‹ Précis d'économie politiqueChapitre 34 sur 62 · La coopération du capital. — Il faut de toute né · texte numérisé non relu

La coopération du capital. — Il faut de toute né

cessité que, pour produire, le travail et le capital soient associés. Nous Pavons prouvé en traitant du rôle du capital. A quelles conditions? A des conditions diverses selon les cas, mais qui toutes impliquent un partage du produit, puisqu'il y aura eu participation de l'un et de l'autre à l'œuvre de la production.

Le cas le plus élémentaire est celui où le capital et le travail sont réunis dans une même personne, c'est-à-dire où le travailleur produit avec des Qutils et des matières premières qui lui appartiennent en propre. Ce n'est pourtant pas, au point de vue de l'analyse scientifique, le plus simple à étudier. En effet, les deux facteurs de la production y sont si intimement mêlés qu'on ne prend pas toujours garde dans la pratique de les distinguer. Le savetier, dans son échoppe, paye un loyer, se nourrit, possède un matériel industriel, c'est-à-dire travaille avec un petit capital. Songe-t-il à lui faire une part distincte dans les bénéfices? Non; il songe à vivre. Cependant, s'il cède quelque jour ce matériel et sa clientèle à un camarade, il saura très bien que tout cela a une valeur; il en demandera et en obtiendra une certaine somme d'argent. L'influence du capital est certaine.

Deux tisserands de campagne travaillent, celui-ci sur son propre métier^ celui-là sur un métier appartenant à un fabricant du bourg voisin; le premier recevra le prix intégral de . la façon de ses toiles; le second n'en recevra qu'une partie, l'autre étant retenue par le fabricant pour la participation de son capital. L'influence du capital apparaît ici plus manifesté.

Elle devient si clairement manifeste, lorsque l'industriel a des ouvriers et un établissement organisé, qu'il est inutile d'insister; il suffît de renvoyer à ce que nous avons dit plus haut à propos du rôle de l'intelligence et de celui du capital. Ce précieux coopérateur qui augmente dans une proportion si considérable la puissance productive du travail, il est juste de le payer. Comme tout associé, il a droit à sa part. 6S. La gratuité du crédit. — Hâtons-nous d'ajouter : // est impossible de ne pas le payer, aussi bien qu'il est impossible de ne pas payer le travail. Un ami peut gratuitement

nous prêter une somme d'argent, comme il peut gratuitement nous rendre un service ou nous donner un produit de son travail : ce sont là des actes que la sympathie inspire et que ne règle pas l'économie politique. Dans les rapports ordinaires de la vie, les hommes échangent entre eux des services. « J'ai besoin de votre capital, dit le travailleur, parce qu'avec son aide, je produirai beaucoup plus. » — a Le voici, répond le capitaliste ; quelle part du produit lui réserverez -vous? » Qu'il propose lui-même les conditions, ou qu'il attende qu'on les Jui fasse, il ne donne son argent qu'avec l'espérance d'un profit raisonnable. L'emprunteur offre-t-il moins que son voisin, le capitaliste prêtera probablement au voisin, s'il trouve la même sécurité.

Si tous les emprunteurs, imbus d'idées fausses et s'imaginant que les capitalistes abusent de leur position en réclamant une part du profit, refusaient absolument de donner cette part, qu'adviendrait-il? Les capitalistes garderaient leurs fonds. Les uns, les plus sensés, se mettraient à travailler pour utiliser eux-mêmes l'instrument dont ils n'auraient pu trouver le placement lucratif et en tireraient un revenu ; les autres le consommeraient d'une manière improductive, aimant mieux, tout calculé, se procurer des jouissances temporaires que de s'imposer les privations d'une épargne sans fruit.

Car il ne faut pas oublier que la source du capital est l'épargne et que l'épargne est une privation de jouissances. Or, l'homme prévoyant ne se prive dans le présent qu'en vue d'une jouissance dans l'avenir, pour lui ou pour les siens; supprimez Je droit à la jouissance dans l'avenir, c'est-à-dire le profit du capital prêté, et vous supprimerez du même coup l'épargne. Cette supposition est d'ailleurs tout imaginaire et la gratuité du crédit est une utopie. Les hommes sont guidés en pareille matière par leur intérêt; et, comme l'intérêt des travailleurs à se procurer du capital n'est pas moins grand que l'intérêt des capitalistes à trouver de l'emploi à leurs capitaux, l'accord est en quelque sorte nécessaire. Mais les préjugés, comme les mauvaises lois, peuvent le rendre plus difficile.

«6. l-c taux de l'intérêt. — Comme loules \feS» \ Aevvt^ A^

134 LA RÉPARTITIOî/

capital est soumis à la loi de Toffre et de la demande. Le taux de sa rémunération est fixé au point où s'accordent le capitaliste qui cherche le plus grand profit possible et l'emprunteur qui cherche la moindre dépense. Nous pouvons dire d'une part : capital rare, capital chei\ c'est-à-dire intérêt élevé; capital abondant, capital à bon marché, c'est-àdire intérêt bas.

Nous n'avons ainsi qu'une des faces du problème; il faut ajouter d'autre part : capitaux très demandés, capitaux chers; capitaux peu demandés,' capitaux à bon marché.

Le taux de l'intérêt se règle principalement >1° sur l'état général de la richesse qui tend à faire baisser d'autant plus V intérêt quelle est elle-même plus abondante^ 2» sur l'activité de Vesprit d'entreprise qui, par contre, tend à faire hausser l'intérêt d'autant plus quelle est plus grande elle-même.

On peut comparer ce jeu du taux de l'intérêt au mouvement d'une balance. Dans le plateau de l'offre, ajoutez du capital : aussitôt le fléau de la balance incline vers la baisse. Mais mettez ^e nouveaux emprunteurs dans le plateau de la demande, et le fléau se relève vers la hausse ; chacune des oscillations, c'est-à-dire chaque variation du taux de l'intérêt, marque, non pas la quantité absolue de capital disponible, mais le rapport entre cette quantité et la demande. C'est ainsi que, dans une époque de langueur du commerce, on voit s'abaisser l'intérêt. Est-ce que le capital est plus abondant ? Nullement ; mais il est beaucoup moins demandé.

Il en résulte que l'abaissement indéfini du taux de l'intérêt est une utopie. Les faits sont en contradiction avec une . pareille théorie. Le raisonnement l'est aussi. Ce qui est désirable, c'est que les capitaux soient très abondants et qu'ils soient toujours très demandés. Ce qui signifie : il est désirable qu'il y ait beaucoup d'instruments de travail à la disposition de l'industrie humaine, et que ces instruments soient constamment employés à produire, parce que ce sont deux conditions qui concourent puissamment à conduire l'œuvre économique vers son but. Trop haut, l'intérêt en- Irave la production ; trop bas, il n'encourage pas la forma-

tion du capital. Mais la moyenne ne saurait jamais être déterminée sans témérité; car elle varie suivant les cas, les lieux et les temps.

Quand les capitaux sont associés, ils peuvent avoir de grandes chances de profit, de même qu'ils courent de graves risques de perte. Si Tafifaire est très bonne, c'est peut-être par 10, 20, 50 0/0 que se compte le profit ; si elle est ou si elle devient médiocre, le profit s'abaisse vers ; si elle est tout à fait mauvaise, non seulement le profit est nul, mais le capital est détruit en totalité ou en partie, et le capitaliste perd intérêt et principal.

