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LES ABORDS : FOSSES, LICES, BARBACANES, ETC

à travers une tour carrée ( fig . 162), qui pouvait présenter, aux angles extérieurs, des tourelles ou des échauguettes. Ce type de porte est plutôt méridional.

Les abords : fossés, lices, barbacanes, etc. — La valeur d’une forteresse était accrue par sa situation, par les mouvements du terrain en avant des murailles. Dans la mesure du possible, on choisissait pour l’assiette de la place une position naturellement forte, défend u,e par des escarpements ou des cours d’eau. \u surplus, des travaux rendaient l’accès des murailles aussi difficile rpie faire se pouvait, et des obstacles artificiels amortissaient l’élan de l’attaque : c’était le tracé sinueux de chemins, pris d’enfilade par le tir de la place; c’étaient des tranchées, ou des terrassements étagés, ou mieux des fossés, simples ou doubles, revêtus, c’est-à-dire maçonnés, ou non revêtus, pleins ou secs. On appelle escarpe le talus intérieur du fossé, et contre-escarpe le talus extérieur. Tantôt un chemin de ronde circulait entre la muraille et l’escarpe, et tantôt le pied du mur, formant escarpe, plongeait dans le fossé.

Les crêtes des terrassements pouvaient être plantées de palissades, de chevaux de frise, pieux effilés et durcis contre lesquels l’assaillant devait se blesser. Lices désigne ces barrières et aussi l’espace compris entre les barrières et le mur. Dans certaines places très fortes (fig. 163), on a substitué aux barrières un mur plus bas que la muraille principale; les lices étaient alors une seconde enceinte maçonnée à chaux et à sable.

Les ingénieurs militaires construisirent des ouvrages avancés : bastilles, barbacanes. La bastille est plutôt un fortin détaché, destiné à diviser l'effort des assiégeants; la barbacane (fig. 162) se relie au front, qu’clle couvre sur un point vulnérable ou vital ; une porte, la tête d’un pont. On en fil de volantes, qui étaient de simples levées de terre, des épaulcmenls; on en fit de permanentes, en pierre et mortier. Elles affectaient ordinairement la forme de tours très grosses et très basses, généralement semi-circulaires.

Les barbacanes cl les chemins d’accès aux portes étaient par-

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fois disposés, conformément aux conseils de Vitruve, de telle sorte que l’assaillant présentât à la défense le liane droit : ce fut le côté faible aussi longtemps que l’homme fut protégé par l’écu ou bouclier, qu’il portait à gauche.

Les ouvrages avancés pouvaient être en communication avec le corps de la place, grâce à des passages souterrains. Ces galeries permettaient à la garnison soit de prendre l’ennemi à dos, soit de se rendre secrètement aux postes détachés, soit de regagner les abris en cas de retraite.

Les diverses espèces de places fortes. — L’importance des forteresses était des plus variables, depuis la tour à signaux des Pyrénées, dont la garnison se composait de un ou deux hommes et un chien, depuis le moulin défendu ou la maison forte, que des murs un peu épais, un crénelage et quelques bretèches mettaient à l’abri d’un coup de main, jusqu’au monastère qu’entourait une enceinte crénelée et flanquée de tours, jusqu’à la ville fermée, jusqu’au grand château.

Sur le littoral méditerranéen, presque toutes les localités et bien des fermes isolées étaient fortifiées et ont eu à se tenir en garde, au dix-neuvième siècle encore, contre les razzias des pirates barbaresques. Ailleurs, les troubles épouvantables de la guerre de Cent ans et des guerres de religion ont couvert certaines provinces de fortifications improvisées. L’église — surtout l’église romane vofitée, avec ses murailles vigoureuses et son clocher massif — était un refuge tout indiqué : on organisa entre voûte et toit un étage de défenses; on mura des fenêtres; on plaqua des bretèches au-dessus des portes et on jucha des échauguettes au sommet des contreforts. Tel clocher était commandé par un capitaine.

Une muraille élevée autour du cimetière pouvait constituer la chemise de ces églises-donjons. Certains porches, munis de meurtrières, jouaient le rôle de barbacanes ou de tours.

Dans les places systématiquement organisées du Moyen Age, le réduit s’appelle donjon.

I I.;. il>3. - Tour de l'Jnc]uisilion rl lires, à Carcassonne.

