face des contreforts ; ces arcs, à leur tour, soutiennent le parapet. Entre les arcs et le parapet, d’une part, et le mur, de l’autre, il existe un vide pour le tir vertical : c'est le mâchicoulis sur contreforts.
Ce dispositif, qui apparut au douzième siècle et peut-être dans le Midi, n’allait pas sans inconvénients; lps contreforts divisaient le mur en petits compartiments qui ne pouvaient
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pas s’entr’aider. On préféra (Jig- 155) des encorbellements reliés par des arcs, plus souvent, dans le Nord, par des linteaux, dont la forme et la décoration fournissent des éléments précieux pour dater les ouvrages.
Ces couronnements à mâchicoulis furent souvent abrités sous une toiture, ce qui conduisit (fig. 158 ) à faire, au lieu des
crénelages, des parapets percés de fenêtres, pareils à ceux dont il a été parlé. Enfin, en haut des nierions et des allèges des