Le prêteur peut se mettre à l'abri de ces grandes oscillations. Au lieu d'un revenu variable et proportionnel aux bénéfices faits dans l'année, il peut stipuler d'avance un revenu fixe, calculé à peu près sur la moyenne des bénéfices annuels de l'entreprise ou réglé d'après la valeur des capitaux sur le marché. Dans ce cas, les fonds qu'il fournit ne sont plus du capital associé, mais du capital salarié. Tous les ans, le prêteur recevra l'intérêt stipulé, soit, par exemple, 6 0/0. Si le travailleur qui a fait l'emprunt a réalisé de gros bénéfices, tant mieux pour lui ; il en est le seul et légitime propriétaire, quand une fois il a payé la somme convenue ; mais si, d'autre part, son profit total n'est que de 4 0/0, il faudra, pour s'acquitter, qu'il prélève 2 sur son avoir, et le résultat pour lui sera une perte. Dans ce cas, le capital prêté n'a de risques à supporter que si Pentreprise était tellement mauvaise que, loin de donner des bénéfices, elle dévorât improduetivement tous les fonds de l'emprunteur et la totalité ou une partie des fonds prêtés : ce qui, d'ailleurs, n'est pas sans exemple.

Aussi le capital salarié fait-il son choix et ses conditions. Dans une industrie qui présente de bonnes garanties et avec des industriels qui, par leur richesse ou leur réputation, méritent le crédit, il se donne, eu égard à l'état général du marché^ en grande quantité et à bon marché ; dans les entreprises où il y a beaucoup à hasarder, soit à cause de la nature du travail, soit à cause du peu de fortune ou du peu de moralité du travailleur, il évite de s'engager ow \\ w^ V \«>\

qu'avec la perspective d'un intérêt assez élevé pour compenser la possibilité d'une perte. Pour cette cause, on dit que le taux de Vintérêt est généralement proportionnel aux risques^ c'est-à-dire que les entreprises hasardeuses payent un in-' térêt supérieur^ et les entreprises très solides un intérêt inférieur à la moyenne du taux dans un pays et dans un temps donnés.

Le capital mobilier peut être prêté sous différentes formes : sous la forme générale de numéraire propre à être converti par l'emprunteur en instruments quelconques, sous la forme d'instruments de production ou de marchandises, sous la forme de crédit ouvert sur les livres d'une maison de banque ou d'une maison de commerce, etc. Chacune d'elles exerce une influence sur le taux et sur les conditions du prêt.

6*7. La réfi^lementation de Tintérèt. — La loi de 1807

a fixé le maximum de l'intérêt à 5 0/0 dans les prêts civils, à 6 p. 0/0 dans les prêts commerciaux ; mais elle a été tantôt impuissante, tantôt gênante, comme toute loi qui prétend réglementer la valeur des choses. Le taux ordinaire de l'intérêt n'est pas plus élevé dans les pays qui n'ont pas de lois pareilles, et les capitaux, y circulant plus aisément, peuvent mieux y seconder le travail du prêt.

Une loi de 1857 a dispensé la Banque de France pour le taux de son escompte de la limitation imposée par la loi de 1807.

Une conception plus juste des rapports économiques a conduit la Chambre des députés à voter, en 1882, un projet de loi qui supprime la limitation en matière commerciale et qui sera soumis au Sénat.

68. La consenratlon du capital. — La situation du capitaliste est assurément plus agréable et plus facile que celle de l'ouvrier auquel le travail de chaque jour est nécessaire pour gagner le pain du lendemain. L'administration d'un capital n'est pourtant pas une sinécure et l'esprit de conservation qu'il suppose est une qualité nécessaire au rentier. Un économiste a cru même pouvoir désigner cette fonction du capitaliste sous le nom de travail-épargne, mot excessif, parce que l'épargne consiste beaucoup plus dans un effort d'abstention que dans un effort d'action.

Le capitaliste doit posséder d'abord la vertu de l'épargne : c'est l'effort d'abstention qui lui fait quelquefois épargner une portion du revenu et généralement conserver le capital, qu'il l'ait formé par son propre travail ou reçu en héritage. Tous, ne savent pas faire cet effort ; la preuve est qu'il y a des prodigues qui se ruinent. On les rencontre beaucoup moins parmi ceux qui, ayant eux-mêmes amassé leur fortune petit ù petit, connaissent le prix de l'argent, que parmi ceux, qui ont reçu de leurs parents une fortune toute faite.

Ce n'est pas assez de ne pas ruiner son fonds en prodigalités ; il faut savoir l'administrer ; si ce sont des biens-fonds, ne pas les laisser s'amoindrir faute d'entretien et même s'ingénier à en accroître la valeur par des améliorations foncières ; si»ce sont des capitaux mobiliers, ne pas se laisser induire à de mauvais placements par la perspective trompeuse d'un gros bénéfice, se rendre compte de la moralité et de la capacité des gens avec lesquels on traite et apprendre à connaître le marché des capitaux, comme un gros meunier connaît le marché des farines. Cet art n'est pas sans dirficulté, puisqu'on voit beaucoup de capitalistes compromettre leur situation et même se ruiner entièrement, quelques-uns parce qu'ils ont été malheureux dans leurs opérations, beaucoup parce qu'ils ont été ignorants ou téméraires.

Or, que la prodigalité ou l'insuccès soient la cause de la destruction des capitaux, la société n'en subit pas moins un préjudice, puisque l'abondance des capitaux lui est profitable ; par contre, elle retire une utilité du seul fait de la conservation du capital par son propriétaire.

Le métayage est un contrat par lequel le propriétaire fournit la terre et le matériel d'exploitation et a droit à une part déterminée dans les produits. — Le fermage est un contrat par lequel le propriétaire loue sa terre pour un temps et moyennant une somme délÇitteÂwfe^ .

— Métayage et fermage sont la rente ou part de la terre dans la répartition.

La rente, dans le sens théorique, est cette portion du produit de la terre que Ton paye au propriétaire pour avoir le droit d'exploiter les facultés productives et impérissables .du sol. — Il y a toujours à un moment donné des terres qui, avec le même capital et le même travail, rendent plus que d'autres; la différence qui existe alors entre le rendement des plus favorisées et celui des moins favorisées constitue précisément la rente. — La rente est la conséquense et non la cause de la hausse des prix.

Tout instrument de production et tout travailleur ayant une supériorité naturelle quelconque au point de vue de la production sur les autres instruments ou sur les autres travailleurs du même genre jouissent d'une rente. — Tous ces phénomènes de rente ont pour origine des suppléments de services rendus par l'instrument ou par le travailleur à la société.

Il est juste de payer la coopération du capital. — Il est impossible de ne pas la payer; la gratuité du crédit est une utopie.

Capital rare, capital cher ou intérêt élevé. — Capital abondant, capital à bon marché ou intérêt bas.

Le capital prêté à intérêt fixe est un capital salarié.

— Le taux de l'intérêt est généralement proportionnel aux risques.

La société retire une utilité du seul fait de la conservation du capital par son propriétaire.

LA PART DE l' ENTREPRENEUR

Sommaire. — 69. Le profit de Tentreprise. — 70. Le dividende.

69. Le profit de l'entreprise. — Le profit de Tentreprise est un chapitre tout à fait distinct des deux autres chapitres de la répartition, rémunération du capital, sous forme de loyer de la terre et d'intérêt du capital, et salariat du travail. Ceux-ci font partie des frais de production et constituent, avec les matières premières employées pour la fabrication du produit et une part des frais généraux afférente, le prix de revient du produit ; celui-là est le bénéfice de Topéralion.

