LES TOURS EN ELEVATION
dans les étages bas. On trouve encore à l’époque gothique des voûtes de types romans : coupole, berceau, voûte d’arêtes. Les voûtes gothiques apparaissent d’abord dans les étages élevés. La voûte a autant de branches d’ogives que la salle compte de côtés; les ogives sont de section très simple, sur colonneltes ou sur culs-de-lampe, et la clef est souvent percée d’un œil pour le montage rapide des munitions.
On entrait généralement dans les tours, non point au niveau du rez-de-chaussée, mais depujs les courtines, ou bien depuis un étage des bâtiments voisins.
Les communications entre les étages des tours se prêtaient à nombre de petites combinaisons : quelquefois, la hauteur delà tour était divisée en deux parties, isolées l’une de l'autre. A ce point de vue, l’architecture militaire du Moyen Age s’est inspirée de deux méthodes successives : d’abord, on préféra les communications difficiles, les échelles mobiles que le défenseur pouvait enlever lorsqu’il se relirait dans les étages hauts, les couloirs étroits, coudés, aboutissant à des impasses ou à des précipices; plus lard, renonçant à ces menues chicanes, on adopta un parLi plus franc, et on construisit des escaliers permettant aux défenseurs de se porter aisément sur les points menacés.
Ces escaliers sont dans l’épaisseur des murs ou dans une tourelle accolée à la tour; ils peuvent monter plus haut que celle-ci, afin de fournir un poste d’observation. Souvent l'escalier est brisé aux divers étages; j’entends par là qu’il fallait traverser les salles et se faire reconnaître. La construction de ces escaliers rappelle les escaliers de l’architecture civile.
Certaines tours possèdent des étages souterrains, dont l’aspect rude et l’obscurité mystérieuse font travailler les imaginations. Quelquefois, surtout dans les tours isolées, ce sont des caves, des celliers ou encore des citernes, vers lesquelles étaient dirigées les eaux recueillies par les terrasses. D’autres fois, dans les châteaux soignés, ce sont des fosses de latrines. 11 peut arriver (pie ce soient des glacières : nos pères usaient de la glace pour rafraîchir leur boisson et on comprend très bien une glacière en forme d’entonnoir et, au-dessous, une excava-
ARCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE
tion où la glace s’égouttait. Ce sont enfin des cachots. Quant aux oubliettes, où on aurait jeté des prisonniers avec l’intention de les oublier, les meilleurs archéologues et les plus perspicaces 11’en ont guère vu; VioIlet-le-Duc n’en connaissait qu’un exemple, à Pierrefonds. Il faut n’accepter qu’avec une extrême prudence les légendes locales en ces matières. « Combien de celliers ou de magasins de bois, a dit Mérimée, n’ont pas été pris pour d’affreux cachots! Combien d’os, débris de cuisine, n’ont pas été regardés comme les restes des victimes de la tyrannie féodale! »
Fig. i58. — Fortifications à double crénelage.
De grosses tours du quinzième siècle (fi g. 158) ont un premier chemin de ronde couvert, avec parapet à fenêtres et à mâchicoulis p au-dessus, un étage un peu plus étroit et, au-dessus encore, un second parapet, ce dernier découvert et, naturellement, dépourvu de mâchicoulis.
Les tours furent longtemps abritées par une simple terrasse. Quand on fit les tours à poivrière, de si jolie silhouette, les toits de ces tours furent posés soit en arrière du parapet, soit sur le parapet, qu'ils débordaient quelque peu.
LES TOURELLES, LES ECHAUGUETTES ET LES BRETÈCHES. ü/|5
Les tourelles, les échauguettes et les bretêches. — Comme leur nom l’indique, les tourelles sont de petites tours, des tours de faible diamètre, accolées à un ouvrage. Les tourelles pouvaient avoir plusieurs destinations : souvent, elles renfermaient un escalier à vis; elles donnent des vues d’enfilade le
long des murailles sur lesquelles elles font saillie; enfin, elles battent le terrain en avant de ces murailles et concourent au flanquement. C’est ainsi que de grosses tours carrées sont munies de tourelles sur leurs angles.
La tourelle peut partir de fond ou bien commencer à une certaine hauteur au-dessus du sol, Dans ce cas, elle repose parfois sur un encorbellement; mais ainsi placée, une tourelle, même légèrement bâtie, tend à tomber; il faut assurer l’équilibre en lestant la queue des corbeaux. Des constructeurs ont préféré appuyer les tourelles sur un ou deux contreforts.
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La tourelle était d’une si piquante silhouette qu’elle est devenue un motif courant de l’architecture civile.
L’échauguette ( Jig . 159 ) est une guérite, un bout de tourelle, perché, comme le sont certaines tourelles, sur un encorbellement ou sur un contrefort et destiné à recevoir un guetteur. On appelle bretèches (Jig. 15b) des logettes évidées par le bas en mâchicoulis et plaquées contre le parement au-dessus d’un point faible, fenêtre ou poterne. 11 faul quelquefois une certaine attention pour ne pas les confondre avec les latrines. Échauguettes et bretèches avaient aussi des archères, qui leur permettaient de concourir au flanquement.
Les portes. — Les portes étaient l’une des parties les plus soignées de la fortification : l’ingéniosité des constructeurs y luttait avec la ruse des assiégeants.
Dans les forteresses de peu d’importance, la porte est souvent à hauteur du premier étage et desservie par une échelle à main. Dans les villes, dans les grands châteaux, l’emplacement et les défenses de la porte sont étudiés avec une extrême atten (ion.
Elle est protégée par des ouvrages avancés, puissamment flanquée et très forte par elle-même. C’est un couloir étroit, bas, allongé, où sont amoncelés les obstacles. Des chaînes sont tendues en travers du passage. La herse, connue de l’antiquité, fait sa réapparition : elle glisse dans une rainure qui empêche qu’elle ne sorte de son plan vertical; on la monte à l’aide d’un treuil; elle s’abaisse par son propre poids; montée ou baissée, elle est fixée par des verrous. Dans la voûte du couloir, des mâchicoulis sont percés, pour assommer les assaillants, que des archères, pratiquées dans les murs, prennent de flanc. Enfin, une ou plusieurs paires de vantaux se rencontrent d’habitude, maintenues fermées par de grosses barres de bois qui glissent horizontalement dans l’épaisseur du mur. Pour que ces vantaux puissent tourner sur leurs gonds et se rabattre contre les murs latéraux du couloir, il est nécessaire que celui-ci, eu arrière de la baie, soit plus élevé ou profilé autrement que la