QUATRIEME ÉPOQUE
Rente =
30me sures
de blé.
Rente = 20.
Rente = 10.
Cultivées rente
irées.
L'observation de Ricardo est vraie, quoiqu'on soit en droit de lui objecter que le phénomène de rente représentant l'action coopérative, peut se produire et se produit légitimement, même pour la dernière qualité des terres exploitées. En vain des économistes, tels que Bastiat en France et Carey en Amérique, ont prétendu renverser la théorie de la rente, le premier en s'appliquant à prouver que la terre n'a de valeur que par les capitaux et le travail que l'homme y enfouit, et que, par elle-même, elle donne, comme tous les agents naturels, sa force productive gratuitement, le second en montrant en outre, par des exemples pris dans les défrichements de son pays, que les terres les plus fertiles ne sont pas ordinairement les premières que l'homme cultive, parce qu'elles sont souvent situées au fond de vallées qui exigent des travaux préparatoires, et, par conséquent, une certaine civilisation, pour être rendues habitables. Ils n'y sont pas parvenus.
Peu importe en effet que les premières terres défrichées soient foncièrement ou ne soient pas les plus fertiles : elles étaient les plus productives dans la situation où se trouvaient les premiers colons.
Sans doute, le capital améliore le sol, et il est souvent impossible de démêler la part de l'un et de l'autre dans la valeur d'un fonds de terre; souvent aussi, la valeur d'un bienfonds reste fort au-dessous de la valeur totale des capitaux et du travail qui y ont été successivement dépensés. Il n'en est pas moins vrai que la terre a une force productive qui lui est propre, que cette force n'est pas la niême pour toutes les terres et pour tous les usages, et qu'il faut la payer suivant la mesure de l'utilité qu'elle procure. Il y a toujours à un moment donnée comme le dit Roscher, des terres qui, avec le même capital et le même travail^ rendent plus que dC autres; la différence qui existe alors entre le rendement des plus favorisées et celui des moins favorisées constitue la rente,
Bastiat voulait prouver que la terre ne différait en rien des autres capitaux, et que sa valeur émanait tout entière du travail de l'homme, croyant fortifier par là le droit de propriété; sa proposition, qui contient une grande part de vérité^ est cependant fausse, étant absolue. S'il y a en effet
LA PART DU CAPITAL l'iO
sur le globe bien des terres qui ne valent rien, parce que la présence et le travail de Thomme civilisé ne les ont pas vivifiées, il arrive souvent aussi qu'un fonds de terre acquiert une plus-value de rente sans que son propriétaire ait dépensé un capital ou un travail supplémentaire; c'est le cas par exemple d'une ferme éloignée de tout débouché, près de laquelle on vient à construire un chemin de fer conduisant à un marché important, ou d'un terrain qui, dans une ville, se trouve en façade sur une grande rue nouvellement percée. On a beau dire que c'est le travail de la société qui a fait la plus-value : ce n'est pas moins le propriétaire qui a le bénéfice, c'est-à-dire la rente.
Cette rente n'existe pas seulement, comme on le voit, entre deux champs de blé. Le vent souffle pour tout le monde, et cependant, de deux moulins construits exactement de la même manière et avec un capital égal, mais placés l'un sur une éminence dominant toute la région, l'autre dans un pli de terrain, le premier donnera une rente, et l'autre n'en donnera pas.
On voit aussi que la rente n'augmente pas le prix des choses; car elle est la conséquence et non la cause de la hausse, A cet égard, on ne saurait donc lui reprocher de porter préjudice aux intérêts des consommateurs : nous verrons bientôt qu'elle leur est au contraire souvent favorable. Mais, si le fait observé par Ricardo est exact, certaines conséquences qu'il montre et qui ont effrayé d'autres économistes sont moins exactes ou moins à redouter qu'il ne le fait croire.
Si la rente augmente à mesure que la population augmente, c'est que le prix du blé augmente, et si les salaires restent stationnaires, et que l'ouvrier paye son pain plus cher, le résultat définitif est que les pauvres s'appauvrissent, pendant que les riches s'enrichissent davantage : voilà la thèse de Ricardo. Pour qu'elle devînt une réalité, il faudrait supposer que, durant cette évolution de la rente, aucun progrès n'a été accompli ni dans la culture, ni dans l'industrie; sans quoi le progrès agricole aurait abaissé le prix de l'hectolitre ou le progrès industriel aurait élevé les %^\^\x^^. ^^
ÉCONOMJfi POLITIQUE. ^
n'est pas ce que l'expérience des faits montre, depuis que Ricardo a produit sa théorie. Il y a eu à la fois progrès agricole, ayant pour effet des récoltes plus abondantes ; progrès commercial, permettant un plus large approvisionnement des marchés; progrès industriel, rendant le travail de l'ouvrier plus fécond, et il s'est trouvé que c'était le prix du blé qui demeurait à peu près stationnaire, tandis que les salaires haussaient.
La rente a augmenté cependant aussi d'une manière générale, tout en se déplaçant quelquefois. Ainsi telles terres qui avaient le privilège de nourrir une grande ville ont pu perdre, lorsque les chemins de fer ont accru la rente de telles autres terres en leur ouvrant un débouché jusqu'à cette ville. Mais, la'rente a augmenté d'une manière absolue, on peut dire qu'elle décroît d'une manière relative et qu'elle devient une moindre portion de la richesse totale dans un pays dont l'industrie prospère.