Les uns sont nécessaires et certains; ils sont souvent payés, ils sont toujours dus avant la vente et même avant l'achèvement du produit, puisque travail et capital sont consommés pour la fabrication et pendant cetle fabrication. L'autre est éventuel et n'existe, lorsqu'il exisîe, qu'au moment où la vente du produit, ajoutons même, pour être plus précis, au moment où le payement par l'acheteur de ce produit permet à l'entrepreneur de calculer avec précision l'excédent du prix de vente sur le prix de revient du produit, c'est-àdire sur la somme totale des déboursés en salaires^ en capitaux et en intérêts; la différence est le profit de l'entreprise.

Convient-il de faire entrer dans les frais généraux les dépenses de maison de l'entrepreneur? Nous le pensons. L'entrepreneur est un des- travailleurs de l'entreprise : il doit vivre de son travail, aussi bien que ses salariés, et compter ses frais d'existence, à condition de ne pas les élever au delà du niveau que comporte sa situation individuelle, comme il compte le salaire de ses coopérateurs. Ainsi les associés stipulent souvent dans l'acte d'association la somme qui sera allouée à chacun d'eux pour ses dépenses personnelles. Ainsi, quand l'entreprise, sous forme de sodéléi ^wû\iYCûfc-> ^'^^ '^'^^-duite non par un patron, mais car \xii dÀT^çX^x» ., Vi^ ^\sss^-

i40 LA RÉPARTITION

ments de ce directeur, quelque considérables qu'ils soient, comptent dans les frais généraux et sont considérés non comme des profits , mais comme des dépenses de l'entreprise ; le directeur peut avoir, en outre, part aux profils, s'il est intéressé dans l'affaire.

L'entrepreneur d'industrie ne peut donc savoir s'il a un profit qu'après l'achèvement complet de l'opération. Lorsque l'opération est simple, comme l'entreprise des terrassements d'une voie ferrée, il se rend compte de sa situation au terme de son unique entreprise. Lorsqu'elle est complexe, comme celle d'un manufacturier qui continuellement achète, produit et vend de grandes quantités d'ohjets, il s'en rend compte en faisant, à la fin de l'année, son inventaire, et en calculant si, toutes dépenses payées, son avoir est supérieur à celui de l'inventaire précédent. Il peut se trouver dans un des trois cas suivants :

lo II fait des profits^ c'est-à-dire que, tous frais comptés sans omission et prélevés, il a un actif supérieur à celui de l'année précédente; cet actif peut consister en espèces, en marchandises ou en matériel.

2° Il ne fait pas de profits^ c'est-à-dire que son actif est égal à celui de Tannée précédente. L'industriel a vécu pendant ce temps et se félicitera peut-être d'avoir traversé une crise sans sombrer, mais il ne s'est pas enrichi .

3** Il subit xmQ perte ^ c'est-à-dire que son actif est moindre que l'année précédente.

L'inventaire est nécessaire à tout négociant pour la connaissance de ses propres affaires : c'est par lui qu'il apprend si la voie qu'il suit est bonne et conduit vers la fortune, but de ses efforts, ou si elle est mauvaise et aboutit à la faillite, s'il doit poursuivre ou rectifier sa marche, changer de route ou s'arrêter.

Car il ne suffit pas qu'il affiche à 20 francs un objet dans lequel il entre 5 francs de matière première et qui coûte 8 francs de salaire pour qu'il ait le droit de dire : « Je fais un profit. » n faut savoir s'il trouvera un acheteur à 20 francs, et, en admettant qu'il le trouve pour un article, si les prix ne baisseront pas le mois prochain, si même une partie des arli-

des ne restera pas invendue ou ne se gâtera pas, si les frais généraux, dont on ne discerne pas bien tout d'abord la quotepart afférente à chaque unité de produit, n'ont pas été excessifs. Donc, comme nous le disions, le profit est essentiellement éventuel et variable. Il peut être très considérable dans une entreprise et à u&e époque, comme il peut être nul dans une autre entreprise ou à une autre époque, comme aussi le capital qu'emploie l'entreprise et dont elle est responsable peut être détruit Qn partie ou en totalité.

Quand on songe au nombre des entreprises, petites ou grandes, qui échouent parmi les entreprises innombrables qui se forment incessamment dans une société active, à la quantité de capitaux qui sont compromis, ébréchés ou entièrement, anéantis dans le mouvement économique, on comprend quel est le poids de cette responsabilité. Les gros profits ne sont que la compensation des très petits profits et des ruines.

Si la situation de Tenlrepreneur a de plus brillantes perspectives que celle du salarié, elle est entourée de plus de périls. En général, ce n'est pas par un coup de dé, mais par un long et persévérant travail, soutenu de l'esprit d'économie, que les industriels arrivent à amasser de quoi vivre dans le loisir durant leur vieillesse; car la concurrence agit sur les profits d'une manière non moins énergique que sur l'intérêt des capitaux. Si les profits étaient, comme il arrive quelquefois, très élevés dans une certaine industrie, les entrepreneurs s'y porteraient en grand nombre, se disputeraient la clientèle et ne l'obtiendraient qu'en abaissant leur prix de vente : ce qu'ils ne tarderaient pas à faire jusqu'à la limite du moindre profit.

Quelle que soit la moyenne — impossible à fixer — du profit, il est légitime qu'elle soit supérieure à la moyenne des salaires^ pour deux raisons, parce qu'elle est la récompense d'une responsabilité très lourde en cas d'insuccès et parce qu'elle est la rémunération d'un travail intellectuel qui exerce une action prépondérante sur la production.

Les profits sont d'ailleurs soumis dans leurs variations à la loi générale, comme les salaires et les capitaux. Dans les industries où la concurrence est grande, les profits sont

médiocres, parce que les entrepreneurs sont obligés de vendre à bon marché ; dans les industries où ils jouissent tout à fait ou presque d'un monopole, les profits ont chance d'être élevés'; dans les industries qui opèrent avec un très fort capital, le total des profits peut être considérable sans que la quotité en soit élevée,

7o.Le dividende. — Dans la société anonyme, il n'y a que des capitaux associés : ce sont eux qui sont les entrepreneurs; tous les agents sont des salariés. C'est donc aux capitaux qu'appartient le profit. Ils le reçoivent sous forme de dividende.

Le dividende, étant un profit, est donc éventuel et variable; il est élevé quand le bénéfice est grand, nul quand il n'y a pas de bénéfice. Car, en s'associant, les capitaux renoncent au bénéfice du salariat, c'est-à-dire de l'intérêt fixe ; pour eux intérêt et profit se confondent dans le dividende. C'est par un mode de comptabilité qui ne change rien à la nature des choses que certaines compagnies payent le dividende en deux coupons dont l'un, censé fixe, est désigné sous le nom d'inlérêt.

Il résulte aussi de cette condition que si l'entreprise, au lieu de faire des bénéfices, a fait des pertes au moment où elle est liquidée, c'e^ile capital des actions ou capital associé qui supporte ces pertes, tandis que le capital des obligations, lesquels sont des capitaux prêtés ou capitaux salariés recevant un intérêt déterminé, est préalablement remboursé comme étant un capital créancier.

Une part seulement des profits peut être attribuée au dividende, l'autre à la réserve. Cette répartition ne change pas la nature des choses. La réserve reste, comme faisant partie du profit, la propriété des actions.

Dans la société en commandite, le capital commanditaire est un associé, mais il n'a dans le profit que la fraction qui lui est attribuée par l'acte d'association.