(Extrait du Guide à lu Ci lé de Carcassonne. île \l . Pierre Poncin. )

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Les donjons et les châteaux. — Les donjons sur motte de la période latine étaient des tours carrées en bois, élevées sur des éminences habituellement formées de main d’homme. Autour du donjon, une enceinte de palissades protégeait la bassecour et les dépendances du logis seigneurial.

Le donjon roman maçonné coexiste, au onzième siècle, avec des donjons de charpente : il est quelquefois circulaire, cylindrique ou rarement tronc-conique; plus souveut il est quadrilatère et renforcé de contreforts ( fig . 16k), soit à peu près carré, soit rectangulaire et accompagné d’une tourelle également rectangulaire, qui renferme la porte d’entrée et l’escalier. Ce sont les types de ces donjons de la Loire, dont le spécimen le plus ancien connu est le donjon de Langeais, attribué à Foulque Nerra et aux dernières années du dixième siècle.

Les ingénieurs militaires du douzième siècle tâtonnèrent à la recherche d’un plan rationnel pour les donjons. Aux vieux types romans, qui ne furent jamais abandonnés, la fin de l’époque romane et l’époque gothique ajoutèrent d’autres types très variés : donjon polygonal, donjon carré avec les angles arrondis, donjon carré avec un éperon rectiligne, donjon circulaire avec un éperon en amande, doujon carré ou rond avec quatre tourelles, donjon en quatre-feuilles; cette dernière forme est celle du donjon d’Etampes.

Uu peu avant 1200, Philippe-Auguste et Richard Cœur-de- Lion imprimèrent une vigoureuse impulsion à l’art de l’attaque et de la défense des places. Philippe-Auguste s’arrêta à un type de donjon cylindrique, très solidement maçonné et voûté sur toute sa hauteur. Château-Gaillard, au-dessus des Andelys {fig. 165), élevé par Richard en 1196-1197, est l’une des constructions les plus célèbres de cette période. La position est formidable ; un ouvrage avancé protège la forteresse du côté où elle est le plus accessible; en arrière, vient le château proprement dit, formé d'une double chemise; la chemise intérieure est ondulée; on dirait, en plan, ainsi que nous l’avons déjà vu (p. a3i), des tours de saillie médiocre presque juxtaposées ; à cheval sur cette enceinte est le donjon, muni d’un éperon et armé de mâ-

l*’ic. i ( j 5 . — Château du temps de Philippe-Auguste. — Chaleau Caillaid.

(Extrait du Dictionnaire de Viollet-le Duc.)

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chicoulis sur contreforts. Château-Gaillard fut pris en moâ par Philippe-Auguste, à la suite d’un siège mémorable.

Dans cette évolution de l’architecture militaire, les mottes artificielles disparurent. La chemise de pierre dont on enveloppait le réduit central prenait une plus grande importance. Le donjon devenait un ouvrage accessoire; dès le treizième siècle, certains châteaux en étaient dépourvus. Il doit être entendu que le plan de l'enceinte continuait d’être tracé de façon à profiter des accidents du terrain.

A Coucy (i2a3-i23o) (Jig. 166), l’enceinte, très ample, englobe des bâtiments élevés contre les remparts; le donjon intercepte les courtines. Il portait à 55 mètres le crénelage qui couronnait sa masse imposante avant qu’il ne fût renversé par des barbares.

Le Nord revint parfois, durant le quatorzième siècle, aux donjons carrés ; tel celui de Vincennes, qui est flanqué de tourelles partant de fond.

Sous le règne de Charles VI, le frère du roi, Louis d’Orléans, éleva quelques forteresses puissantes, comme Pierrefonds, dans lesquelles les logements tiennent un rôle de plus en plus prépondérant. Le château féodal n’était plus, comme à l’origine, un repaire, une tour forte accompagnée des habitations rigoureusement indispensables; c’était un logis seigneurial disposé pour la défense, un palais fortifié.

D’autre part, dès le début du quatorzième siècle, le pape Clément V et sa famille construisirent en Bordelais et Bazadais des châteaux de plaine qui dessinaient en plan un rectangle renforcé de tours aux angles et quelquefois sur les faces, notamment près de la porte. Quelle qu’en soit l’origine, cette formule simple et rationnelle paraît avoir eu dans les diverses provinces un durable succès.

Après la guerre de Cent ans, les progrès de l’autorité royale d’une part, les perfectionnements de l’artillerie de l’autre, laissaient uniquement place aux châteaux de plaisance, où les encorbellements de faux mâchicoulis ne servaient plus qu’au décor. Le Moyen Age avait pris fin.

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