RÉSUMÉS

Le profit de Tentreprise est l'excédent du prix de vente sur le prix de revient, c'est-à-dire sur la somme

totale des déboursés en salaires, en capitaux et en intérêts.

Le profit est essentiellement éventuel et variable. — Il est légitime qu'il soit en moyenne supérieur à la moyenne des salaires. — Le profit est médiocre où la concurrence est grande; il est grand lorsqu'il y a un monopole ou un gros capital. — Le dividende est la forme du profit des capitaux associés.

Sommaire. — 71. Les rapports des entrepreneurs et des salariés. — 72. lies coalitions. — 73. Les critiques du salariat. — 74. Les doctrines socialistes. — 75. Les sociétés coopératives. — 76. La participation aux bénéfices. — 77. Les institutions de patronage.

Vf. Les rapports des entrepreneurs et des salariés. —

Ouvriers et patrons vivent de la production : ils profitent les uns et les autres d'une production plus économique et plus abondante et souffrent les uns et les autres de la langueur de rindustrie. Leurs intérêts sont harmoniques.

Mais le lien qui les unit est un contrat de louage de travail dans lequel l'un est vendeur et l'autre acheteur. Sous ce rapport, leurs intérêts sont différents, le patron cherchant à avoir la main-d'œuvre à bon marché afin de gagner le plus possible, et l'ouvrier à gagner le plus possible en obtenant un gros salaire. De là une cause (JC antagonisme à laquelle s'ajoutent d'autres causes, telles que la subordination qui résulte du contrat même et que nécessite la discipline de l'atelier, et l'envie que peut faire naître dans le cœur d'ouvriers peu fortunés le spectacle de la richesse ou même seulement celui d'un bien-être plus grand des patrons. Ces difficultés sont de l'ordre moral proprement dit plutôt que de l'ordre

économique, parce qu'elles ont leur source dans les passions de rame humaine.

Sous le régime des corporations industrielles, ces difficultés auraient dû ;être plus grandes qu'aujourd'hui, puisque Touvrier pouvait alors se plaindre des barrières légales qui l'empêchaient de jouir, dès qu'il s'en croyait la force, des avantages du patronat. La liberté du travail a supprimé toutes les barrières artificielles et permis à tous de s'élever, quand ils le peuvent et comme ilsi le valent, à tous les degrés de la hiérarchie industrielle et de la fortune; mais elle n'a pas supprimé les difficultés morales. Sans doute, il y avait autrefois des coalitions d'ouvriers, des interdits prononcés contre certains patrons; mais il y avait moins d'ouvriers, parce qu'il y avait moins d'industrie, et il y avait surtout peu d'agglomérations considérables d'ouvriers sous la main d'un même entrepreneur, parce que la grande industrie était encore dans l'enfance ; la plupart des maîtres étaient des artisans, travaillant avec un petit nombre de compagnons, et ce n'est pas le plus souvent dans ce milieu — pas plus aujourd'hui qu'autrefois — qu'éclatent les crises du salarial. Le grand développement qu'a pris de nos jours l'industrie sous l'influence de la liberté et de la science a accusé plus fortement les oppositions et avivé l'envie; il n'est pas de progrès ou d'évolution de l'état social qui n'engendre des difficultés d'un ordre particulier.

Fermeté^ justice^ bienveillance, trois qualités que l'on peut recommander au patron pour faciliter ces rapports; exactitude^ application^ intelligence des lois de la production, qualités désirables chez Youvrier.

La liberté n'exclut pas une certaine intervention de la loi dans les rapports d'ouvrier à patron. On peut en donner comme preuve la loi sur les livrets, qui oblige tout ouvrier à se munir d'un livret, comme garantie de son identité, signé par chaque patron qui l'emploie, quoique contestée dans son principe, justement critiquable dans certaines parties et généralement peu observée en France aujourd'hui ; les lois sur le travail des enfants et des filles mineures et sur Y apprentissage qui se justifient pleinement, parce

que l'Etal a le devoir de protéger, jusqu'à une certaine mesure, ceux qui^ étant mineurs, sont incapables de stipuler pour eux-mêmes.

La liberté du travail a supprimé les longs apprentissages qui avaient pour but de rendre ardu l'accès du métier. D'ailleurs, le temps requis pour l'apprentissage a toujours varié suivant la profession : g^aétier facile, apprentissage court ; métier difficile, apprentissage plus long. Le contrat d'apprentissage stipule natureHement un plus grand nombre d'années si les parents ne payent rien, parce que, dans ce cas, le travail de l'apprenti, devenu productif vers la fin du temps stipulé, est la rémunération de la peine que le patron a prise pour les débuts de l'enfant. *

Si l'inobservation de cette condition a découragé certains patrons de former des apprentis, la faute en est à des apprentis qui, se fiant au défaut de sanction de la loi, ne donnent qu'à regret ou cherchent à ne pas donner leurs dernières années.

Aujourd'hui, la demande de travail plus considérable et la division du travail qui multiplie les emplois faciles ont fait que les maîtres payent en général plus tôt de jeunes ouvriers ou employés.

1». Les coalitions. — Le taux des salaires n'est pas arbitraire. Le travail, comme les produits, a sa valeur; mais cette valeur, comme celle des produits, ne saurait être convenablement fixée que par un débat très libre entre l'offrant et le demandant, et dégagé de contrainte et de toute apparence de monopole. La liberté absolue des contractants, de part et d'autre, est un idéal que les faits économiques, même en l'absence de monopoles légalement constitués, ne reproduisent que d'une manière imparfaite.

Les patrons jouissent de deux avantages : ils ont un capital sur lequel ils peuvent vivre quelque temps pendant le chômage ; ils sont relativement peu nombreux, parce qu'il y a toujours plus d'ouvriers que de patrons. Par conséquent, soit qu'il y ait entre eux entente directe, ce qui est rare, soit qu'il y ait simplement désir de la part de chacun d'eux en particulier de ne pas surélever les salaires dans leur pro-

fession, leur action sur le prix du travail rentre en partie dans le cas oh le yiombre des vendeurs e$t illimité et celui des acheteurs restreint.

Isolé, l'ouvrier qui ne possède pas un talent exceptionnel n'a en général qu'à accepter le prix du marché, tel qu'il est établi par les conventions antérieures. Il ne peut faire valoir ses prétentions à un supplément de «alaire que dans certains moments où le travail de sa profession est tout à coup très demandé et où l'entrepreneur ne veut pas laisser échapper l'occasion passagère d'un gros profit.

Réunis, concertant leur demande d'augmentation et leur refus de continuer leur travail si l'augmentation n'est pas accordée, les ouvriers disposent, au contraire, d'une force capable de contre-balancer les avantages des patrons.

En France, le législateur a longtemps craint de remettre aux mains de la population ouvrière cette force qui peut devenir une cause de désordres. Cependant, convaincu que, s'il appartient à l'Etat de protéger chaque individu contre la violence et la fraude, il ne lui appartient pas de gêner la liberté du travail et d'intervenir, au profit d'une partie, dans la fixation des prix, parce que c'est en même temps intervenir au détriment de l'autre partie, il s'est décidé à promulguer la loi de i 864, laquelle a établi que le fait de coalition n'est pas un délit.

La coalition est en effet un droit qui dérive logiquement du principe de la liberté du travail, c'est-à-dire de la liberté d'offrir son travail à tel ou tel prix, de travailler ou de ne pas travailler, de conseiller à un camarade, dans un intérêt commun, de cesser également le travail et de ne le reprendre qu'à des conditions déterminées. Ainsi pratiquée, la coalition n'est qu'une manière d'être de la liberté individuelle. Elle peut contribuer, et elle a contribué plus d'une fois, à relever les salaires dans certains cas.

Mais la coalition est une véritable guerre^ et, qui pis est, une guerre civile. Lorsque les ouvriers coalisés ont posé leurs conditions et que, n'ayant pu les faire accepter, ils persistent néanmoins, leur arme est la gi^ève, c'est-à-dire l'abandon simultané de. tous les ateliers. Or, dès que les ateliers sont déserts, tout le monde s'appauvrit; l'ouvrier dévore ses

épa^*gnes et s'endette pour manger; Tentrepreneur voit son activité paralysée; le capital chôme, et, si c'est un capital emprunté, il s'amoindrit, parce qu'il faut prélever les intérêts sur le fonds ; le niatériel se rouille et se détériore. Appauvrissement de l'ouvrier et de l'industrie : voilà souvent la conséquence de la grève.

On doit d'autant plus se pénétrer par avance de cette funeste conséquence que, lorsque la guerre commence, ouvriers et patrons ne tardent pas à être emportés par la passion jusqu'à méconnaître, ne voulant pas céder, leurs véritables intérêts, et à perdre le respect des droits d'autrui. Les ouvriers sont plus exposés que les patrons à commettre certaines fautes de ce genre. Us se concertent; mais, si quelquesuns d'entre eux ne sont pas disposés à suivre la masse dans le projet de déclaration de guerre, ils prétendent leur imposer la décision de la majorité; ils cherchent à les intimider, et quelquefois ils les maltraitent. Quelquefois même ils s'ameu* tent et se portent à des violences, sinon contre la personne, du moins contre les biens de leurs patrons, cassant les machines ou détériorant le matériel des fabriques.

Comme ils obéissent parfois à des passions politiques plus qu'à de véritables intérêts économiques, les grandes agglomérations ouvrières sont exposées à se laisser entraîner à des soulèvements qui, sous couleur de règlement de salaires, visent à troubler l'ordre social et les grèves deviennent alors un danger public.

C'est bien mal comprendre le principe de la coalition, lequel est la liberté individuelle, que d'asservir la liberté des uns aux résolutions des autres et de violer la propriété. La loi punit justement ces violences. Il y a d'ailleurs là un péril politique qui peut obliger un gouvernement à prendre des mesures répressives, afin de sauvegarder la sûreté de l'État, plus précieuse encore pour la liberté individuelle que le droit de coalition.

La coalition est donc un droit ; mais, comme le droit de guerre pour les nations, c'est un droit dont il ne faut user qu'à la dernière extrémité, après s'être bien assuré qu'on a raison et avoir épuisé tous les moyens de conciliation, et cela dans l'intérêt des deux parties.

93. Les critiques du salariat. — Le salariat a été amèrement critiqué, comme étant un mode inique d'exploitation du travail par le capital.

Le salariat n'est pas une exploitation du travail par le capital^ mais une sorte (Tassociatton du travail et du capital. Sans le travail, avons-nous dit, le capital ne peut rien ; sans le capital, le travail est impuissant, et le travail est d'autant plus fécond et mieux rémunéré que le capital est plus abondant : voilà la vérité.

Le salariat n'est ni une exploitation ni un esclavage, mais un contrat libre; l'homme exploite la matière, et, depuis que la liberté individuelle a été proclamée avec l'abolition du servage en 1789 sur la terre de France, avec l'abolition de l'esclavage dans nos colonies en 184^, le Français n'a plus d'autres esclaves que les forces de la nature appropriées par son industrie ; avec ses semblables, il passe des marchés dans lesquels les parties contractantes défendent leurs intérêts. L'ouvrier ne peut pas plus dire qu'il est exploité par son patron, que le patron ne peut le dire de son banquier, le détaillant du négociant en gros, l'acheteur du marchand.

Sans doute la position du capitaliste est souvent plus avantageuse dans le débat du taux du salaire et, comme l'a fait remarquer Bastiat, est préférable à celle de l'ouvrier. Ce dernier avantage est justice ; car, si le capital est une puissance capable d'accroître la force productive et le revenu d'un individu, il est le résultat d'une vertu, l'épargne, justement récompensée par l'accroissement du bien-être de celui qui a fait l'épargne ou de ceux en vue desquels l'épargne a été faite. Aussi le salarié doit-il s'efforcer de devenir luimême, par l'épargne, un capitaliste.

Il l'est quelquefois. Un grand nombre d'employés, de contre-maîtres, de domestiques ont des économies qu'ils placent en actions ou autrement. Tout en restant salariés, ils touchent le revenu de leur capital, et ils doivent comprendre qu'ils ne sont ni exploiteurs ni exploités.

Cependant, comme tous les modes de l'activité humaine, le salariat a sans doute ses inconvénients. Un des plus graves est le peu de ressort quil donne au sentiment de la res-

ponsabilité et de tintérêt personnel. Tel ouvrier travaille mollement et ménage mal les matières premières qui lui sont confiées; tel employé croit suffisamment s'acquitter de son devoir s'il fait acte de présence chez son patron aux h'eures réglementaires. Leur négligence ne les empêchera pas de toucher le prix de leur journée ou de leur mois.

Le travail à la tâche, qui rémunère l'ouvrier proportionnellement à la besogne faite, remédie en partie à cet inconvénient. Mais tous les genres de travaux ne peuvent pas se compter ou se mesurer avec exactitude, et d'ailleurs il se faut garder d'un autre danger, celui de la besogne bâclée, c'est-àdire faite avec précipitation et sans soin.

Mais ce n'est pas sur ces inconvénients qu'insistent le plus ceux qui critiquent le salariat, et celui-ci n'en reste pas moins une forme légitime de l'organisation industrielle et un mode équitable de répartition de la richesse.

'94. Les doctrines socialistes. — Les problèmes que la répartition de la richesse soulève ont fait critiquer non seulement le salariat, mais l'organisation sociale tout entière, et inspiré à des publicistes la pensée de refaire la société sur un plan tel que la misère et toutes tes difficultés économiques en seraient bannies. Pour atteindre ce but imaginaire, tous ont substitué à la répartition naturelle par la liberté une répartition artificielle par voie d autorité^ soit pour la totalité, soit pour une portion de la richesse; et la plupart ont confié à l'État le soin de cette répartition, en rinvestissant du droit d'intervention plus ou moins absolu dans la production, dans l'échange et même dans la consommation. Ces théories, très diverses d'ailleurs et souvent contradictoires, constituent ce qu'on appelle, par opposition à l'économie politique proprement dite, le socialisme^ mot qui, dans son sens étymologique, indique seulement le fait de l'état social, mais qui, dans l'usage, a pris l'acception particulière que nous venons de définir. Le socialisme, comme l'économie politique , traite de la science économique ; mais, par un examen incomplet des données du problème, il aboutit généralement à des conclusions contraires à la liberté, et il aboutirait, s'il était pratiqué, à des consé-

quenees diamétralement contraires au progrès de la richesse. Saint-Simon et Fourier, dont les principaux écrits datent de la Restauration, époque où le développement de l'industrie commençait à attirer les yeux sur les graves problèmes relatifs à la richesse, ont fondé en France deux écoles fameuses de socialisme.

Le Saint-simonisme demandait que tous les capitaux, mobiliers et immobiliers, cessassent d'être des propriétés individuelles et fussent remis, ainsi que tous les produits successivement créés, aux mains du chef de l'Etat, dit Prêtre social. Le Prêtre social, par lui-même ou par ses agents, remettrait ces capitaux à ceux qu'il jugerait les plys capables de les faire valoir ; il distribuerait de sa pleine autorité les rangs et les fonctions dans la société ; enfin, à mesure que les produits seraient créés et lui seraient remis, il les donnerait à consommer à ceux qu'il jugerait les plus dignes. Par là, le Saint-simonisme espérait tirer des capitaux existant un beaucoup plus grand revenu et détruire les inégalités résultant de la naissance.

Il ne s'apercevait pas qu'il y aurait substitué les inégalités, toujours odieuses, de la faveur; qu'en retranchant l'intérêt personnel que chacun a, dans le régime de la liberté, à épargner, à conserver, à accroître ses propres capitaux, il serait arrivé bientôt à l'anéantissement de capitaux que personne n'aurait eu intérêt à ménager et que chacun aurait, au contraire, été disposé à gaspiller ou à consommer improductive ment, qu'il y aurait eu des fraudes continuelles sur le produit qu'on aurait cherché à dissimuler en partie, afin de ne pas le livrer au Prêtre social, et qu'en définitive le Saintsimonisme, supprimant la liberté, créait une société uniquement composée de salariés, mais de salaires rémunérés arbitrairement, à la merci d'un despote et de ses agents» Le Saint-simonisme, au milieu de ses erreurs, a eu cependant le mérite de mettre en relief l'influence de la science dans l'industrie, et surtout la puissance de l'association, à une époque où cette influence et cette puissance n'étaient qu'à leurs débuts.

Le Fouriérisme proposait de bannir toute obligation nio-

raie, même celle de travailler pour vivre, et d'associer tous les hommes par groupes, dits phalanges, en laissant à toutes les passions humaines leur libre essor et en se confiant au jeu naturel de ces passions pour la production de la richesse et l'accomplissement de toutes les fonctions sociales. Chaque phalanstère, où une phalange de dix-huit cents personnes aurait été installée, se serait composé de constructions symétpiques, aussi élégantes que des palais, et de vastes terres de culture. Chacun y aurait eu droit à un minimum de subsistance ; mais ce minimum se serait accru selon le travail^ le talent et le capital de chaque phalanslérien, dans la répartition annuelle des produits agricoles et industriels de la communauté. Sous prétexte de ne pas gêner la liberté, l'auteur de ce système rejetait toute idée de devoir et de contrainte ; il ne voulait même pas qu'on imposât aux enfants la nécessité de s'instruire et il prétendait rendre les hommes beaucoup plus laborieux qu'ils ne le sont dans les sociétés actuelles par le seul attrait d'un travail volontaire et continuellement varié.

En réalité, le Fouriérisme n'organisait que la licence^ et il autorisait la paresse, deux vices qui sont mortels à la richesse et dont le premier est destructif de toute société. -

Le Saint- simonisme préconisait un despotisme théocratique absolu, le Fouriérisme une anarchie complète.

M, Louis Blanc et d'autres théoriciens, après la Révolution de 1848, ont proclamé le droit au travail, c'est-à-dire le droit qu'aurait tout homme de vivre en travaillant; ce droit aurait eu pour corollaire le devoir pour l'Etat de « fournir du travail aux hommes valides qui ne peuvent pas s'en procurer autrement ». Ils pensaient ainsi supprimer la misère avec le chômage.

Si l'Etat était le seul entrepreneur, comment arriverait-il à connaître et à satisfaire les besoins infiniment variés des consommateurs mieux que la concurrence des entrepreneurs ne le fait? S'il y réussissait moins bien, le système serait condamné par là. S'il y réussissait aussi bien, — supposition toute gratuite — comment, faisant exactement la même chose, assurerait-il plus de travail aux ouvriers que le régime

ibî LA RÉPARTITION

de la liberté? S*il produisait davantage dans certaines industries qu'il exploiterait, il devrait, pour écouler ses produits, forcer les consommateurs à acheter plus qu'ils ne voudraient; avec quoi payeraient-ils? Si TEtat ne s'engageait à faire travailler que ceux qui ne trouvent pas de travail ailleurs, il verrait affluer dans ses ateliers la masse des incapables et des fainéants, qui viendraient y chercher, ainsi qu'on Ta dit, le droit de vivre sans travailler : ce serait lin encouragement à la paresse.

Le droit au travail est une utopie irréalisable comme application générale, dangereuse comme application partielle, à laquelle on a ajouté une autre utopie, qui n'est pas plus pratique et qui est foncièrement injuste, V égalité des salaires,

Proudhon, en imaginant, vers la même époque, la gratuité du crédit^ pensait obtenir l'amélioration du sort des travailleurs par la suppression de la part du capital et de celle de l'entrepreneur dans la répartition. Nous savons que penser de la gratuité du crédit, fl est facile d'écrire que Je capital n'a droit à rien ; l'impossible est d'obtenir sa coopération en ne lui offrant rien.

Karl Marx, en Allemagne, a soutenu une thèse à peu près analogue en demandant que les instruments de travail fussent mis à la disposition des travailleurs, et en disant que le travailleur a droit à Vintégralité du produit qu'il a fabriqué, et que la part prélevée sous les noms de rente, intérêt, profit est un détournement fait à son préjudice. Prétendre, comme il le fait, que le capital est inefficace ou n'a qu'une valeur sociale et n'a pas de valeur comme propriété privée, que le travail de main-d'œuvre est Tunique créateur de la totalité de la valeur du produit, c'est méconnaître entièrement la nature du phénomène de la production et le rôle qu'y jouent les divers éléments.

Ces doctrines ne sont pas le communisme proprement dit ; • mais elles sont des tendances wdvs le communisme; celui-ci nie grossièrement toute propriété et toute appropriation individuelles, et ne reconnaît qu'à la communauté, c'est-à-dire à VElal, le droit de posséder et de répartir la richesse produite par tous. Une des maximes favoriles 4u ç,omm\Mv\scaft^ c\iii

se divise lui-même en plusieurs sectes, est : « A chacun suivant ses besoins. » Nous avons dit où aboutirait la pratique de cette maxime, qui surexciterait sans fin des besoins toujours inassouvis et qui alanguirait l'énergie productive des individus réduits à n'avoir plus la perspective de recueillir directement et sûrement le fruit de leurs efforts.

Tous ces systèmes sont faux, et d'autant plus faux qu'ils violent davantage les droits de la liberté et qu'ils en repoussent les conséquences, qui sont la propriété individuelle, la concurrence, la rémunération de chacun suivant ses œuvres et par ses œuvres. Tout autre système que celui de la liberté individuelle^ protégée dans ses manifestations diverses par la puissance de VÉtat^ comprime l'essor de la richesse.

Les doctrines socialistes, qui se sont développées de notre temps au spectacle du développement de la richesse, ont eu peut-être le mérite apparent de fouiller plus curieusement que l'école économique les abîmes de misère que l'on rencontre toujours dans les bas-fonds de la société et ont attiré l'attention sur quelques graves problèmes. Mais elles ont exagéré l'étendue de ces abîmes, méconnu la véritable harmonie du progrès social, et elles ont porté le trouble dans un grand nombre d'esprits séduits par ce double motif qu'elles condamnent le présent et qu'elles rêvent un avenir parfait : l'homme qui souffre sur cette terre — et qui n'a pas ses souffrances? — aime à croire que la faute en est à une société mal organisée plutôt qu'à lui-même ou à l'enchaînement des circonstances, et se repose volontiers dans la contemplation d'un idéal meilleur. Les doctrines socialistes mettent sur la terre cet idéal que la religion place dans le ciel.

7S. Les sociétés coopératives. — On a proposé, pour

améliorer ou réformer le salariat, des remèdes moins radicaux et plus pratiques que des théories de transformation sociale, notamment les sociétés coopératives^ que nous avons déjà citées. Les premières se sont formées en France après la Révolution de 1830; mais l'idée n'a pris faveur qu'après le succès de l'association des Pionniers de Rockdate fondée en 1860 en Angleterre, et celui de M. Schultze- Delislsh, qm a répandu l'idée de cooçfet^\\Qitv eX \Q\!àfc ^ti

Allemagne en grand nombre de petites sociétés de ce genre.

Au fond, la société coopérative n'est autre chose qu'une association de capitaux et de travailleurs^ et, en principe, elle semble n'avoir pas de caractère nouveau. En réalité, elle se propose des effets distincts de ceux que produisent les grandes associations de capitaux et les associations en nom collectif, formées par quelques industriels. C'est aux plus humbles qu'elle offre ses services sous un triple aspect :

Société de crédit mutuel^ elle les engage à lui déposer, comme à une caisse d'épargne, leurs petites économies ; elle les y stimule même, les y oblige en leur imposant une cotisation mensuelle, et elle leur promet, en échange, indépendamment de la conservation de leur argent, un crédit qui, grâce à la solidarité de l'emprunteur avec un ou plusieurs associés, peut s'élever au double ou au triple de leur dépôt;

Société de consommation, elle leur offre, par l'achat en commun des denrées, le bénéfice qui résulte des opérations faites en gros et la garantie d'une qualité meilleure ;

Société de production^ elle les pousse à se réunir pour exploiter par eux-mêmes une industrie, à employer leurs épargnes pour se former un capital, et, si le capital est insuffisant, à le créer peu à peu à force de travail et de privations.

De ces trois formes, la première est excellente, quand des idées étrangères au but primitif ne faussent pas l'institution. L'épargne est le pivot du progrés social. Tout ce qui peut y pousser la société, surtout les ouvriers qui sont plus imprévoyants parce qu'ils ont en général devant eux un horizon plus borné, est digne de toute la sollicitude des amis de l'humanité. Ce qu'on doit seulement recommander aux ouvriers, c'est de surveiller le maniement de leurs fonds, de ne faire que des placements solides, et de limiter les prêts : car la faillite des sociétés de crédit peut avoir le funeste résultat non seulement de détruire des épargnes, mais encore d'ébranler l'esprit d'épargne.

La seconde a réussi sur quelques points et échoué sur d'autres. Elle est, en effet, d'une utilité moins générale et d'une pratique plus difficile. Dans les grandes villes, la clientèle de ces sociétés est souvent trop disséminée et les marchands en

détail, qui ne s'enrichissent pas autant que le supposent quelques critiques naïfs, leur font une trop rude concurrence. La ménagère aime mieux aller chez la fruitière, sa voisine, ou chez le boulanger du coin qiie de courir, quand elle rentre fatiguée de l'atelier, jusqu'au magasin coopératif; d'ailleurs, chez son fournisseur, elle obtient au besoin un crédit qu'il ne serait guère prudent d'ouvrir dans la société de consommation. Enfin la société elle-même ne peut donner des produits de qualité meilleure qu'à la condition d'avoir un gérant capable de les bien acheter et de les bien manutentionner. Or, on ne naît pas marchand; tout métier doit être appris, et il est à craindre que celui qui l'a appris ne mette ses services à un trop haut prix, ou que celui qui le sait mal ne compromette le capital de l'établissement.

La troisième forme est le rêve suprême des coopérateurs ; car le but dernier est à' affranchir V ouvrier du patron et de suppnmer le salariat.

On ne supprimera pas le salariat, parce qu'il y aura toujours des industries et des travailleurs pour lesquels cette forme de rémunération sera la plus convenable. On peut même ajouter que la coopération dont l'usage est jusqu'ici très-limité, ne paraît destinée à remplacer le salariat dans aucune industrie. L'idée coopérative ne transformera donc pas le monde économique ; mais, pour peu qu'elle réussisse sur certains points, elle prendra une place utile parmi les divers modes du travail libre. Voici en quoi consiste cette utilité.

L'homme travaille d'autant plus et d'autant mieux qu'il est plus stimulé par l'intérêt personnel et plus soutenu par la responsabilité; or ces deux conditions existent à un beaucoup plus haut degré dans la coopération que dans le salariat. — Première considération.

Pour travailler, le coopérateur s'aperçoit promptement qu'il ne suffit ni des bras, ni de l'intelligence. Il faut du capital, beaucoup de capital, et, s'il a la ferme volonté de réussir, il redouble d'efforts et de privations pour créer, pour grossir ce fécond capital. Il est ainsi stimulé à l'épargne beaucoup plus que par le plus éloquent sermon, et il comprend aussi, d'une manière générale, beaucoup plus sûrement

par sa propre expérience que par les meilleurs raisonnements économiques, la part à laquelle le capital a droit dans la rémunération, — Seconde considération.

Il peut donc en résulter pour le coopérateur ce qui résulte pour tous les producteurs d'une plus grande activité labo-* rieuse et d'une plus sévère épargne : un accroissement de richesse et finalement de bien-être.

Et pour les ouvriers qui resteront dans le salariat? — Si les salariés voient que les coopérateurs gagnent beaucoup plus qu'eux, ils auront un excellent argument pour demander une élévation du prix de la journée à leurs patrons, sauf, si le patron refuse, à entrer eux-mêmes dans quelque associa lion. Mais s'ils voient que, peinant beaucoup, les coopérateurs ne font pas des journées sensiblement plus lucratives que les leurs, ils seront mal venus à se plaindre de leur condition et à accuser leurs patrons. La société coopérative pourra jusqu'à un certain point servir de thermomètre des salaires et prévenir quelques-unes des guerres intestines qu'on appelle des grèves. — Troisième considération.

Mais, pour que ces sociétés réussissent, il faut que ceux qui les forment aient des vertus particulières. II ne faut pas non plus exagérer l'extension qu'elles peuvent prendre.

Dans l'état actuel de nos mœurs, la société coopérative de production convient mal à la grande industrie.

Dans la petite industrie même, deux ou trois associés, en se partageant le travail, parviennent à s'entendre; mais quinze ou vingt ouvriers coopérateurs, travaillant ensemble, auront beaucoup plus de peine à y parvenir ; ce sont quinze ou vingt volontés qui doivent concorder, dans une vie pour ainsi dire commune, et quinze ou vingt énergies qui doivent toujours être égales entre elles.

Il faut un ou plusieurs gérants; il faut par conséquent apprendre à respecter l'autorité et la diversité des occupations, tout en maintenant l'égalité : ce qui paraît difficile à certains esprits. Il y a dans l'industrie des mécomptes qu'il faut savoir héroïquement supporter, même quand on est innocBDi du mal accompli : toutes les âmes ne sont pas trempées de maDÎère à résister à Vèçteuv^.

Comme la société commence toujours avec un très petit capital, elle est condamnée à se débattre d*abord dans la gêne : il faut avoir la patience d'attendre.

Danc, les sociétés coopératives^ surtout les sociétés- de production, rencontrent de graves difficultés de l'ordre économique et de l'ordre moral, qui en limiteront nécessairement le nombre et l'importance.

De tout ce quf précède, on peut conclure que les sociétés coopératives de crédit, de consommation et de production ne supprimeront pas le salariat, mais que, dans les cas où elles parviendront à surmonter les difficultés inhérentes à leur nature, elles pourront être utiles aux ouvriers associés,

76 . La participation aux bénéfices. — On a proposé un autre moyen : la participation aux bénéfices. Elle repose sur ce double principe : l'intérêt personnel est le meilleur stimulant de l'activité humaine; à chacun suivant ses œuvres. Elle consiste dans une part que l'entrepreneur réserve à ses salariés sur le profit de Ventreprise, indépendamment de leur salaire et le plus souvent au prorata de ce salaire.

Cette part, fixée d'avance à raison de tant pour cent sur les bénéfices, leur est attribuée généralement comme une manière de dividende après l'inventaire. La quote-part de chaque salarié intéressé est proportionnelle aux bénéfices réalisés, et il n'y a participation qu'autant qu'il y a eu bénéfices. Les employés de tout genre savent donc que s'ils sont laborieux, s'ils économisent le temps, la matière première et les outils, si les clients sont satisfaifs et si les commandes affluent, le profit qui résultera d'une bonne gestion sera en partie pour eux. Ils ont donc un intérêt personnel à faire des efforts consciencieux et à se surveiller entre eux. Mais ce moyen n'est efficace qu'autant que la quote-part est assez importante, en cas de réussite, pour éveiller réellement l'intérêt personnel et contrebalancer les inconvénients du salariat.

La participation n'est pas une association , comme la société coopérative. Le patron reste seul maître de son entreprise. Il n'admet même pas ordinairement tous ses salariés à ce bénéfice, et il fixe lui-même certaines conditions da stage dans ses ateliers ou de chiffre moyew A^ '&^«v\fe. ^<K^^\^r

dant c'est un contrat, et la participation promise est due. En cela, elle diffère de la gratification que certains patrons donnent à leurs employés au jour de Tan ou après l'inventaire, et elle constitue un mode de rémunération plus certain.

Il y a longtemps que les grandes maisons de commerce et les grandes fabriques l'ont pratiquée à l'égard de quelques employés supérieurs, qui sont dits, à cause de cela, intéressés; beaucoup de magasins de nouveautés, par exemple, donnent aux employés tant pour cent sur les unités qu'ils font et aux chefs de rayon nu intérêt sur' le total des affaires de leur compte. L'application de ce système à la masse des ouvriers oïl des employés d'un établissement est beaucoup plus récente.

Sans doute ce moyen ne convient pas à toutes les entreprises et il ne saurait être appliqué avec les mêmes règles à toutes les entreprises auxquelles il peut convenir. Mais il mérite d'être connu et propagé; car il constitue un des meilleurs modes d'intéresser le travail salarié au succès de Ventreprise^ parce que, bien appliqué, il est profitable aux deux parties, d'abord au salarié, qui y trouve un supplément de bien-être, un motif de stabilité dans la même maison, et un jugement plus juste sur la mesure des profits en général ; ensuite au patron, qui y trouve, avec un travail meilleur, une ample compensation au sacrifice pécuniaire qu'il a consenti à faire.

VY. Les inRtitations de patronage. -^ Le patron a un intérêt direct au bien-être et à la moralité de ses ouvriers^ comme à l'ordre dans l'atelier. Il doit en conséquence exercer, dans toute l'acception du mot, un patronage à l'égard de ceux qui sont ses subordonnés. S'il est riche, il doit ne pas oublier qu'un des meilleurs usages qu'il puisse faire de sa fortune est de venir en aide à ses semblables et qu'il ne saurait mieux placer ses bienfaits que dans l'industrie qui l'a fait riche.

Dans une grande ville où dominent la moyenne et la petite

industrie, le patronage direct est difficile à pratiquer, parce

que les ateliers sont trop petits, les ouvriers trop mobiles et

souvent trop ombrageux pour acceçter même l'apparence

d'une tutelle. Cependant il y a des eTLeicvçVfe^ ^\ ^xc^wn^wV

qu'il n'est pas impossible. Il y a d'ailleurs toujours place pour le patronage indirect, qui consiste à s'intéresser de sa personne et de sa bourse à des institutions et à des œuvres profitables, sinon aux employés de sa propre maison, du moins à là classe des salariés en général.

Dans les petites villes et dans les manufactures isolées, le patronage direct est ordinairement possible, et souvent il est non seulement une obligation morale, mais un bon calcul économique. C'est ainsi que le patron peut fonder ou aider à fonder des caisses d'épargne de manufacture ou des caisses d'épargne proprement dites qui mettent les petites épargnes de l'ouvrier à l'abri des tentations journalières, des sociétés de secours mutuels qui lui garantissent une indemnité pécuniaire et des soins en cas de maladie, des caisses de retraite qui assurent une rente à sa vieillesse, des cours qui complètent son instruction, des bibliothèques, des jeux même et des récréations qui le détournent du cabaret. Les institutions de ce genre peuvent varier beaucoup suivant les lieux et les populations. Toutes exigent du patron une dépense de temps ou d'argent; mais, outre la satisfaction du bien qu'il accomplit ainsi sans y mettre pour condition une reconnaissance qu'il n'obtient pas toujours, il a autour de lui une population plus saine et, par suite, plus apte à fournir un bon travail.

RÉSUMÉS

Les intérêts des ouvriers et des patrons, du travail et du capital, sont harmoniques, malgré la cause d'antagonisme résultant du débat sur le taux du salaire.

La coalition est un droit qui dérive logiquement du principe de la liberté individuelle; mais c'est comme le droit de guerre, un droit dont il ne faut user qu'à la dernière extrémité.

Il est faux de dire : Le salariat est une exploitation du travail par le capital. Car le salarial e^X wxv^ ^otXfô ^^àa»sociation du travail et du capital. — Civ3LO\ç\\io\v\^ivs»'sfô

lui reprocher de donner peu de ressort au sentiment de la responsabilité et de l'intérêt personnel, il est une forme légitime de l'organisation industrielle et un mode équitable de répartition de la richesse.

Les doctrines socialistes substituent à la réjpartition naturelle par la liberté une répartition artificielle par voie d'autorité, soit pour la totalité, soit pour une portion de la richesse.

Parmi les principales doctrines du socialisme sont : le Saint-simonisme, qui prétendait organiser un despotisme théocratique absolu ; le Fouriérisme, qui rêvait une anarchie complète; la théorie du droit au travail, qui est une utopie irréalisable; celle de la gratuité du crédit, celle de l'intégralité du produit à l'ouvrier, qui ne le sont pas moins et qui sont des formes plus ou moins déguisées du Communisme. — Tout autre système que celui de la liberté individuelle, protégée dans ses manifestations diverses par la puissance de l'Etat, comprime l'essor de la richesse.*

Les sociétés coopératives de crédit, de consommation ou de production ne supprimeront pas le salariat; mais, dans les cas où elles parviendront à surmonter . les difficultés inhérentes à leur nature, elles pourront être utiles aux ouvriers associés.

La participation aux bénéfices, qui consiste dans une part que l'entrepreneur réserve à ses salariés sur le profit de l'entreprise, indépendamment de leur salaire et le plus souvent au prorata de ce salaire, constitue un des meilleurs modes d'intéresser le travail salarié au succès de l'entreprise.

Le patronage, que le patron a un intérêt direct à exercer, comprend, entre autres œuvres, la caisse d'épargne, la société de secours mutuels, la caisse de retraite, les cours d'instructiou.

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